chapitre XXIX
Il y avait dans la même ville deux femmes mariées au même homme et chacune avait un fils qui était ma-
iade. L'une se nommait Marie et son fils avait nom Kaljufe. Cette femme se leva et elle porta son enfant à Marie , la mère de Jésus , et elle lui offrit une trèsbelle nappe, et elle lui dit : « O Marie, reçois de moi cette nappe et, en échange , donne-moi un de tes langes. » Marie y consentit et la mère de Kaljufe fit avec ce lange une tunique dont elle revêtit son fils. Et il se trouva guéri et l'enfant de sa rivale mourut le même jour. Il en résulta de grands dissentiments entre ces deux femmes ; elles s'acquittaient , chacune à son tour , une semaine durant , des travaux du rnéuage et une fois que le tour de Marie , la mère de K aljufe , était venu , elle s'occupait de faire chauffer le four pour cuire le pain et, allant chercher la farine, elle sortit laissant son enfant près du four. Sa rivale voyant que l'enfant était resté seul , le prit et le jeta dans le four tout embrasé et elle s'enfuit. Marie revint et elle vit son enfant qui était au milieu du four où il riait, car le four s'était soudainement refroidi , comme si jamais il n'y avait été allumé de feu , et elle se douta que sa rivale l'avait jeté là. Elle l'en retira donc et le porta à la vierge Marie et lui raconta ce qui s'était passé. Et Marie lui dit : « Tais-toi , car je crains pour toi si tu divulgues ces choses. » Ensuite la rivale alla au puits puiser de l'eau et voyant Kaljufe qui jouait auprès et qu'il n'y avait à l'en tour nulle créature humaine , elle prit l'enfant et le jeta dans le puits. Des hommes étant venus pour se procurer de l'eau virent l'enfant qui était assis sans aucun mal , sur la surface de l'eau , et ayant descendu des cordes , ils le retirèrent. Et ils furent remplis d'une telle admiration
pour cet enfant qu'ils lui rendirent les honneurs comme à un dieu. Et sa mère le porta en pleurant à Marie et lui dit : « 0 ma maîtresse , vois ce que ma rivale a fait à mon fils et comme elle l'a fait tomber dans le puits et il n'y a pas de doute pour moi qu'elle ne cause un jour sa mort. » Marie lui répondit : « Dieu punira le mal qui t'a été fait. » Peu de jours après, la rivale alla puiser de l'eau et ses pieds s'embarrassèrent dans la corde de sorte qu'elle tomba dans le puits et lorsque l'on accourut pour lui porter secours , on trouva qu'elle s'était fracassé la tête. Elle mourut donc d'une manière funeste et la parole du sage s'accomplit en elle : « Ils ont creusé un puits et ils ont jeté la terre en haut , mais ils sont tombés dans la fosse qu'ils avaient préparée. »