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Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèratures

A mesure que V étude des langues étrangères se vulgarise et cesse d'être le privilège de quelques initiés, un besoin général se fait sentir de connaître de plus près, et dans des traductions a la fois artistiques et fidèles, les chefs-d'œuvre poétiques des principales littératures modernes.

Sans doute, rien ne remplacera jamais la lecture des textes originaux. Mais ces textes ne sont pas abordables à chacun, et il faut être profondément versé dans une langue pour en apprécier toutes les beautés et toutes les finesses.

En outre, une traduction bien faite est, même pour les plus compétents, une source de jouissances toutes spéciales. Elle ravive sous une forme nouvelle des impressions reçues, éveille l'esprit à des comparaisons fécondes entre les génies des différentes littératures, et, bien loin de nuire à l'appréciation de l'original, en fait au contraire savourer avec un goût plus exercé maint

détail inaperçu, mainte tournure, sur laquelle l'attention avait glissé, et qui ressort mieux, en raison même de la difficulté que le traducteur rencontre à la transporter d'une langue dans une autre ou à lui chercher un équivalent.

Sous ce rapport aucune étude, croyons-nous, n'est à la fois plus intéressante et plus utile que la lecture d'une bonne traduction. Seulement nous insistons à dessein sur cette dernière épithèie. Rien n'est plus rare et plus difficile qu'une traduction qui ne justifie pas le proverbe traduttore traditore, surtout lorsqu'il s'agit de poésie.

Ici il n'y a pas seulement une pensée à comprendre et à rendre, il y a tout un travail d'art h reproduire. C'est une architecture à conserver, une ciselure à mouler sur le modèle, un rhythme à garder, un parfum à fixer, un jeu d'ombres et de lumière à saisir, une impression générale à transposer sans la dénaturer.

Rares sont les talents assez souples et les amateurs de ce genre de travail assez rompus à toutes les difficultés du métier, pour résoudre ce problème délicat. Nous ne connaissons guère que M. Amiel qui excelle dans cet art nouveau, dont il a en quelque sorte donné la formule dans une lettre à M. Scherer, insérée eu tête de l'édition complète et scientifique du même Recueil.

Nous eu reproduisons ici le passage le plus saillant :

« Nous sommes bien d'accord sur la traduction parfaite. Ce serait celle qui rendrait, non pas seulement le sens et les idées de l'original, mais sa couleur, son mouvement, sa musique, son émotion, sou style disliuctif, et cela dans le même rhythme, avec des vers de même forme et un -même nombre de vers. Or, il n'est pas douteux que cet idéal est inaccessible, au moins dans notre langue, car si notre littérature est hospitalière, elle sous-euteud que ses hôtes prendront ses habitudes, son costume et ses parons à elle, et non pas qu'elle-même fera la moitié des avances et du chemin. Mais eu thèse générale, quel autre idéal est donc plus accessible? Ne suffit-il pas, ici comme ailleurs, c'est-à-dire eu traduction comme en morale, qu'on se rapproche quelque peu du type irréalisable pour avoir droit à l'existence et même à F encouragement ? »

Joignant la pratique à la théorie, l'exemple au précepte, M. Amiel a cherché dans une douzaine de littératures différentes quelques-unes des poésies les plus connues et les plus justement célèbres, ou quelques fragments des poèmes les plus caractéristiques, et il en a composé un bouquet de jleurs exotiques, que nous offrons, sous le nom d'Etrangères, non pas aux délicats seulement, mais à tous les lecteurs cultivés.

Ils trouveront dans les soixante-et-une pièces qui rentrent dans ce Recueil un choix de spécimens propres à compléter tous les cours de littérature générale ou comparée. Quelques-uns de ces morceaux, les onze derniers, sont même d'une facture toute nouvelle comme rhythme et comme versification. On pourra juger ainsi des louables efforts de rauleur pour transporter dans notre langue des effets que nos habitudes traditionnelles semblaient devoir lui interdire.

Le mérite artistique et la fidélité poétique de ces traductions ont été attestés par de nombreux témoignages de F étranger ; aussi espérons-nous rendre un véritable service à la noble cause d'un échange littéraire intelligent et raisonné entre nations de génies différents, en mettant à la portée de tous, dans nue édition populaire, les chefs-d'œuvre interprétés et transposés par M. Amiel.

J. SAKDOZ, éditeur.

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