Irénée, Adv. hœr., III, m
[An 19] LES EVANGILES. UO
Après Pierre, on mit un certain Linus1, dont on ne >ait rien de certain, puis Anenclet*, dont le nom a été estropié plus tard, et dont on a fait deux personnages, Clet et Anaclct.
Un phénomène qui se manifestait de plus en plus, c'est que l'Eglise de Rome devenait l'héritière de celle de Jérusalem, et s'y substituait en quelque sorte. C'était le même esprit, la même autorité traditionnelle et hiérarchique, le même goût de l'autorité. Le judéo-christianisme dominait à Rome comme à Jérusalem. Alexandrie n'était pas encore un grand centre chrétien. Éphèse, Antioche même ne pouvaient lutter contre une prépondérance que la capitale de l'empire, par la force des choses, tendait de plus en plus à s'arroger.
Vespasien arrivait à une vieillesse avancée, estimé de la partie sérieuse de l'empirî, réparant au sein d'une paix profonde, avec l'aide d'un fils actif et intelligent, les maux que Néron et la guerre civile avaient faits. La haute aristocratie, sans avoir beaucoup de sympathie pour une famille de parvenus
1. Peut-être identique au personnage nommé dans II Tim.,iv, 21. V. l'Antéchrist, p. 43-44.
2. Âvé-jxXïitg; « irréprochable ». Cf. Corpus inscr. grœc, n° 4 240; de Rossi, Bull., 1865, p. 39. C'était, ce semble, un nom servile. Cf. Arch. des miss, scient., nouv. série, t. III, p. 413, 415, note.
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capables, mais sans distinction et de mœurs assez communes, le soutenait et le secondait. On était enfin délivré de la détestable école de Néron, école d'hommes méchants, immoraux, sans gravité, administrateurs et militaires pitoyables. Le parti honnête qui, après la cruelle épreuve du règne de Domitien, arrivera définitivement au pouvoir avec Nerva, respirait enfin, et déjà presque triomphait. Seuls les fous et les débauchés de Rome, qui avaient aimé Néron, riaient de la parcimonie du vieux général, sans songer que cette économie était toute simple et on peut presque dire louable. Le fisc de l'empereur n'était pas nettement distinct de sa fortune privée ; or le fisc sous Néron avait été tristement dilapidé. La situation d'une famille sans fortune, comme les Flavius, portée au pouvoir dans de telles circonstances, devenait fort embarrassante. Galba, qui était de grande noblesse, mais d'habitudes sérieuses, s'était perdu, parce qu'un jour, au théâtre, il offrit à un joueur de flûte fort applaudi cinq deniers, qu'il tira lui-même de sa bourse. La foule l'accueillit par la chanson
Onésime vient du village,
dont les spectateurs répétèrent tous en chœur le refrain. — Il n'y avait moyen de plaire à ces imper-
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tinents que par le faste et les manières cavalières. On eût plus facilement pardonné à Vespasien des crimes que son bon sens un peu vulgaire et cette espèce de gaucherie que garde d'ordinaire l'officier pauvre engagé dans les rangs du grand monde par son mérite. L'espèce humaine encourage si peu dans les souverains la bonté et l'application, qu'il est surprenant que les fonctions de roi et d'empereur trouvent encore des hommes consciencieux pour les remplir. Une opposition plus importune que celle des badauds de l'amphithéâtre et des adorateurs de la mémoire de Néron était celle des philosophes ou pour mieux dire du parti républicain '. Ce parli, qui avait régné trente-six heures à la mort de Galigula, reprit, à la mort de Néron et durant la guerre civile qui en fut la suite, une importance imprévue2. On vit des hommes hautement considérés comme Helvidius Priscus et sa femme Fannia (la fille de Thraséa) se refuser aux fictions les plus simples de l'étiquette impériale, affecter à l'égard de Vespasien une altitude tracassière et pleine d'effronterie. Il faut rendre cette justice à Vespasien qu'il ne sévit qu'à regret