ÉCLAT ET COULEURS DES ÉTOILES
tante. D'autres paraissent plus grandes et moins lumineuses. Il y a entre les étoiles des différences de nature qui sont bien perceptibles à l'œil nu. De deux étoiles d'égal éclat, Tune percera beaucoup plus vite les clartés du crépuscule; exemple Arcturus, dont la lumière dorée devance de beaucoup la lumière argentée de Véga. Antarès est d'un jaune orangé, comme Mars. Pollux est jaune comme Arcturus, Sirius blanc comme Véga. Les étoiles jaunes et rougeâtres gagnent au crépuocule, perdent pendant la nuit. Lorsque des brumes passent sur Cassiopée, elles obscurcissent plus facilement a que (3 ou 7, à égalité d'éclat. Ce sont là des différences intéressantes à observer (').
Cette constellation ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles doubles importantes; nous n'en signalerons que deux, qui ne sont pas trop difficiles à trouver :
L'étoile 14, de cinquième grandeur, dont le compagnon, de septième et demie, brille à 15": couple qui reste fixe au fond des cieux; une bonne lunette montre une troisième étoile, de onzième grandeur, à 12". Au nord de la ligne même de (3 à i.
L'étoile 4 M, de cinquième grandeur (entre i et ç), dont le compagnon, de huitième, brille à 6" 3, et reste également fixe depuis un siècle qu'on l'observe. Cette étoile offre cette particularité d'avoir été estimée de grandeurs bien différentes par les divers observateurs, car les uns l'ont notée de 6% les autres de 5% de 4* et même de 3% comme on peut en juger parles estimations suivantes d'éclat des deux composantes de ce couple :
Morton en 1857. .
Struve en 1827. .
Schmidt en 1833 .
Id. en 1830. .
Struve en 1824. .
Secchi en 1850 . .
(') A propos de Tappr^ciation des couleurs des étoiles, remarquons quelle n'est pas aussi facile qu'on le croit. D'abord, ces couleurs sont peu intenses, surtout sous nos latitudes brumeuses. Ensuite, tous les yeux ne jugent pas de la même façon, et ne voient pas identiquement les couleurs même les plus franches : il suffit de se promener dans un musée et de comparer les diverses copies d'un tableau faites par plusieurs artistes pour se convaincre que la même couleur de l'original est reproduite avec des tons bien différents-, à l'exposition des Champs-Elysées, à Paris, où l'on peut voir chaque année un nombre surprenant de femmes nues, on en remarque toujours deux ou trois qui sont d'un jaune ou d'un rouge si étranges, que très certainement, à l'honneur de la plus belle moitié du genre humain, il est impossible d'admettre que les modèles aient jamais eu une pareille peau. Ajoutons, quant aux étoiles, que les lumières artificielles employées le soir étant toutes jaunes, donnent un faux terme de comparaison et font paraître les étoiles plus bleues. D'autre part encore, l'atmosphère les rougit si elles sont près de l'horizon. Enfin, si l'on se sert d'une lunette ou d'un télescope, la composition des verres modifie aussi les nuances. Cependant, avec un peu d'exercice, on ne tarde pas à remarquer les différences intéressantes dont nous parlons.
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Ces variations soni-ellcs réelles? La transparence atmosphérique n'a-t-elle pas joué un grand rôle dans ces divergences? Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les estimations des couleurs offrent les mêmes variations : tandis que lun a noté les composantes blanche et bleue, l'autre les a notées orange et rouge; un autre les a vues verte et blanche. Couple intéressant à suivre.
Ajoutons que cette étoile a reçu la lettre w dès le temps de Fiamsteed , mais que cette lettre n'est pas inscrite dans l'atlas de Bayer.
Les autres étoiles doubles de cette constellation n'offrent pas d'intérêt pour les instruments de moyenne puissance (' ). Il en est de môme des nébuleuses et amas d'étoiles, qu'il est à peu près impossible de trouver sans écruatoriaux. Nous en signalerons cependant deux qui
Fis. 109. — L'étoile double 14 Cocher.
Fig. 110. — L étoile aouble 4 w Cocher.
sont trop remarquables pour être laissés sous silence. L'un (M. 37) est situé par 5" 44"" d'ascension droite et 32° 31' de déclinaison, et se trouve à peu près au milieu de la ligne tracée de jS Taureau à 9 Cocher ;
(') Les lecteurs dont l'amour pour l'astronomie pratique grandira encore et voudra s'exalter hors de la sphère d'étude populaire dans laquelle nous nous renfermons ici, trouveront les documents qu'ils ambitionnent dans notre ouvrage spécial sur les Étoiles doubles, et dans notre grand Atlas céleste, qui donne les positions de plus de cent mille étoiles. Il importe ici de ne pas dépasser les limites des observations, des études et des remarques que chacun peut faire facilement, pour peu qu'il s'intéresse sérieusement à s'instruire lui-même dans la connaissance de l'univers. Notre but est, répétons-le, tout simplement d'ouvrir le ciel pour que tout le monde puisse y lire comme dans un livre. Cette description est méthodiquement faite : nous examinons les constellations l'une après l'autre en marchant du nord vers le sud et eu nous servant des étoiles que nous connaissons déjà. — On trouvera, du reste, à la fin de ce volume, une Table générale et analytique des matières contenues dans r.4stronomie populaire et dans son Supplément, qui permettra de se reporter facilement à tous les sujets traités.
ASTRONOMIE. — SLPPLÉ.\IENT. 21
jg9 LE TELESCOPE D'KBRSCHEL
l'autre (M. 38) est situé par 5** 21"' d'ascension droite et 31" Al' de déclinaison, et se trouve au nord-est de l'étoile 9 : ces deux positions sont indiquées sur notre fîg. 108.
Le premier offre dans le champ du télescope une éclatante poussière d'or scintillant de mille feux : on peut y compter plus de cinq cents étoiles de la dixième à la quatorzième grandeur ; très curieux à observer, même dans les instruments de faible puissance. Toutes les étoiles de cet archipel céleste doivent être à la même distance de nous, et, par conséquent, leur grandeur réelle doit différer comme diffère leur grandeur apparente.
Le second affecte la forme d'une croix par la disposition des principales étoiles qui brillent dans son sein, et présente plusieurs jolis couples d'étoiles doubles. William Herschel penchait vers l'idée que la région la plus dense de cet amas doit exercer sur l'ensemble une certaine puissance attractive. Il semble, en effet, qu'il se prépare là une tendance vers la forme circulaire, qui ne sera pas atteinte de longtemps. Le patient observateur faisait, à ce propos, la remarque que nous pouvons juger de l'âge relatif des nébuleuses et des amas d'étoiles par la disposition générale de leurs parties constitutives, les plus âgés étant ceux qui paraissent les plus denses et les plus rapprochés île la forme sphérique.
Ce sont là les richesses principales de la constellation du Cocher. Continuons notre description du ciel par l'examen des régions voisines.
Sur notre flg. 104, on a remarqué, à l'est du Cocher, un instrumen l astronomique d'une forme assez bizarre : c'est le Télescope cl' Herschel. qui a été placé là par un astronome autrichien, le Père Hell, en commémoration de la découverte d'Uranus, faite dans cette région du ciel le 13 mars 1781. Ce petit astérisme envahit, en effet, la constellatio]i des Gémeaux, que traversait la planète Uranus à l'époque de sa découverte. Mais, quelque illustre et quelque cher que soit le souvenir du grand William Herschel dans le cœur de tous les astronomes, l'adjonction de cet instrument sur la sphère céleste n'a jamais servi qu'à embrouiller les cartes. Effaçons donc ce dessin, rendons au Cocher, aux Gémeaux et au Lynx les étoiles qui leur appartenaient, et ne considérons cette image que comme un souvenir historique.
A l'est encore, on voit le Lynx, qui est également une constellation moderne et qui occupe un vaste espace entre la Grande Ouïsse et les Gémeaux. C'est Hévélius qui, vers 1660, a installé cet animal dans le ciel, un peu par suite d'un jeu de mots : 0. Car, dit-il, il n'y a là que de petites étoiles, et il faut avoir des yeux de lynx pour les distinguer
et les reconnaître. » Au surplus, il ne tient pas outre mesure à sa création : « Ceux qui ne seront pas contents du choix , ajoute-t-il , y pourront dessiner autre chose s'ils le préfèrent; mais il y a vraiment là un trop grand vide dans le ciel pour n'y rien mettre du tout. » Le Lynx est resté, et il n'y a plus de raison aujourd'hui pour qu'il s'en aille. 11 y avait là, autrefois, sous les pieds de la Grande Ourse, un fleuve qu'on appelait le fleuve Jourdain et qui faisait pendant au lleuve du Tigre., dessiné, de l'autre coté du pôle, entre l'Aigle, le Cygne et la Lyre. Mais ces deux fleuves ont cessé de couler dans le ciel, et les meilleurs yeux n'en retrouveraient plus aujourd'hui la moindre trace. Comme nous venons de le dire, le Lynx n'est composé que de petites étoiles. Cependant, nous ne pouvons les laisser passer sans faire connaissance avec elles et sans voir si, dans cette région du ciel, quelque curiosité n'est pas digne d'arrêter un instant notre attention. Signalons donc ici les principales de ces étoiles :
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU LYNX. ÉTOILES 1660 1700 ISOO 1840 1860 1880
11 n'y a là qu'une étoile assez brillante (40) de troisième grandeur et demie, qui paraît être descendue à la quatrième et demie au temps de Piazzi. La suivante (38) paraît augmenter légèrement d'éclat. L'étoile qui porte le numéro 19 n'a été vue que de septième par Piazzi; cependant, elle est bien visible à l'œil nu, étant une faible de cinquième grandeur. Celle qui porte le numéro 1010 dans.le Catalogue général de Flamsteed est généralement confondue par les astronomes avec la 20* : elle a dû diminuer d'éclat. Quant à la 20% elle a disparu pour les observations faites à l'œil nu. Du reste, si l'on compare entre eux avec soin les atlas d'Hévélius, Flamsteed, Bode, Argelander et Heis, on ne tarde
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pas à s'apercevoir que plusieurs changements assez sensibles ont eu lieu depuis deux siècles dans cette région du ciel.
L'étoile que nous avons inscrite sous le numéro P. VIII, 169, est appelée par les astronomes, y compris Flamsteed et Piazzi, 50 Girafe, ce qui n'a aucun sens, laGirafe étant éloignée au nord du Lynx, et cet astre se trouvant en plein dans le corps de ce dernier animal.
Toutes ces étoiles sont assez difficiles à identifier dans le ciel. Il faut pour cela de belles soirées, pas de clair de lune et beaucoup de patience. Je n'engagerai guère dans cet essai que ceux d'entre nos
Kig. 111. — Principales étoile^; île la constellation du Lynx.
lecteurs qui se sentent vraiment animés du feu sacré. Se servir de notre fig: 11 L Les meilleurs mois pour observer cette région vers neuf heures du soir sont : février, mars, avril et mai, parce que ces petites étoiles sont alors très élevées dans le ciel et ne perdent rien de leur éclat.
II y a là quelques étoiles doubles intéressantes :
Menez une ligne de i •/. ii'k^ Grande Ourse ; au sud-est de cette ligne, vous verrez deux étoiles de 3M/2 à 4" grandeur : ce sont 38 et 40 lynx. La première est double : compagnon de 7* grandeur, à 2"8. C'est un système physique en mouvement propre commun mais qui ne tourne
qu'avec une extrême lenteur : il n'y a pas plus de G degrés de parcourus depuis un siècle.
L'étoile n" 12 est un sj^stème triple. Grandeurs des composantes : 5,8, 6,5 et 7,5. Les deux premières sont serrées l'une contre l'autre à r4. La troisième est écartée à 8" 3. Excellent objet d'observations pour une bonne lunette. C'est, de plus, là, un système ternaire remarquable : les deux premiers soleils de cet univers lointain ont déjà tourné l'un autour de l'autre de 53° depuis un siècle ; leur période de révolution pourrait être de 700 ans environ ; quant au troisième, il ne doit accomplir son cycle qu'en plusieurs milliers d'années.
L'étoile n" 19, de 5' grandeur 1/2, a un compagnon de 7* à 14" Couple stationnaire depuis cent ans qu'on l'observe. La 20" est aussi une double fixe, très élégante : deux astres de 7M/2, écartés à 15".
Fig. U2. — L'étoile double 38 du Lynx. Fig. 113. — L'étoile tnple 12 du Lyux.
11 y a encore là d'autres groupes remarquables; mais ils sont si difficiles à trouver, qu'il est inutile de les indiquer. La 15' est particulièrement intéressante, mais seulement pour un instrument puissant : il y a là deux soleils, l'un jaune d'or, l'autre azur, qui se sont éclipsés dernièrement y le disque d'or ayant recouvert une partie du disque d'azur, sur environ un quart de diamètre. Cette occultation rarissime a été observée par le baron Dembowski {'), de son observatoire particulier installé près de Milan; elle a eu lieLf en 18G8. Depuis 1872, les deux étoiles vont en se séparant lentement; mais elles ne sont encore qu'à une demi-seconde l'une de l'autre.
Pas de nébuleuses, ni d'amas d'étoiles extraordinaires.
') Les plus beaux travaux accomplis sur les étoiles doubles depuis dix ans sont dus à cet astronome amateur, ainsi qu'à M. Burnham de Chicago, à M. Gledhill d'Halifax, à M. Wilson de Rugby, à M. Doberck de Markree, tous astronomes amateurs.