PLUS ANCIENNES OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES CONSERVÉES
ET FAITS IMPORTANTS DE L'aSTROXOMIE JUSQU'a NEWTON
De toutes les sciences humaines, aucune ne peut rivaliser d'antiquité avec l'Astronomie. Notre science est, sans comparaison même, la plus ancienne, celle qui se perd le plus loin dans la nuit des âges.
Elle est antérieure à l'histoire. La mythologie est intimement associée aux figures célestes des constellations et aux noms donnés par les premières langues au Soleil, à la Lune et aux planètes.
Il nous est impossible aujourd'hui de remonter aux plus anciennes observations astronomiques. Hérodote, le père de l'histoire, y renonçait déjà il y a vingttrois siècles.
Mais il est possible et [il est intéressant de retrouver les dates certaines des plus anciennes observations qui nous aient été conservées dans les annales de la science. C'est assurément là l'une des pages historiques les plus curieuses que nous puissions avoir sous les yeux. Voici quelques-unes des données les plus importantes que nous avons pu recueillir.
Années avant J.-C
Les traditions chinoises s'accordent pour faire remonter au règne de Shin-Nung^ le successeur immédiat de Fo-Hi, fondateur de l'empire, l'organisation des premières dbservations astronomiques en Chine. Cet empereur monta sur le trône vers Tan 3253 avant Jésus-Christ.
La plus ancienne constellation qui ait été observée, correspondant à l'équinoxe, est le Taureau. On n'a aucun vestige d'une association des Gémeaux à l'équinoxe. Au contraire, en Egypte, en Ghaldée, en Chine, le Taureau est nommé le premier signe du Zodiaque. En vertu du mouvement de précessiou, le Taureau marquait l'équinoxe 3000 ans avant notre ère. Les observations qui l'ont constaté datent donc incontestablement de cette époque, à deux siècles près. ( Voir p. 279 de cet ouvrage.)
Mithra (en sanscrit Mitra) est une forme du Soleil, répondant principalement à l'équinoxe du printemps. La figure de Mithra tuant le Taureau indique aussi qu'à l'époque où ce symbole fut créé, l'équinoxe avait lieu quand le soleil occupait la consteUatioa de ce nom.
ANNALKS DE L" ASTRONOMIE 757
Le roi d'Egypte Asses ou AsetU, qui monta sur le troue Tau 2782 avant notre ère. présida à l'institution du calendrier égyptien. Diogcne Laôrce rapporte, vers l'an 200 avant Jésus-Christ, que le cycle des éclipses observées par les Égyptiens embrassait à cette époque 373 éclipses solaires et 832 éclipses lunaires. Ce cycle fait remonter les premières inscriptions Égyptiennes d'éclipsés à l'époque du règne dont nous venons de parler.
L'empereur Hoang-Ti organise le calendrier chinois par cycle de GO ans, système de chronologie encore en usage aujourd'hui. On est entré en 18G4 dans le 70» cycle, et le premier commence, d'après toutes les concordances, la G0« année du règne de Hoang-Ti, qui monta sur le trône l'an 2608 avant Jésus-Christ. Ce prince lettré est regardé par les Chinios comme ayant découvert le cycle lunaire de 19 ans qui ramène les éclipses dans le même ordre, cycle redécouvert deux mille ans après par Méton.
Sous le règne de l'empereur Chuen-Kuh, petit-fils de Hoang-Ti, les astronomes chinois ont observé une conjonction des ptoièfes Saturne, Jupiter, Mars, Mercure et la Lune réunies dans la constellation Sliih (étendue de 17 degrés entre le Capricorne et le Verseau).
Le livre chinois le plus ancien et le plus authentique que nous connaissions est le Chou-King, qui fut revisé par Confucius vers le sixième siècle avant notre ère. Ces chroniques commencent par l'empereur Yao, qui monta sur le trône l'an 2356 avant notre ère. Ce prince ordonna à ses astronomes officiels Hi et Ho (noms de famille ou peut-être titres, car on les retrouve 1 18 ans plus tard) d'observer avec soin les étoiles des équinoxes et des solstices afin de vérifier avec précision la longueur de l'année. Les étoiles citées correspondent à a de l'Hydre, aux Pléiades, à ^ du Scorpion et à ^ du Verseau. A cette époque, les principales étoiles du ciel avaient reçu des noms, les cinq planètes étaient connues, une sphère céleste était dessinée, et on observait les astres à l'aide d'instruments. Ces faits sont établis avec précision dans le Chou- King. L'étoile a de l'Hydre était alors appelée «l'oiseau rouge ». Elle est encore rougeàtre aujourd'hui. Elle passait au méridien, au coucher du soleil, le jour de l'équinoxe du printemps, et les Pléiades marquaient le point équinoxial. L'année étaii composée-de 366 jours, et l'on réclamait une correction.
Une éclipse de soleil est arrivée en Chine sans avoir été prédite par les deux directeurs du bureau astronomique, Hi et Ho. C'était la première année du règne de Chang-Kang, dans le dernier mois de l'automne. L'enquête démontra que les deux fonctionnaires négligeaient leurs devoirs et s'adonnaient au vin. Il paraît qu'ils furent condamnés à mort. Le soleil représentant le chef du Céleste Empire, ces éclipses étaient accompagnées de cérémonies religieuses importantes, et le retour d'un pareil oubli eût pu mettre eu péril la souveraineté et l'infaillibilité de l'empereur. — Si vraiment les astronomes chinois étaient capables, dès cette époque, de calculer les éclipses de soleil pour un lieu déterminé, il fallait que leur science fût aussi avancée que celle d'IIipparque deux mille ans plus tard.
— 2120 ifc
L'étoile Capella a été observée à Babel, pour établir le calendrier babylonien. {Voir Bosanquet et Sayce.) En langue accadienne (antérieure à l'assyrienne), cett& étoile est nommée Dilgan; puis elle fut nommée Icu en assyrien. Sa longitude était de 24" 37' l'an 2120 avant notre ère, et cette date correspond à celle de la fondation du calendrier babylonien. On détermina en même temps la position de Régulus, dont la longitude était alors de 92» 40'. A cette époque, les Babyloniens connaissaient les principales étoiles et les planètes visibles à l'œil nu. Le mois lunaire et Za semaine de sept jours datent au moins de cette époque.
Les pyramides d'Egypte sont exactement orientées. Il en a été de même des temples des religions anciennes et des églises chrétiennes jusqu'à nos jours (c'est depuis notre siècle seulement qu'on les soumet à la direction et aux alignements des rues des grandes villes). Les couloirs obliques de ces pyramides pointaient au nord vers l'étoile polaire de cette époque (a du Dragon) et au sud à la hauteur des Pléiades, à leur passage au méridien.
Diodore de Sicile (Liv. I, chap. 49) rapporte que le roi d'Egypte Osymandias, antérieur à Sésostris, avait fait construire à Tbèbes son propre tombeau, monument colossal, portant pour inscription : « Je suis Osymandias, roi des rois ; si quelqu'un veut savoir qui je suis et où je repose, qu'il surpasse une de mes œuvres ». Ce monument aurait coûté 32 millions de mines, on 193 millions de francs. Il contenait une riche bibliothèque. On avait placé un observatoire au sommet, et un cercle d'or de 365 coudées de circonférence, portant indiqués chaque jour de l'année et les levers et couchers des astres correspondant à chaque jour. « Ce cercle, ajoute Diodore, aurait été pillé par Cambyse et son armée à la conquête de l'Egypte ».
Saint Augustin {Cité de Dieu, XXI, 8), nous a conservé un fragment de Varron, dans lequel il est dit que : vers cette année-là, Vénus, la brillante étoile du soir, aurait changé d'é-^at, d'aspect et de route. Cette observation peut se rapporter à l'une des époques de grand éclat de Vénus, dans lesquelles elle frappe tous les regards, même en plein jour. Mais il est possible qu'il s'agisse ici d'une comète, qui serait apparue à l'occident, au moment où Vénus disparaissait, c'est-à-dire quelques semaines avant sa conjonction inférieure. Quelle que soit néanmoins l'explication du phénomène, ce rapport n'en doit pas moins être conservé parmi les anciennes observations astronomiques.
Le personnage biblique iduméen. Job, signale, dans le livre qui porte son nom, et qui peut avoir été écrit par Moïse : les Pléiades (Kimah), Orion (Kesil), la Grande Ourse (Ash, « qui tourne » ), le Dragon (Nakhasch), dont l'étoile a avait marqué le pôle précédemment.
On a retrouvé, dans les tablettes de l'Astronomie babylonienne, écrites pour le ror Sargon dAgaué, des observations de la planète Vénus, transcrites de la langue
accadicnne, faisant connaitro les aspects de Vdnus au lever et au coucher du soleil ses apparitions et ses disparitions, ainsi que les événements humains, climatologiqucs et météorologiques, observés aux mêmes dates. Cette planète, portait alors les noms de Déléphat, Dilbat, Istar et Ninsianna (la Dame des défenses du Ciel). 11 y avait alors à Ninive une Bibliotlièque nationale administrée .1 pou près exactement comme la nôtre actuellement à Paris, môme pour les détails des huissiers et des bulletins sur lesquels on inscrit son nom et son a(h-esse.
- 1300 zh
Chiron dessine une sphère céleste pour le voyage des Argonautes. (Voir p. 5i4.)
L'astronome chinois, Tcheou-Kong, mesure l'obliquité de l'écliptique par l'ombre d'un gnomon au .solstice d'été, et trouve pour cette valeur 23» 54' 2".
Remarque. — Nous sommes au dixième siècle avant notre ère. Comment nelpas remarquer que, tandis queles travaux scientiliques qui précèdent étaient accomplis par des hommes éminents, au milieu de nations déjà parvenues au faîte de leur gloire, le pays des Celtes où nous écrivons ces lignes, les bords de la Seine que la vieille Lutèce devait illustrer, étaient encore déserts et solitaires, marécageux, impénétrables, couverts de forêts, habités surtout par des ours, des rennes, des cerfs, des aurochs, des mastodontes, — et par quelques sauvages couverts de peaux de bêtes et armés de haches de pierre. La Gaule ne parait pas, en effet, s'être humanisée avant le sixième siècle qui précéda notre ère. •
Le 2 juin de cette année-là il y eut une éclipse totale de soleil, partiellement visible à Ninive, la première année du règne de Sardanapale III, qui en tira un bon augure pour la gloire de son règne, parce que le soleil s'était seulement voilé, et non éclipsé entièrement.
Homère (Illiade, ch. xviii et Odyssée, ch. v) et Hésiode (Les Œuvres et les Jours) signalent, parmi les constellations, les Pléiades (filles d'Atlas), les Hyadcs, Orion, la Grande Ourse « ou le chariot », le Bouvier, Arciurus et Sirius.
Le 13 juin de cette année-là, on a observé à Ninive une éclipse annulaire de soleil. Cette éclipse est inscrite au canon assyrien, au registre des archontes annuels de Ninive. Nous adoptons cette date avec 'SI. Oppert, comme plus conforme aux synchronismes de l'histoire. Sir Henri Rawlinson la fait descendre jusqu'en 7G3, année à laquelle il se produisit aussi d'ailleurs une éclipse de soleil presque totale pour Ninive.
Coufucius, l'auteur du Chun Tsew, a publié dans cet ouvrage la liste de 36 éclipses de soleil observées en Chine entre l'an 720 et l'an 495 avant notre ère. L:^ première de ces éclipses est arrivée le 22 février 720.
Cette époque est également celle de la plus ancienne éclipse de lune observée à Babylone, dont Ptolémée se soit servi dans ses calculs relatifs au mouvement de la lune.
Les cadrans solaires étaient en usage, et depuis longtemps sans doute, sous le règne d'Ezéchias. Quinze ans avant la mort de ce roi de Juda, la Bible rapporte {Rois, liv. IV, ch. XX) que le prophète Isaïe fit rétrograder l'ombre de 10 degrés sur le cadran solaire d'Achaz. C'est là une opération que Ton a taxée jusqu'à ce jour de miraculeuse, mais qui peut se faire sans miracle, si l'on donne au cadran solaire une inclinaison calculée suivant la latitude du lieu. Nous avons nous-même renouvelé le miracle d'Isaïe l'été dernier, à Lausanne (*).
La fameuse encyclopédie chinoise de Ma-Tuan-Lin, écrite par ce lettré au treizième siècle de notre ère, contient le catalogue des Comètes apparues en Chine depuis l'an 613 av. J.-C. jusqu'à l'an 1222. Un supplément écrit après la mort de Ma-Tuan-Lin a continué cette liste jusqu'en 1644. La première apparition de ce catalogue est du mois de juillet GM.
Thaïes de Milet commence l'enseignement de l'astronomie en Grèce, se sert du Saros des Chaldéens peur faire connaître le cycle de 18 ans qui ramène les éclipses, donne le nom. qu'elle porte encore à la Petite Ourse nommée jusqu'alors la Cynosure (la queue du chien) par les Phéniciens.
Le prophète Ezéchiel, à son retour de la captivité de Babylone, décrit, en termes symboliques, la sphère astronomique des Chaldéens (Galgal) montée sur quatre cercles à angle droit, et portée sur quatre bœufs, devenus plus tard des chérubins.
Hérodote rapporte (I, 74) que, pendant une bataille entre les Mèdes et les Lydiens, « le jour se changea subitement en nuit », et que « Thaïes de ^Nlilet avait prédit ce phénomène aux Joniens en indiquant cette même année en laquelle il eut lieu ». Cet événement jeta la surprise entre les combattants, ils cessèrent de s'entr'égorger, réfléchirent trois minutes et refusèrent ensuite de se battre, La paix fut décidée.
C'est la fameuse éclipse qui porte le nom d'éclipsé de Thaïes. Ce sage, qui connaissait la période de l^ans et 11 jours, croyait sans doute qu'elle ramenait les éclipses de soleil comme elle ramenées éclipses de lune, et il aura annoncé pour la fin de ce cycle une éclipse totale de soleil déjà observée : un heureux hasard a fait quelle a été visible, totale même, à Milet. Étant donné l'état de la science grecque à l'époque de Thaïes et l'ignorance où les Grecs étaient encore de la parallaxe de la Lune et du diamètre de la Terre, il était impossible de tracer la carte de la zone de l'ombre centrale : la totalité arrivée justement dans le pays de Thaïes a donné un retentissement séculaire à sa science.
Pythagore, Nicétas de Syracuse, Philolalis, Heraclite de Pont, Ecphantus et les Pythagoriciens proposent l'hypothèse du mouvement annuel de la Terre autour du Soleil et du mouvement de rotation diurne; — hypothèse discutée depuis par Aristote, au iv^ siècle avant notre ère ; Aristarque de Samos et Archimède, au iii^ siècle, Plutarque et Sénèque au P"" siècle de notre ère, Ptolémée au ii« siècle, — adoptée dans le Zohar hébreu au iif siècle, par l'astronome hindou Aryabhatta au v^ siècle, par son commentateur Prithudaka au xi« siècle, par le cardinal de Cusa au xv^ siècle, — et démontrée par Copernic au xvi« siècle.
(') Nous ferons connaître la manière de renouveler ce fameux miracle d'Isaïe dans l'un des premiers numéros de notre Revue astronomique.
ANNALES DE L'ASTRONOMIE ';6f
Méton construit à Athènes le premier cadran solaire grec.
Eudoxe rédige la plus ancienne liste do constellations et d'étoiles qui nous ait été conservée. Les constellations classiques de la sphère grecque étaient dessinées et nommées à cette époque. Il établit l'année c^, 363 jours 1/4.
Papirius Cursor établit à Rome le premier cadran solaire romain.
Aratus décrit les constellations et les positions relatives des étoiles.
Hipparque construit le plus ancien cafalogue général qui nous ait été conservé de» étoiles visibles à l'œil nu.
Années après J.-C.
Ptolémée compose VAlmageste.
Abd-al-Rahman al Sûfi rédige sa description du ciel étoile.
Le roi astronome Alphonse X de Castille écrit son grand traité d'Astronomie.
Ulugh Beigh mesure les positions des étoiles et eu rédige le catalogue.
Copernic publie son ouvrage De Revolutionibus orbium cœlestium.
Tycho-Brahé mesure les positions des '^toiles et en rédige le catalogue.
Galilée applique le premier la lunette aux observations astronomiques.
Kepler termine sa découverte des lois qui régissent le système du monde.
Newton démontre la loi de l'attraction dans son livre des Principes."^
Le fameux zodiaque égyptien de Dendérah et le traité astronomique sanscrit du Sf/r-i Siddhanla n'ont pas été insérés dans cette liste parce qu'ils n'ont pas l'antiquité qui leur avait été primitivement attribuée et que leur date, démontrée plus récente, n'est pas certaine d'ailleurs.
DOCUMENTS