SOLEIL VARIABLE DANS PERSEE
60 heures de cette étoile est divisée de 3 en 3 heures de part et d'autre du minimum.
Cette singulière variation a été remarquée pour la première fois il y a plus de deux siècles, en 1669, par Montanari, et la période a été déterminée pour la première fois en 1782 par Goodricke. Il l'assigna à :
2 jours 20 heures 48 minutes 56 secondes.
En 1854, par une nouvelle série d'observations, Argelander la trouva de :
2 jours 20 heures 48 minutes 52 secondes.
Elle avait diminué de 4 secondes depuis 1782. En 1875, Schmidt d'Athènes trouva par de nouvelles déterminations :
Z jours 20 heures 48 minutes 53 secondes.
Elle est sans doute soumise à une légère oscillation. Mais quelle peut être la cause de cette étonnante variation? Cette curieuse étoile est-elle de la nature des étoiles variables, qui paraissent environnées comme notre propre soleil d'une photosphère mobile et d'une atmosphère gazeuse dans laquelle des éruptions de vapeurs viennent périodiquement multiplier les taches et les protubérances? Le spectroscopc appliqué à l'analyse de la lumière d'Algol éloigne cette hypothèse, car il ne montre dans ce lointain soleil aucune trace de ces vapeurs absorbantes, pas plus que nulle nuance de la coloration rouge commune à toutes les étoiles variables, et de plus l'aspect ph3^sique de l'étoile ne change pas au moment du minimum. Algol n'est donc pas intrinsèquement une étoile variable.
Cette diminution périodique d'éclat doit être produite, ou bien par la rotation de ce lointain soleil, lequel aurait à sa surface un continent obscur, le reste étant couvert d'un océan lumineux, — ou bien par l*éclipse d'une énorme planète de son système tournant autour de lui dans le plan de notre rayon visuel et passant entre lui et nous toutes les 69 heures, — ou bien par le passage d'un anneau d'astéroïdes dont la masse principale produirait une échpse analogue suivant la même période. De ces trois hypothèses, la première est rendue probable par la rapidité delà période, qui correspond plutôt à une durée de rotation qu'à une durée de révolution ; mais il est si difficile d'admettre qu*un globe incandescent et lumineux garde pendant plusieurs siècles une tache obscure permanente à sa surface, que je n'aurai pas la témérité de proposer à mes lecteurs d'adopter cette explication comme définitive.
L'ETRANGE ETOILE ALGOL DE PERSEE Sft
Un globe de punch brûlant dans l'espace n'en fait pas moins pour cela une singulière image. La seconde hypothèse est peut-être préférable : après tout, une révolution de 69 heures n'estpas inadmissible; dans notre propre système solaire, le premier satellite de Mars tourne en 7 heures 39 minutes et le second en 30 heures; le premier satellite de Saturne tourne en 22 heures, le deuxième en 33, le troisième en 45, le quatrième en 66; le premier satellite de Jupiter effectue sa révolution en 42 heures, etc. Autour d'un énorme soleil, une telle révolution s'effectuant nécessairement sur une orbite plus étendue, est moins facile à concevoir, à moins de supposer une masse énorme, ce qui nous conduit à conclure que, selon toute probabilité, Algol est un soleil extrêmement lourd, exerçant une puissante attraction sur le système qui l'environne. On peut comparer l'extinction partielle de la
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Fig. 59. — Alignement pour trouver Algol à l'œil nu.
lumière d'Algol à celle qui est produite par une éclipse : une planète énorme de son système tourne tout près de ce soleil, passe devant lui, entame d'abord légèrement son disque, arrive en quatre heures et demie à sa phase centrale, qui ne dure que six minutes, et emploie le même temps à démasquer tout à fait ce disque lumineux, cette planète colossale et presque contiguë à son soleil effectuant sa révolution en 69 heures. Cette explication paraît plus probable que celle d'un anneau d'astéroïdes, attendu que cet anneau n'aurait de masse sensible que sur le huitième environ de son orbite, ce qui ne constitue pas im véritable anneau. Quelle que soit .d'ailleurs la cause de cette" étrange variation de lumière, cette étoile n'en est pas moins du plus haut intérêt, et, en la regardant, au milieu de Tarmée des mondes, pendant les heures paisibles du soir, nous ne pouvons nous empêcher de songer à la différence capitale qui distingue ce lointain système du nôtre et à la variété inimaginable que la nature a répandue dans toutes ses productions, à travers Fimmensité infinie.
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