‹ Les Evangiles et la critique au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 31 sur 37 · NOUVEAU PROSPECTUS · texte numérisé non relu

NOUVEAU PROSPECTUS

Jugements des Journaux : le Monde. l'Union, la Bibliographie catholique, etc.

Dernièrement, dans une conférence ecclésiastique, il fut queslion de saint Jean Chrysoslome ; chacun enchérit sur son éloge, pour lequel on se contenta de citer les anciens, car la matière est depuis longtemps épuisée, et le juc^ement des siècles, immuable. « Saint Jean Chrysostome, soit dans la pensée, soit dans l'expression, a quelque chose de divin, ou qui du moins passe la portée de l'esprit humain (2)... Il a mieux que personne expliqué rEcriture sainte (3) .. Les orateurs chrétiens devraient le lire, comme faisait Bossuet, toutes les fois qu'ils se préparent à la chaire ; ils se monteraient alors au ton de la véritable éloquence... «Ainsi parlait-on de celui qu'on appelait le Bossuet grec. Un membre alors annonce, comme une bonne nouvelle, que les œuvres de saint Jean Chrysoslome vont bientôt paraître en Français. Tout le monde aussitôt de

(1) Docteur en théologie et professeur de rhétorique au petit séminaire de Plombières : je mentionne ce titre et cet emploi pour éviter une confusion avec un prêtre du même nom, dont M. Bordes, libraire à Nancy, se propose d'éditer une traduction de saint Jean Chrysostome, et dont parle M. Vives dans son récent catalogue...

(2) Sozomène, liv. viii, c. n.

(3) Suidas.

49 i ANNONCES.

se récrier : quelqu'un prononce même le mot de sacrilège : la plupart profitent de la circonstance pour flétrir, en général, la manie qui se répand trop aujourd'hui, de traduire en langue vulgaire ce que nos pères savouraient, dit-on, dans le texte original. Notre défenseur n'essaie pas d'arrêter directement cette explosion de plaintes, si justes à certains égards.

Il s'adresse successivement à chacun de ses collègues et en obtient les réponses qu'il désire : « Voyons, dit-il, soyons de bonne foi, confessons la vérité. Vous, monsieur le curé de X***, faites-vous une lecture bien assidue de saint Jean Chrysostome eu grec? — J'avoue que je ne le lis pas. — Et vous, monsieur le curé de X***? — Ni moi non plus. — Et vous? — Ni moi. » Tous, sans exception, firent l'aveu. « Maintenant, reprit-il, veuillez répondre avec la môme franchise à une autre question. Vous lisez volontiers, j'en suis sûr, surtout lorsque c'est nécessaire, et que le français vous manque, quelques pages de saint Jean Chrysostome en latin. Mais où est celui qui en lise d'un bout à Tautre, et d'une haleine, des traités entiers, comme s'il s'agissait de. Fénelon ou de Bossuet? » La réponse fut unanime : c'est que, si saint Jean Chrysostome n'est presque pas lu en grec, il ne l'est guère plus en latin, et qu'il le serait universellement en français.

Je crois que c'est là l'expression de Topinion, ou mieux du besoin public, et c'est lui qui me guide. Il serait à désirer que tout le monde pût jouir de saint Jean Chrysostome eu sa langue originale : car là seulement il s'offre à nous avec tous ses charmes ; est-il rien de plus naturel, de plus pur, de plus harmonieux que la langue d'Isocrate, résonnant dans la bouche d'or! quelle magnifique éloquence, quels sons vivants, lorsque le souffle chrétien, souffle céleste, anime le plus suave de tous les idiomes, de tous les instruments de la pensée le plus mélodieux à l'oreille humaine.

Mais saint Jean Chrysostome perd-il toutes ses beautés pour nous, lorsqu'on le fait sortir de cette langue étrangère et généralement ignorée? Ceux qui ne peuvent trouver dans le grec ces trésors de doctrine et d'éloquence, en seront-ils privés? Ecoulez saint Thomas d'Aquin, sa réponse vaudra mieux que la mienne. Quoiqu'il n'eût qu'une mauvaise traduction latine des commentaires de saint Jean Chrysostome sur saint Matthieu, il dit pourtant qu'il ne l'eût pas échangée contre la ville de Paris. Or, dès que vous en êtes réduits à des traductions, pourquoi préférer la traduction latine? Le latin n'est pas plus de saint Jean Chrysostome que le français; s'il ofTre plus de

garanties de fidélité comme traduction, il faut pourtant convevenir qu'il est lui-même un idiome dont on ne connaît pas tous les secrets, soit qu'on le parle, soit qu'on l'écoute. Comme nous ne sommes ni à l'époque, ni dans le pays de Cicéron, il est peut-être plus facile à un traducteur de faire passer, et à un lecteur de saisir un auteur grec, en français qu'en latin. Quoi qu'il en soit, du reste, des traductions latines, pour ce qui est de celle de saint Jean Chrysostome, elle laisse beaucoup à désirer pour la fidélité. Une traduction française plus fidèle serait donc en même temps, du moins à ceux qui ne se proposent pas d'étudier le texte original, plus avantageuse, plus commode el plus agréable.

Telles furent les considérations qui me déterminèrent à publier saint Jean Chrysostome. J'ai, de plus, cherché à réaliser le vœu de Bossuet et de saint Augustin. Pour ne citer que ce dernier, il suppliait saint Jérôme de traduire les principaux Pères grecs, surtout saint Jean Chrysostome, le plus grand, parce qu'il n'entendait pas assez bien le grec pour lire ces auteurs dans leur langue originale. Quel esprit juste penserait autrement? La lecture de saint Jean Chrysostome est-elle d'une mince utilité? ne vaut-il pas mieux le lire en français que de ne pas le lire du tout? La traduction française empêchera-t-elle la lecture du grec, ou plutôt n'y préparera- t-e Ile pas? Ce qui m'a confirmé dans mon dessein, c'est que cette publication, à peine annoncée, a reçu partout un accueil non équivoque, qui a consisté en de très-nombreuses souscriptions.

Il est vrai que je n'ai rien négligé pour la rendre aussi parfaite que possible.

On trouve au commencement du tome I" le portrait de saint Jean Chrysostome, peint par Champagne, gravé par un de nos meilleurs artistes; puis son histoire, par M. l'abbé Martin (d'Agde), ouvrage qui a reçu les plus beaux éloges de M«' Dupanloup et de M. Louis Yeuillot (1).

(1) Cet ouvrage ne se vend séparément que chez M. Félix Seguin. Prix : 21 francs, net 15 francs. Dans noire édition, il reviendra à nos souscripteurs à environ cinq francs (c'est donc 21 fr., si l'on veut être juste, qu'il faut déduire du prix de mon saint Jean Chrysostome , avant de le comparer au prix des autres éditions).

Il a été honoré d'un Bref de Notre Saint Père le Pape Pie IX; des approbations de Son Emiuence le Cardinal De Bonald, Archevêque de Lyon ; de Mgr l'Archevêque d'Avignon, de NN. SS. les Evêques de Grenoble et de

Nous rangeons les œuvres du saint Docteur dans Tordre où Ton croit qu'il les fit. On aura, pour ainsi dire, la chronologie de sa pensée, et il sera plus facile de trouver, dans l'histoire de sa vie, Thistoire, Texplication et Tanalyse de chaque œuvre.

Avant chaque écrit on a mis une analyse raisonnée, comme celles qui précèdent, pour la première fois, dans mon édition, chaque sermon de Bossuet.

Le dernier volume se termine par les tables suivantes : i'» Table analytique ou méthodique, dans laquelle les différentes matières sont rangées de telle sorte que le lecteur aura un cours complet de Théologie composé par saint Jean Chrysostome. 2"^ Tables des passages de la sainte Ecriture commentés par saint Jean Chrysostome. 3° Table, par ordre alphabétique, des innombrables matières traitées dans tous ses écrits.

Quant à la traduction, on ne pouvait guère construire un éditice aussi considérable, sans y employer plusieurs ouvriers: mais cela n'exclut pas Vunité: car d'abord tous les traducteurs, hommes du métier, se sont imposé les mêmes lois, ont travaillé d'après le même plan : ils se sont appliqués à rendre nonseulement la pensée, les images, les tours, la manière de )*auteur, mais encore les moindres nuances de son style, et jusqu'à l'allure de chaque phrase.

Nimes, de celle du R. P. Lacordaire, et des encouragements des Membres les plus éminents du clergé de France.

Lettre adressée à Vauteur par M^ VEvéque dOrléans,

Orléans, le 20 février 1862.

Monsieur le Curé,

C'est le cœur profondément ému et les larmes aux yeux que je viens d'achever le beau chapitre dans lequel vous racontez le retour triomphant de Saiat Jean Chrysostome à Cons^tantinople, après sa mort.

Laissez-moi vous dire combien j'ai goûté votre savant et éloquent ouvrage, et quelles lumières vous m'y avez données sur l'Empire, sur l'Eglise, sur toutes les plus grandes choses qui puissent intéresser mon âme.

Si jamais vous traversiez Orléans, je serais heureux de vous y recevoir sous mon toit, et de causer avec vous de votre livre et du grand sujet que vous avez si consciencieusement traité.

Veuillez agréer, Monsieur le Curé, l'hommage de mon profond et religieux dévouement. FÉLIX, évéque d'Orléans.

M. Logis VEUILLOT a écrit les lignes suivantes, dans la Revue du Monde catholique, du 10 avril, 1862 :

o Le souvenir de saint Jean Chrysostome m'amène i nommer un autre curé

De plus -M. Jeannin, le principal traducteur, à été chargé de guider les autres, de revoir tout l'ouvrage, et Ta pris sous sa responsabilité littéraire. Comment s'est-il acquitté de cette tâche? on le peut voir par les extraits suivants, choisis, non par moi pour le bevsoin de ma cause, mais par le journal le Monde du 17 novembre 1863. Les voici tels qu'il les donne :

« Pour mettre le lecteur en état de juger par lui-même, et avec connaissance de cause, du genre et du mérite de la nouvelle traduction, nous allons en citer quelques fragments:

« Premier extrait: « Qui donnera de Veau à ma tête, et à mes yeux une fontaine de larmes'î (Jérém. ix, 4.) Je puis dire aujourd'hui ces paroles avec autant et même plus d'à-propos qu'autrefois le Prophète ! Si je ne pleure pas comme lui sur des villes nombreuses, sur des tribus tout entières, je pleure sur une àme qui vaut , à elle seule, autant, sinon plus, que toutes ces tribus ensemble. C'est pourquoi nul ne saurait me blâmer, dussent mes pleurs couler plus abondamment, et mes gémissements éclater avec plus de violence que ceux de Jérémie. Non, ce n'est pas la destruction d'une ville, ni la captivité d'hommes pécheurs que je pleure. C'est la désolation d'une àme consacrée; c'est la subversion et la ruine totale d'un temple qui est la résidence du Christ. » (i^'' Exhortation à Théodore tombé, n"" 1.)

helléniste, M. l'abbé Martin (d'Agde), curé de Montpellier, auteur d'un livre intitulé : Saint Jean Chrysostome, ses œuvres et son siècle. 3 vol. in-8<». C'est en même temps un très-beau travail historique, plein de force et de sagacité, et une admirable traduction des plus éloquentes inspirations du saint docteur. 11 ne me semble pas que l'on puisse obtenir du français une couleur plus brillante et une plus impétueuse énergie. »

Malgré l'acquisition de ce chef-d'œuvre, malgré les frais d'un magnifique portrait, malgré la beauté du papier que j'emploie et les soins extraordinaires que je donne à Vimpression, faite par moi-même, j'ai pu maintenir cette publication à un bon marché, qui généralement est impossible aux éditeurs non-imprimeurs : ces derniers, outre qu'ils ne surveillent pas eux-mêmes l'impression, sont obligés d'augmenter le prix de leurs livres, des bénéfices de l'imprimeur. C'est en vain qu'on essayerait d'y suppléer par des primes. La meilleure prime de dix francs en livres ne vaut que cinq ou six francs à peine, en espèces : ajoutez que c'est un moyen déguisé de se débarrasser d'un ouvrage qui moisit dans les magasins, et de l'imposer au client : enfin on ne livre souvent cette prime qu'au bout de plusieurs années, en se la faisant payer d'avance : dans ce cas Vintérét de l'argent au taux du commerce diminue considérablement, et peut même quelquefois détruire l'avantage de la prim£. Il ne faut jamais perdre de vue cette observation pour se rendre compte du prix d'un livre.

« Deuxième extrait : « Tu en as vu mourir dansMe sein des voluptés, dans les enivrements, dans les divertissements, dans toutes les dissipations de cette vie : où sont-ils aujourd'hui? où sont ces fastueux qui s'avançaient sur la place publique, en si grande pompe, avec un si nombreux entourage? ces élégants revêtus de soie, exhalant les parfums, nourrissant des parasites, toujours au premier rang, et comme cloués sur la scène du monde ? Qu'est devenu tout cet étalage d'orgueil ? Ils se sont évanouis, les repas somptueux, les légions de musiciens, les adorations des flatteurs, les ris immodérés, la nonchalance de rame, les coupables abandons du cœur, la vie molle, relâchée et luxueuse. Où tout cela s'est-il donc envolé? Qu'est devenu ce corps, objet d'un soin si empressé, entretenu avec une propreté si recherchée? Va au tombeau ; regarde cette poussière, ces cendres, ces vers ; contemple ce spectacle hideux, et soupire amèrement. Et plût à Dieu que le châtiment s'arrêtât à la cendre! — Mais maintenant, du tombeau et des vers, transporte ta pensée au ver qui ne meurt point, au feu qui ne s'éteint jamais, au grincement de dents, aux ténèbres extérieures, à la torture, à l'angoisse, à la parabole du pauvre Lazare et du riche ; ce riche, d'abord possesseur de tant de biens, et couvert de pourpre, puis ensuite privé de tout, jusqu'à ne pouvoir se procurer une goutte d'eau et cela dans une si aff"reuse nécessité. Non, les choses de ce monde n'ont rien de plus réel que les songes ! Ce riche qui a joui de ses richesses en cette vie comme en un songe, se trouve condamné au supplice de l'enfer après sa mort. Médite sur ce sujet, compare ce feu-là à l'embrasement de tes passions, et pense enfin à sortir de cette fournaise. Il faut éteindre le feu des passions ou tomber dans le feu de l'enfer. Cette alternative est inévitable. » (1" Exhortation à Théodœ^e tombé, n® 9.)

« Troisième extrait : « Le sacerdoce s'exerce sur la terre, mais il a son rang dans l'ordre des choses célestes, et c'est à bon droit ; car ce n'est pas un homme, ni un ange ni un archange, ni aucune autre puissance créée, mais le divin Paraclet lui-même qui lui a marqué ce rang : c'est lui qui donne à des hommes la sublime confiance d'exercer, quoique revêtu de chair, le ministère des esprits purs... Quand tu vois le Seigneur immolé et étendu sur l'autel, le prêtre qui se penche sur la victime et qui prie, et tous les fidèles empourprés de ce sang précieux, crois-tu encore être parmi les hommes et même sur la terre ? n'es-tu pas plutôt transporté dans les cieux ? et, toute pensée charnelle étant bannie, comme si

tu étais un pnrespril, dépouillé de la chair, ne contemples-tu pas les merveilles d'un monde supérieur? 0 prodige! ô bonté de Dieu ! Celui qui est assis là-haut, à la droite du Père, en ce moment même se laisse prendre par les mains de tous, il se donne à qui veut le recevoir et le presser sur son cœur ; voilà ce qui se passe aux regards de la foi. » {Timté du Sacerdoce, liv. m , n« 4. )

« Quatrième extrait. — Comparons maintenant le premier alinéa de la traduction nouvelle du Traité du Sacerdoce avec le même passage traduit Par M. Raynaud:

M. itajiMiad. Tradaciton nooTelle,

<i Ta! ea beaucoup d'amis vrais et « Tai eu beaucoup de vrais, de

sincères, connaissant parfaitement les sincères amis, qui comprenaient les

lois de l'amitié, et les observant avec lois de Tamitié , qui les pratiquaient

une scrupuleuse attention. fidèlement.

« Dans ce grand nombre, un sur- « Dans le nombre, il en est un

tout, surpassant tous les autres par surtout qui, fort au-dessus des autres

son affection pour moi, s'attacha à par son attachement pour moi, s^ap-

les laisser derrière lui, comme ceux- pliquait à les dépasser tous, autant

ci se distinguaient de mes simples qu'ils dépassaient eux-mêmes les amis

connaissances. En effet , nous nous vulgaires. Nous nous étions livrés

étions livrés aux mêmes études, et aux mêmes éludes , nous avions ea

nous avions été les disciples des les mêmes maîtres ; même applica-

mêmes maîtres C'était entre nous tion, même ardeur pour la science

une ardeur, une application égale et pour le travail, même ambition

Îtour les cours que nous suivions, et provoquée par les mêmes choses. »

es mêmes circonstances nous avaient (Traité du Sacerdoce^ 1. 1«^, n» 1.) inspiré les mêmes goûts. » ( Traité du Sacerdoce, l. !«', n« 1.)

a La crainte de dépasser, dans ce compte-rendu, les limites qui nous sont fixées, nous empêche de multiplier les citations autant que nous l'aurions désiré. Celles que nous venons de transcrire suffiront sans doute pour donner une idée de la manière et du talent des nouveaux traducteurs. » H Congnet.

M. Henry de Riancey recommande la traduction que j'édite en termes non moins favorables dans VUniondu 44 septembre :

« J'ai dit et ne saurais m'en dédire, par une trop personnelle expérience : la traduction la plus exacte, la plus heureuse, ne saurait approcher de Toriginal. On doit se contenter de le rappeler de loin et comme par un reflet. Chez le traducteur de saint Jean Chrysostome, ce reflet est un rayon. M. Jeannin, qui a vécu dans la familiarité de son incomparable modèle, a pris quelque chose de sa douceur, de sa véhémence, de sa majestueuse richesse. Comme il a lui-môme traduit et revu les autres volumes, le premier est un spécimen sur lequel l'opinion

se peut former. Elle sera, je m'en assure, très-favorable à Tœuvre , et elle l'accompagnera de ses plus bienveillantes sympathies. »

Dans le Monde du 47 novembre 4863, M. Tabbé Congnet, autorité hellénique, s'il en est, s'exprime ainsi :

L'ouvrage se composera de 40 ou 44 volumes grand in-8° à deux colonnes. Les caractères sont beaux et très-lisibles ;rimpression est très-soignée ; le papier est de bonne fabrication. C'est une publication qui, au point de vue typographique, fera beaucoup d'honneur à l'éditeur. Le prix du volume est on ne peut plus modéré (6 fr. 50), et par là abordable à un grand nombre de personnes. L'ouvrage complet et neuf coûtera moins que la réunion des traductions faibles et incomplètes qui se vendent dans les librairies d'occasion.

« Le premier volume ( iv-628 pages) a paru dans le courant du mois d'août 4863. — Les 532 premières pages sont remplies par un travail fort remarquable « VHistoire de saint Jean Chi^sostome, de M. l'abbé Martin (d'Agde) curé de Montpellier. » Le journal le Monde en a fait avec raison un grand éloge, soit sous le rapport historique, soit sous celui de l'élégance, de la fermeté du style, de l'ampleur des vues, de l'élévation et de la noblesse des pensées. — Les éditeurs ont été très-heureusement inspirés en s'entendant avec l'auteur pour reproduire intégralement cette belle composition, magnifique portique d'un édifice plus magnifique encore.

« Dans les 96 pages qui terminent ce premier volume des œuvres complètes, on trouve : les deux Exhm-tations à Théodore tombé et le Traité du Sacerdoce..,, m

Puis M. Congnet cite les fragments reproduits plus haut, « pour mettre le lecteur en état de juger par lui-môme, et avec connaissance de cause, du genre et du mérite de la nouvelle traduction. »

A ces deux témoignages, vient s'en ajouter un troisième d'un grand poids, celui de M. l'abbé Maynard , non moins connu par ses judicieuses critiques (dans la Bibliographie catholique) que par son édition des Lettres provinciales de Pascal, et son histoire de saint Vincent de Faut. Je détache quelque passages du long article qu'il a consacré à mon saint Jean Chrysostome.

« Voici le premier volume. C'est rin-4*> d'autrefois. Papier, impression, correction, tout, quant à l'exécution matérielle, en est parfait. N'oublions pas un beau portrait de saint Jean Chrysostome, admirablement gravé d'après Champagne, por-

Irait non authentique, sans doute, mais traditionnel, et offrant désormais un type consacré.

« M Jeannin a voulu nous donner une traduction aussi rigoureusement littérale que le comportait la différence entre le genre de la langue grecque et celui de la langue française, et il y est arrivé aussi heureusement que possible. Quoiqu'il ait tout pris de son auteur, sa marche n'est ni lourde ni gênée ; dans les plus longues périodes elle se déroule sans heurt ni cascade ; dans ses plus étroites littéralités , elle garde encore de la majesté et de l'élégance. Répétons-le, faire mieux serait difficile , faire autrement, ce serait renoncer à la méthode de traduction qui a prévalu de nos jours, ce serait surtout se priver des deux avantages que M. Jeannin a eus constamment en vue : suppléera la fois et imïierau texte original. — Terminons par ces paroles de Téditeur, auxquelles nous nous associons pleinement : « Ainsi traduit, ainsi édité, saint Jean Chrysott stome sera, comme théologien, comme polémiste, comme « commentateur de l'Ecriture sainte, comme orateur, comme « auteur ascétique, un des livres les plus utiles aux ecclésias- « tiques pour leurs conférences, pour leurs lectures spirituelles « et leurs sermons, un des meilleurs qu'ils puissent prêter, « répandre autour d'eux, pour combattre les séductions de la (( littérature légère, mondaine, impie, par les charmes puis- « sants de Téloquence chrétienne. Je serais trop exclusif, je « serais injuste envers saint Jean Chrysostome, si je ne l'of- « frais qu'aux ecclésiastiques : il a droit à une place d'honneur « dans la bibliothèque des chrétiens, des gens lettrés, de ceux « surtout qui se font gloire de ces deux qualités, (p. iv). » U. Maynard. {Bibliogmphie catholique, novembre 1863.)

Le tome II» a~t-il dégénéré du précédent? Ecoutez, sur ce sujet, M. Mazure, dont personne ne révoque en doute l'expérience littéraire :

« Voici le deuxième volume de la traduction des œuvres de saint Jean Chrysostome. L'éditeur tient ses promesses. Commençons par dire que, comme le précédent, ce volume est typographiquement très-beau; le papier, la justification, le caractère, le tirage ne laissent rien à désirer ; le prix est des plus modérés, pour 576 pages à deux colonnes; nous avons donc d'abord tout ce que les amateurs de beaux livres demandent au volume qu'ils reçoivent, et auquel il souhaitent la bienvenue avant de pénétrer dans son intérieur. Et maintenant, passant de la matière à l'esprit, entrons aussi, nous.

202 ANNO?iC£S.

dans l'œuvre même. Il y a deux choses à considérer, l'auteur et ses traducteurs. »

Après avoir épuisé la première considération, le critique, arrivé à la seconde^ continue ainsi :

« M. Jeannin nous a déjà fait connaître, dans le premier volume, sa manière, qui est la bonne. On n'accordera pas moins d'éloges, après avoir lu leurs traductions, à M. Tabbé Joly, docteur en théologie et professeur de rhétorique au petit séminaire de Hombières, à M. Sonnois, curé de jouey, à M. Duchassaing,^ aumônier des carmélites d'Angoulême. Aucun style peut-être n'est plus propre que celui de M. Duchassaing, à cause de son abondance, de sa variété, de sa marche aisée et naturelle, à rendre totalement saint Jean Chrysostome. Ce n*est pas que je veuille attirer les préférences du public sur aucuu de ses traducteurs d'élite. En étudiant ce volume dans toutes ses parties, on reconnaît, à un degré à peu près égal , la distinction de la touche, la clarté, l'élégance, le mouvement oratoire gradué et croissant, le rapport exact de l'expression à ridée, la note toujours juste; enfin, ce je ne sais quoi qui est Fart propre du traducteur, qui consiste à s'identifier avec son auteur, moins encore à lui donner un vêtement particulier et nouveau qu'à reproduire sa substance, de telle sorte, que sans avoir le texte sous les yeux, on reconnaisse par la couleur locale et la justesse de tous, la fidélité de Tinterprète, et en définitive la ressemblance de l'image avec son original.

« Nous ferons remarquer que les traducteurs ont place en tête de chaque discours des analyses plus ou moins détaillées, bien rédigées, et qui sont un résumé préalable de tout le livre. Pour les faits relatifs au saint et à l'histoire ecclésiastique de son temps, on indique avec soin les passages correspondants qui se trouvent dans la belle histoire de saint Jean Chrysostome de M. Tabbé Martin (d'Agde), qui remplit à peu près le premier volume, et à laquelle toute la presse religieuse a rendu un juste hommage. Rien enfin n'est oublié pour que ces grands volumes soient pour les lecteurs d'un maniement facile et sûr. Disons-le, une telle publication fera une noble figure dans la bibhothèque de l'homme de goût, du laïque instruit, du prêtre en particulier. Que d'heures d'hiver peuvent être charmées et sanctifiées aux solitaires veillées du presbytère, dans une constante intimité, avec un pareil génie ! •Ajoutons, à un point de vue plus pratique, quel vaste trésor de prédication on trouvera dans ces volumes > et quelle mine

ils fourniront à l'orateur sur tous les points de la doctrine et de la morale chrétienne. Que de sermonaires de diverses époques, de rangs plus ou moins inférieurs, chargent les rayons des bibliothèques ecclésiastiques , avec trop peu de profit pour ceux qui les lisent ! Combien n'est-il pas préférable d'aller aux origines et de s'adresser de suite aux plus grands, Chrysostome , Augustin , Bossuet, surtout quand ces sources vives sont, comme ici, disposées de telle sorte que les abords en sont faciles, et qu'il n'est pas besoin d'efforts pour s'abreuver à loisir. »

{Revue du Monde catholique, 10 avril 1864.)

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