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chapitre LV

C'est lui que nous adorons humblement , car il nous a donné l'existence et la vie , et il nous a fait sortir des entrailles de nos mères ; il a pris pour nous le corps de l'homme, et il nous a rachetés, nous couvrant de sa miséricorde éternelle , et nous accordant sa grâce par son amour pour nous et par sa bonté. A lui la gloire , puissance , louange et domination dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.

Fin de l'Évangile de l'Enfance tout entier , avec l'assistance du Dieu suprême, suivant ce que nous trouvons.

NOTES

(1) La bibliothèque du Vatican, celle du Roi à Paris, renferment divers manuscrits de F Évangile de l'Enfance en arabe ou en syriaque.

(21 Ces ouvrages sont peu connus et fort rares, les Juifs les ayant, dans la crainte de s'attirer des persécutions, soustraits avec un soin extrême, aux regards des chrétiens. Le savant orientaliste J.-B. de Rossi a mis au jour à Parme, en 1800, une Bibliotheca judaica anti-christiano , volume in-8° fort curieux. J. C. Wagenseil avait déjà réuni quelques-uns de ces écrits sous le titre de Tela ignea Satanœ, Altdorfi, 1681, 2 vol. in-4° ; il a compris dans cette collection le Toi dos Jeschu, œuvre dictée par une haine aveugle, et écrit supérieur en importance au Sefir Toledoch Jescuah, dont nous parlons dans une des notes qui vont suivre.

Voici une légende extraite d'un de ces livres si peu lus aujourd'hui. Jésus, Pierre et Judas, étant dans le désert, s'égarèrent, et ayant trouvé un berger couché sur la terre, ils lui demandèrent quelle route ils devaient suivre. Celui-ci poussa la paresse jusqu'à ne pas se lever; il se borna à étendre le pied du côté où il fal'ait se diriger. Peu après, ils rencontrèrent une bergère, et, lui ayant adressé pareilles questions, celle-ci les mena avec empressement jusqu'à un endroit où ils n'avaient plus qu'a suivre la bonne voie. Pierre pria Jésus de récompenser celle qui leur avait ainsi rendu service, et Jésus la bénit, lui dit qu'elle épouserait le berger nonchalant. Pierre ayant alors témoigné de la surprise, le Seigneur dit : « Une femme aussi active sauvera un mari aussi paresseux et qui serait bienîôt perdu par sa fainéantise. Car je suis le Dieu compatissant qui règle les mariages d'après les œuvres des hommes. »

(3) On lit dans le Coran (ch. xix, v. 16-17) «Parle de Marie, comme elle se retira de sa famille, et alla du côté de l'est. Elle

se couvrit d'un voile qui la déroba aux regards. Nous envoyarues vers elle notre Esprit. 11 prit devant elle la forme d'un homme, d'une figure parfaite. »

Un auteur arabe qui s'est fort occupé de recueillir les légendes orientales au sujet des événements que racontent les Évangiles, Kessajus narre en ces termes k s circonstances de l'accouchement de Marie : « Lorsque le moment de sa délivrance approcha, elle sortit au milieu de la nuit de la maison de Zacharie, et elle s'achemina hors de Jérusalem. Et elle vit un palmier desséché, et lorsque Marie se fut assise au pied de cet arbre, aussitôt il refleurit et se couvrit de feuilles et de verdure et il porta une grande abondance de fruits par l'opération delà puissance de Dieu. Et Dieu fît surgir à côté une source d'eau vive, et lorsque les douleurs de l'enfantement tourmentaient Marie, elle serrait étroitement le palmier de ses mains. »

Il existe un travail d'un savant d'outre-Rhin, Sehmidt, sur les légendes extraites du Coran, et qui se rapportent au Sauveur : Sagen von Jesu aus der Coran, il est inséré dans la Bibliothèque pour la critique et l'exégèse du Nouveau-Testament et Cancienne Histoire de C Eglise, 1796, t. i, p. 110.

(4) Selon Bède, Aymon et quelques autres écrivains, 1 es bergers qui virent le Sauveur dans l'étable étaient au nombre de trois; ailleurs on lit qu'ils étaient quatre et qu'ils se nommaient Misaël, Achèel, Stéphane et Cyriaque.

(5) Zeradascht ou Zoroastre. Des écrivains orientaux représentent ce personnage célèbre comme ayant été le disciple du prophète Élie. On peut consulter à son égard le savant article fort étendu (66 colonnes) que M. Parisot lui a consacré dans le 52e volume de la Biographie universelle, ainsi que la dissertation de Norberg de Zoroastre Bactriano dans ses Opuscula, t. ii, p. 579-590.

(6) Ce qui se rapporte à l'apparition miraculeuse de l'étoile qui guida les Mages a soulevé parmi les interprètes une foule de difficultés et de discussions que nous nous garderons d'aborder ici. Le savant Miïnter a publié à Copenhague, en 1827, sur celte question, un traité des p'us érudils : Die Stem der Weisen, 4°. Il paraît que des légendes apocryphes, aujourd'hui perdues, racontaient que l'étoile avait la forme d'un petit enfant, ayant au-dessus de lui l'apparence d'une croix, et qu'il avait parlé aux Mages. Beaucoup de circonstances di^

plus étranges à cet égard se rencontrent dans une Navraiio, de iis quœ Christo naio in Persia accederunt, ouvrage que certains manuscrits attribuent, mais à tort, à Jules l'Africain. Le baron d'Aretin, zélé bibliographe bavarois, a publié cet écrit dans ses Beytruge tur Geschichte and Literalur. (iv, 49). Et le docteur anglican Routh Ta reproduit dans ses Reliquiœ sacrœ ( n, 355).

(8) La croyance à des maléfices du genre de ceux dont il s'agit dans ce chapitre, remonte à une haute antiquité. Nous lisons dans le recueil des arrêts de Robert, 1621, p. 462. « Hérodote rapporte que le roi Amasîs longtemps se monstra ne pouvoir rien faire avec sa femme Laodice, ce qui fut par charmes et sortilège (et p. 564), «Théodorus ayant pris pour femme Hermemberga, ne put jamais la déflorer, estant emptsché de ce faire par les charmes et enchantement de ses maîtresses et concubines. Grégoire de Tours (lib. xx, ch. n), dit qu'Eulalien tira hors du monastère de Lyon une fille, mais ses concubines, d'envie qu'elles eurent pour ses charmes lui firent perdre tout sentiment. »

Au moyen-àge et jusqu'au xvne siècle, les procès pour pareil délit ne sont point rares. Nous indiquerons seulement celui d'Arnaud Hutis, abbé de Vezelai, accusé d'avoir empêché, par magie, le comte de Flandre, de connaître son épouse. La comtesse déclara elle-même dans les interrogatoires qu'elle avait consenti au sortilège, à condition que l'empêchement ne durerait pas plus de deux ou trois jours. Elle déposa au greffe criminel un petit drapelet et du fil blanc dans lequel toute la puissance magique était contenue. ( Mayer, Galerie philosophique du xvie siècle, 1783, t. h, p. 234). Un jurisconsulte fort en renom de son temps, Damhoudère, veut que le coupable soit brûlé vif. « Quiconque tue quelqu'un par sorcerie ou incantation, c'est-à-dire par enchantement, il est à punir par le feu , comme est aussi celui qui, par sorcerie, fait que l'homme et la femme ne font génération, ou empesche que la femme ne fait enfants, et fait sécher le lait de la femme ou nourrice. ( Pratique judiciaire, Paris, 1555, 8°, p. 78).» Nonobstant celte sévérité, il ne manquait pas d'écrivains qui consignaient dans leurs ouvrages les moyens les plus efficaces pour troubler ainsi les ménages. D'après Arnauld de Villeneuve, il faut, pour rendre un mari impuissant, placer sous son lit des testicules de coq ou

de lion, tracer sur le lit certains caractères avec du sang de chauve-souris. Cet auteur affirme également que le cœur d'un vautour, rend l'homme qui le porte, aimable auprès des femmes, gratum mulieribus. (Hœffer, Histoire de la chimie, t. i, p. 392). Des écrivains, fort judicieux d'ailleurs, n'ont point révoqué en doule la réalité de cet enchantement ; il n'y a qu'à lire dans le Traité des monstres d'Ambroise Paré, le chap. xxxiv, des noueurs d'esguillettes, et au chap. xxxn, cet illustre chirurgien s'exprime ainsi : « Il y en a qui rendent par leurs sorcelleries les hommes si mal habiles à sacrifier à madame Vénus, que les pauvres femmes qui en ont bien affaire, pensent qu'ils soient chastrez et plus que chaslrez. » Il existe des traités spéciaux. Traité de l'enchantement qu'on appelle vulgairement le nouement de Vesguillette, la Rochelle, 1591 (1). Discours pour savoir si on peut nouer l'aguillette, et comme on la peut desnouer, sans date (2). Consulter pour des détails plus étendus.

Bouchet, cinquième sérée, Joubert, Erreurs populaires, liv. ii, chap. 3, Delrio, Controverses et recherches magiques, 1611, p. £14-416, Dulaure, des Divinités génératrices. 1825, p. 288., etc.

(9) Ces deux voleurs portent dans l'Evangile de Nicodème les noms de Dimas et de Gestas; dans les Collectanea vulgairement attribués à Bède, ils s'appellent Matha et Joca; et dans une histoire de J.-C. que nous avons déjà indiquée, qui a été écrite en persan par le jésuite Jérôme-Xavier, que Louis de Dieu a traduite en l'accompagnant de notes acerbes, et que les Elzevirs ont imprimée en 1639 , ils sont désignés sous les noms de Lustin et de Vissimus. Selon les légendaires crédules du moyen-âge, ce fut celui des larrons sur lequel porta l'ombre du corps du Sauveur qui se convertit. Le cardinal Pierre Damien, mort en 1072, attribue sa conversion à une prière de la Vierge, qui reconnut en lui un de ceux entre les mains desquels elle était tombée en allant en Égypte.

(10) Rapportons ici un passage du Voyage au Levant de Thevenot (1. II, c. 8, tom. i, p. 265, édit. de 1665) : « Dans un grand jardin, près du Caire, il y a un gros sycomore fort vieux

(1) L'épître dédicatoire est signé L. H. H. M. L'E. Un bel exemplaire de cé volume rare a été payé 50 francs à la vente de M. Nodier, en 1844.

(2) Un exemplaire de cet opuscule devenu introuvable, fait partie d'unreeneil curieux porté au catalogue de la bibliothèque de M. Leber (n" §503).

i O th è qjw qui s Mé acquise en totalité par la. ville de Roue».

qui porte toutefois du fruit tous les ans ; on dit que la Vierge, passant par là avec son Fils Jésus et voyant que des gens la poursuivaient, ce figuier s'ouvrit, et la Vierge étant entrée dedans, il se referma ; puis, ces gens étant passés, il se rouvrit et resta toujours ainsi ouvert jusqu'à Tannée 1656, que le morceau qui s'était séparé du tronc fut rompu. » Denon {Voyageen Egypte, t. i, p. 65» édit. de 1802) mentionne des portes d'édifices arabes qui peuvent donner la mesure de l'indestructibililé du bois de sycomore; il est resté dans son entier, tandis que le fer dont ces portes étaient revêtues a cédé au temps et a disparu complètement.

(1 1) Voici ce qu'à cet égard on lit dans Y Histoire en persan que nous venons de mentionner : « Il reste un écrit que, lorsque les habitants de ce pays voulaient accroître ce jardin, ils y plantèrent beaucoup de ces arbres qui donnent le baume, mais ces arbres ne portèrent aucun fruit ; ils eurent alors l'idée que celte stérilité cesserait si ces arbres étaient arrosés dans l'eau dans laquelle Jésus s'était baigné ou qui avait lavé ses vêle= nienls. Ils amenèrent ainsi le ruisseau de ce jardin jusqu'au ruisseau qui s'écoulait de la fontaine de Jésus-Christ, et des deux ruisseaux l'on n'en fit qu'un. Et il advint que toutes les terres qui furent arrosées de ces eaux produisirent le fruit qui donne le baume. »

(12) Kessaeus ajoute au récit de la fuite en Égypte des circonstances puériles, mais que l'amour du merveilleux faisait circuler de bouche en bouche dans tout l'Orient.

« Ils se mirent à aller de ville en ville. Et Joseph vit sur la route un grand lion qui se tenait à l'embranchement de deux chemins, et, comme ils en avaient peur, Jésus s'adressa au lion et lui dit : « Ce taureau, que tu songes à déchirer , appartient à un homme pauvre; va en un tel endroit et tu y trouveras le cadavre d'un chameau ; dévore-le. » Le lion alla vers le chameau et le dévora. »

«Ils allèrent ensuite à une multitude d'hommes assemblés et Jésus leur dit : « Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous êtes ici réunis ? Votre intention est d'entrer dans le palais du roi et de le piller; mais nYn fuites rien, car ce monarque est un homme pieux; suivez-moi, et je vais vous montrer un trésor dont le propriétaire a accompli hier son dernier jour. » Ih le suivirent , et lorsqu'ils furent arrivés auprès d'un rocher.

Jésus leur dit : « Creusez là. » Et lorsqu'ils eurent creusé, ils trouvèrent une grosse somme d'argent et ils la partagèrent entre eux. »

» Jésus, étant parti avec ceux qui étaient avec lui , vint dans une ville où il y avait un roi, et les habitants de cette ville étaient rassemblés devant une idole à laquelle ils adressaient des supplications en versant des larmes. Jésus leur ayant demandé ce qu'ils avaient à agir ainsi , ils répondirent : « La femme du roi est en mal d enfant et ses couches sont accompagnées de grandes souffrances et de périls. » Jésus répondit : c Allez vers Je roi et dites-lui que si je pose la main sur le ventre de sa femme, elle sera aussitôt délivrée. » Quand cela eut été rapporté au roi, il ordonna d'introduire Jésus auprès de lui, et Jésus dit : « 0 roi, si, avant que cette femme n'accouche, je t'annonce ce qu'elle va enfanter, croiras-tu en mon Seigneur qui m'a créé sans que j'aie eu de père? » Le roi ayant répondu qu'oui, Jésus dit : « Elle va mettre au monde un enfant d'une grande beauté dont une oreille sera plus longue que l'autre, et sur l'une de ses joues il y aura un signe noir et sur son dos un autre de même couleur. » Puis, ayant étendu la main vers le venlre de la femme, il dit : « Sors, embryon , par la volonté de Dieu suprême qui a créé toutes choses et qui fournit à toutes ses créatures une nourriture abondante. » La femme ayant mis au monde un enfant tel que Jésus l'avait annoncé, le roi voulait croire en Dieu, mais ses conseillers l'en détournèrent, en lui disant que tout cela était l'aîuvre de la magie. Dieu suscita alors contre eux un grand orage venant du ciel avec un horrible fracas, et ils prirent tous la fuite. »

(13) Nous relaterons au sujet de Judas un petit conte qui se trouve dans VHistoria de Jeschuœ Nazeroni, (édit. d'Hulrich, Leyde, 1705, 8° p. 51), ouvrage d'un écrivain juif.

Jésus accompagné de Pierre et de Judas, s'arrêta un jour dans une hôtellerie; l'hôte n'avait qu'une oie à leur offrir. Jésus la prit et lui dit : « Celte oie est trop petite pour que trois personnes puissent la manger, allons dormir, et celui qui aura fait le meilleur rêve, la mangera seul. » Il allèrent se coucher, et au milieu de la nuit, Judas se leva, et il dévora l'oie. Le matin ils se réunirent et Pierre dit : « Je me suis vu en songe au pied du trône de Dieu, le tout-puissant. » Jésus répondit : « Je suis le fils de Dieu tout-puissant, et j'ai rêvé que tu étais

assis près de moi. Mon songe a donc été supérieur au tien, et c'est à moi qu'il appartient de manger l'oie. » Judas dit alors : « Et moi j'ai en songe mangé l'oie. » Et Jésus chercha l'oie : mais inutilement, car Judas l'avait dévorée. »

On peut consulter à l'égard du livre qui nous fournit cette historiette la curieuse Biblioteca Judaica anti-christiana de Rossi, n° 162. (Parme, 1800, 8°). Cette Historia ou Sephèr Toledolo Jescuak annotzeri est d'ailleurs un livre rare, et son auteur, demeuré inconnu, a vraiment trop peu d'importance pour mériter les épilhètes outrageantes qu'entasse surluison éditeur; en voici un échantillon : Certissimum est et sole rneridiano clarius vanissimum iltum hominem fuisse, bipedum nequissimum, trifurciferum sceleribus coopertissimum, satorem sertoremque scelerum et messorem maximum, mendacissimum inferni expurgamentum, Acherontis gloriam, etc.

Quant aux légendes relatives ii Judas Iscariote, un savant dont nous avons déjà cité les remarquables travaux, M. E. du Méril a traité ce sujet dans ses Poésies populaires latines du moyenâge, p. 324-340. « On a prétendu que Judas était sauvé, l'on est allé jusqu'à rechercher pieusement ses reliques ; voyez Gœsius, de cultu Judœ proditoris, ( Lubeck, '1713, 4° ).

M. du Méril indique comme présentant certains rapports avec la légende de Judas le poème d'Hertmann van der Aue, Gregorius uf dem Steine. Cette composition de 3752 vers, fut publiée pour la première fois par C. Grieth dans son Spicilegium vaticanum , (Prauonfeld , 1338, 8°, p. 180-303; voiries Wienner Iahrbucher, 1840, t. lxxxix, p. 61-74)]; M. Cari Luchmann en a donné une édition spéciale, (Berlin, 1838, 8°).

(14) On lit dans le Koran (chap. III, v. 43) : « Jésus sera l'envoyé de Dieu auprès des enfants d'Israël. Il leur dira : « Je viens vers vous accompagné des signes du Seigneur ; je formerai de boue la figure d'un oiseau, je soufflerai dessus, et par la permission de Dieu l'oiseau sera vivant; je vous dirai ce que vous aurez mangé et ce que vous aurez caché dans vos maisons. »

» Dieu dira à Jésus, Fils de Marie : « Souviens-toi des bienfaits que j'ai répandus sur toi et sur ta Mère lorsque je t'ai fortifié par l'esprit de sainteté, afin que tu parles aux hommes, enfant au berceau et à l'âge plus avancé. — Je t'ai enseigné l'Écriture, la Sagesse, le Pentaleuque et l't'vangifp ; tu formas

de boue la figure d'un oiseau par ma permission ; ton soufilç l'anima par ma permission. »

Kessseus s'exprime ainsi de son côté : « Alors le peuple disait : « C'est de la magie; fais-nous voir un autre signe. » Et Jésus disait : « Que désirez-vous ? » Ils répondaient: « Indiquenous ce que nous avons déposé et ce que nous devons manger dans nos maisons. » Et quand il le leur eut dit, comme ils ne croyaient pas, il s'en alla, et , le lendemain , comme il revint parmi eux, ils disaient : « Voici que ce magicien est de retour.» Jésus, les entendant, en fut courroucé, et il dit : « 0 Dieu, tu sais qu'ils m'accusent de maléfice, ainsi que ma Mère; punisles donc ainsi qu'ils le méritent. » Alors Dieu les changea en porcs, et, après qu'ils eurent vécu trois jours , ils moururent. Lorsque cela fut divulgué parmi les Juifs, ils voulurent tuer Jésus, mais ils ne le purent. »

(15) Ce miracle est connu des Persans, ainsi que nous l'apprend un passage du Lexicon persicum d'Ange de la Brosse (Amst., 1684, in-fol.), au mot Tinctorius ars : « Il est relaté dans un livre apocryphe des Perses , intitulé : L'Enfance de Jésus-Christ, que le Sauveur a exercé le métier de teinturier, et qu'avec une seule teinture, il donnait aux étoffes diverses couleurs. C'est pourquoi , chez les Persans, il est vénéré des teinturiers comme leur patron, et une maison de teinturier s'appelle la boutique du Christ. » D'autre part , on lit dans Kessœus le passage suivant : « Et Marie forma le projet de le remettre aux mains d'un maître qui lui apprendrait le métier qu'il savait exercer. Elle le conduisit donc à un teinturier, et elle lui dit : « Reçois cet enfant et instruis-le dans ta profession. » Le teinturier l'accueillit et lui dit : « Quel est ton nom? » Et il répondit : « Mon nom est Isa Ibn Marjam (Jésus, Fils de Marie). » Et il lui dit : « O Isa, prends une cruche, et, après que tu auras été à la rivière la remplir d'eau, remplis tous ces réservoirs, et prends ces matières colorantes. » Il lui fit ehsuite l'énumération des teintures qu'il préparait dans les réservoirs et des couleurs dont il imprégnait les vêtements, et, l'ayant quitté, il se retira dans sa chambre. Jésus, venant aux réservoirs, les remplit d'eau, et il jeta dans un seul toutes les substances colorantes, et il jeta tous les habits dessus, et il s'en retourna auprès de sa mère. Le lendemain , le teinturier étant venu, et ayant vu ce qu'avait fait Jésus, il lui donna un souf-

flet, en lui disant : « O Isa , tu m'as perdu et tu as gâté tous ces vêtements. » Isa lui dit : « Que cela ne te trouble point, mais dis-moi quelle est ta religion. » Et le teinturier répondit : « Je suis juif. » Isa répliqua : « Dis : il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, et Isa est l'envoyé de Dieu ; étends la main et retire tous ces vêtements et chacun d'eux sera imprégné de la couleur que désirait le propriétaire. » Le teinturier crut en Dieu et en Isa, et il rendit à chacun ses habits teints ainsi qu'il lui avait été prescrit, et il persista dans la foi d'Isa , sur lequel paix et bénédiction. »

(16) Il y avait diverses sortes de spithames; la plus usitée de ces mesures correspondait à la moitié de la coudée grecque.

(17) Le mois d'Adar était le douzième de l'année hébraïque ; il correspondait partie au mois de février, partie à celui de mars.

(18) Kessaeus rapporte ainsi les noms des douze disciples : Siméon, Luc, Pierre, Thomas, Mathieu, Jean, Jacques, Jonas, Georges, Nannus, Noncin et Paul. Jésus étant sur le rivage de la mer, vit des hommes qui exerçaient le métier de foulons. ( le mot arabe correspond à fullones vestium dealbatores ) et il leur dit : « Quoi! vous nétoyez ces vêtements et vous n'en faites pas de même de vos cœurs. » Donc ils crurent en lui et ils furent les témoins de sa prophétie. »

(19) Parmi divers récits du même genre qui se rencontrent chez Kessaeus, nous choisirons celui auquel il donne pour titre : Histoire d'un aveugle et d'un boiteux, « Waheb Ibn-El Mamba (auquel Dieu soit propice) dit : « Ceci est aussi un des miracles de Jésus. Un voleur entra dans le logis de Dahcan où demeuraient Marie et Joseph, et il emporta tout ce qui s'y trouvait. Dahcan , très-aftligé , dit à Jésus : « Apprends-moi quel est celui qui m'a dérobé ma propriété. » Jésus répondit : « Fais réunir devant moi tous les gens de ta maison.» Lorsque cela fut fait, Jésus dit : « Où est l'aveugle un tel et où est le boiteux ? » Et lorsqu'ils eurent été amenés devant lui , Jésus dit : « Voici les deux voleurs qui t'ont dépouillé de tous tes biens. » Et le peuple étant frappé de surprise, Jésus dit : « Ce boiteux a été aidé des forces de l'aveugle et l'aveugle a été secondé par les yeux du boiteux ; l'un tenait de sa main une corde par la fenêtre, tandis que l'autre allait chercher les objets volés elle

lui apportait. » Poeocke rapporte un apologue a pou près semblable d'un aveugle et d'un boiteux, apologue que, suivant le livre Kenzi al Asrar, Dieu doit proposer aux hommes au jour du jugement dernier, lorsque le corps et l'âme rejetteront mutuellement l'un sur l'autre le blâme de tous leurs péchés. Empruntons encore à Kessaeus quelques circonstances qui se rattachent au miracle raconté dans le chapitre XXIX de la légende que nous traduisons; après avoir raconté que Moïse avait marché aussitôt sa naissance , qu'il avait dit à sa mère : Ma mère, ne sois pas inquiète de moi, car Dieu est avec nous. » Que, cette même nuit, on avait entendu dans le palais de Pharaon une voix qui s'écriait : « Moïse est né et le souverain de l'Égypte a péri. » L'écrivain arabe ajoute que toutes les idoles de l'Egypte, tombant sur la face, se brisèrent aussitôt, et il poursuit en ces termes : « Sa mère, toutes les fois qu'elle sortait de chez elle pour ses occupations, le cachait dans un four dont elie bouchait l'orifice, afin de le dérober à tous les yeux. Un jour qu'elle était sortie après l'avoir mis dans le four, sa sœur, qui avait été chercher de la farine , alluma le feu afin de chauffer le four, car elle ignorait que Moïse s'y trouvait. Quand la mère de Moïse revint, elle fut presque morte de frayeur et elle s'écria : « Mon fils est dans le four! » Et voyant que le four était tout embrasé , elle se frappa le visage et dit : « La prudence ne peut rien contre la destinée ; vous avez brûlé mon fds 1 » Alors Moïse lui crie du milieu du four: « Ma mère, ne crains rien ; Dieu m'a préservé du feu ; étends les mains et retire-moi des flammes ; Dieu ne permettra pas qu'elles te fassent plus de mal qu'à moi. » Et sa mère le fit, et le feu ne la toucha point. »

(20) Kessaeus rapporte un peu différemment cette fable: Jésus croissait admirablement en âge, et un certain jour, comme il jouait avec des enfants, un de ces enfants sauta sur le dos d'un autre, et s'y tint comme à cheval, et l'ayant fait tomber avec le pied, il le tua. Les parents du mort accoururent et se saisissant des enfants parmi lesquels était Jésus, ils les menèrent devant le juge. Marie vint aussi, craignant pour son fils. Et le juge demanda : « Qui est-ce qui a tué cet enfant ? » Et ils répondirent : a C'est Jésus qui l'a tué. » Alors le juge dit : « Pourquoi Tastu tué ? » Alors Jésus dit : « 0 juge, je vois que tu es un homme insensé ; tu devais d'abord t'enquérir si c'est moi qui F ai

lué ou non. a Le juge dit : «Je vois que tu es accompli de sagesse, mais quel est ton nom? » Et il répondit : « Je m'appelle Jésus, fils de Marie. « Le juge dit alors : « Pourquoi l'astu tué, ô Jésus? » Jésus répondit : « Ne t'ai-je pas déjà prévenu de ne point parler ainsi? » Ensuite Jésus s'approchant du mort, lui dit : « Lève-toi, par la permission de Dieu. » Et lorsqu'il se fut levé, il lui demanda : «Qui est-ce qui t'a fait périr?» Et le mort répondit : « C'est un tel qui m'a fait périr, mais Jésus n'a rien commis contre moi. » Et le mort retomba sans mouvement, et ils firent mourir à sa place l'enfant qui était cause de son trépas, n

Dénouement conforme à la loi du talion, toujours en vigueur dans l'Orient.

PftOTÉVANGILE DE JAGQUES-LE-M INEUR.

Le nom donné à cette composition lui vient de ce qu'elle rend compte des événements qui précédèrent immédiatement la prédication de la religion chrétienne. Il est fait mention du Protèvangile dans les Pères de l'Église les plus anciens , tels qu'Origène , St-Épiphane, St-Grégoire de Nysse; dès le second siècle St-Justin et St-Clément d'Alexandrie avaient parlé des fables qu'il renferme. Il nous est parvenu dans une rédaction grecque, œuvre sans doute de quelque écrivain de l'Orient. Le savant et visionnaire Postel (1),

(1) L'on nous saura gré de rapporter ici au sujet de G. Postel quelques lignes échappées à la plume si savante et si ingénieuse de M. Nodier, lignes perdues au bas des colonnes d'un journal qui n'est plus {le Temps, n° du 29 octobre 1835). « Postel eut l'avantage d'être instruit dans tous les idiomes savants de la terre; il était prodigieusement versé dans l'étude de toutes les choses qu'il est presque bon de savoir et d'une multitude d'autres qu'il aurait été fort heureux d'ignorer. On peut dit e à sa louange que sa phrase serait assez nette, si ses idées l'étaient jamais. Deux préoccupations qui n'ont cessé de le dominer, et qui font, pour ainsi dire , l'àme de ses livres les plus célèbres, enlevèrent ce prodigieux esprit à la culture des lettres utiles ; la première êlîftft la monarchie universelle sous le règne d'un roi français, rrve ambitieux d'un patriotisme extravagant que nous avons vu cependant tout près de se réaliser ; le second était l'achèvement de la Rédemption imparfaite par l'incarnation de Jésus-Christ

rayant rencontrée dans ie cours de ses voyages , en donna une traduction latine qui fut imprimée à Bâle en 1552, et qui reparut à Strasbourg en 1570. Cette publication suscita une vive controverse. Henry Es= tienne (Apologie pour Hérodote , chapitre 33) , accusa avec chaleur Postel d'être lui-même l'auteur de l'ouvrage qu'il publiait et de l'avoir composé en dérision de la religion chrestienne. Hérold n'en reproduisit pas moins dans ses Onhodoxographa la version de Postel, et Néander, en 1564, en publia pour la première fois, le texte grec , sans faire connaître d'où lui venait le manuscrit dont il faisait usage , mais qui était assurément un autre que celui dont le premier traducteur s'était servi , car l'on remarque des différences notables entre la version de Postel et le texte tel que le donne Néander, et tel que l'ont reproduit Grynœus et Fabricius. Ce dernier ne crut pas devoir réimprimer les notes de Néander et celles dont Bibliander avait accompagné le travail de Postel ; son texte grec est peu correct et Birch en a trop scrupuleusement transcrit les erreurs. Jones s'attacha au contraire au texte de Grynœus où se rencontrent des leçons préférables à celles de Fabricius.

II est singulier que jusqu'à Thilo, aucun éditeur

dans la femme, et à la mysticité près, nous savons que cette chimère n'a pas été entièrement abandonnée de nos jours. Au dix-neuvième siècle, Postel eût certainement tenu quelque place éminente dans les conseils secrets de l'Empereur et dans le conclave Saint-Simonien, ce qui n'empêche pas qu'il y eut en lui un fou fanatique, un fou fantastique, un fou hyperbolique, un fou proprement, totalement et compétentement fou , comme parle Rabelais, et ce qui prouve peut-être qu'il y en avait deux. »

n'ait pris la peine de consulter d'autres manuscrits ; ils ne sont point rares; la Bibliothèque du roi en renferme huit dont le laborieux professeur de Halle a compulsé toutes les variantes. Celles de deux manuscrits du Vatican étaient déjà connues grâces aux soins de Birch. Les bibliothèques de Vienne et d'Oxford possèdent aussi de nombreux manuscrits de cette légende , mais il ne paraît pas qu'il s'en rencontre un seul antérieur au dixième siècle.

L'expression de Protévangile , c'est-à-dire de premier évangile , paraît avoir été forgée par Postel , elle ne se rencontre dans aucun manuscrit. C'est sous le nom de Jacques FHébrcu que cette légende est désignée dans quelques anciens écrivains , et ce n'est qu'à une époque d'ignorance qu'on l'attribua à l'apôtre saint Jacques. Plusieurs des faits qu'elle relate sont consignés dans de graves écrivains de l'église grecque, tels qu'André de Crète qui vivait au septième siècle , Germain , patriarche de Constantinople , St- Jean Da mascène, Georges, archevêque de Nicomédie , Pho= tius et divers autres prédicateurs dont les homélies sont éparses dans le vaste recueil de Combefis. ( Nova auct. Bibl. Patrum , Paris 1672, 2 vol. in-folio ). Plusieurs de ces récits sont même demeurés dans les liturgies de l'église grecque , preuve de leur popularité et de la confiance avec laquelle ils étaient reçus,

Il existe au Vatican , à la bibliothèque du roi à Paris et dans d'autres grands dépôts des traductions arabes, syriaques ou coptes de l'évangile St- Jacques ; elles n'ont point vu le jour.

Cet écrit préseule le* mœurs du peuple Juif sous

un aspect qui ne manque point de vérité ; les plaintes de Ste-Anne au sujet de sa stérilité sont remplies de vivacité et de mouvement ; dans le cantique qu'elle chante en présentant sa fille au temple , il faut reconnaître des lambeaux poétiques, fragments tronqués et perdus dont la forme lyrique et l'entraînement tranchent d'une façon si nette sur le fond du récit.

Dans son état actuel , quelques passages de cette légende ont pu faire soupçonner qu'elle avait été retouchée par un de ces gnosti jues qui condamnaient le mariage , qui maintenaient que le corps de Jésus- Christ n'avait été qu'un fantôme, une apparence formée d'une substance éthérée et céleste.

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