ÉVANGILE T.BBC SB CORRICB ET SE COMPLÈTE {MATTHIEU
Les défauts et les lacunes de l'Évangile de Marc devenaient chaque jour plus choquants. Ceux qui connaissaient les beaux discours de Jésus tels que les rapportaient les écritures syro-chaldaïques, regrettaient la sécheresse du récit sorti de la tradition de Pierre. Non-seulement les plus belles prédications y figuraient écourtées, mais des parties de la vie de Jésus qu'on était arrivé à regarder comme essentielles ne s'y trouvaient pas représentées. Pierre, fidèle aux vieilles idées du premier âge chrétien, attachait peu d'importance aux récits de l'enfance, aux généalogies. Or c'était surtout dans ce sens que travaillait l'imagination chrétienne. Une foule de récits nouveaux s'étaient formés ; on voulait un Évangile complet qui, à tout ce que renfermait Marc, ajoutât ce que savaient ou
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croyaient savoir les meilleurs traditionistes de l'Orient.
Ce fut l'origine de notre texte dit « selon Matthieu » *. L'auteur de cet écrit a pris pour base de son travail l'Évangile de Marc. Il le suit dans l'ordre, dans le plan général, dans les expressions caractéristiques, d'une façon qui ne permet pas de douter qu'il n'eût sous les yeux ou dans la mémoire l'ouvrage de son devancier. Les coïncidences dans les moindres détails durant des pages entières sont si littérales qu'on est par moments tenté d'affirmer que l'auteur possédait un manuscrit de Marc2. D'un autre côté, certains changements de mots, de nombreuses transpositions, certaines omissions dont il est impossible d'expliquer le motif, feraient plutôt
4. La date approximative résulte : 1° du verset xvi, 28, qui devait être vrai encore à l'époque de la rédaction; 2° de l'eùQétte (xxiv, 29-30), qui empêche de trop s'éloigner de la guerre de Judée (comparez Luc, xxi, 24). La circonstance de l'Évangile prêché partout (xxiv, 14) ne donne rien de précis.
2. Ainsi, dans les citations de l'Ancien Testament, l'accord est remarquable. Comp. Malth., xv, 8, et Marc, vu, 6 ; Matth., xix, 5, et Marc, x, 7; Matth., xxi, 13. et Marc, xi, 17; Matth., xxh, 32, et Marc, xii, 26; Matth., xxh, 44, et Marc, xn, 36; Matth., xxi, 42, et Marc, xxn, 40-11; Matth., xxvi, 31, et Marc, xiv, 27; Matth., xxiv, 45, et Marc, xm, 44. Pour comprendre ce que ces coïncidences ont de frappant, se rappeler que Jésus parlait araméen et non grec.
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croire à un travail fait de souvenir1. Cela est de peu de , conséquence. Ce qui est capital, c'est que le texte dit de Matthieu suppose celui de Marc comme préexistant et ne fait guère que le compléter. Il le complète de deux manières, d'abord en y insérant ces longs discours qui faisaient le prix des Évangiles hébreux, puis en y ajoutant des traditions de formation plus moderne, fruits des développements successifs de la légende, et auxquelles la conscience chrétienne attachait déjà infiniment de prix. La rédaction dernière a du reste beaucoup d'unité de style; une même main s'est étendue sur les morceaux fort divers qui sont entrés dans la composition2. Cette unité porte à croire que, pour les parties étrangères à Marc, le rédacteur travaillait sur l'hébreu; s'il avait utilisé une traduction, on sentirait des différences de style entre le fond et les parties intercalées. D'ailleurs, le goût du temps était plutôt aux remaniements qu'aux traductions proprement dites 3. Les cita-
4. Bizarres consonnances de mots employés en des circonstances plus ou moins parallèles, mais bouleversés : iirn-flzilat», Marc, vi, 30 et Matth., xiv, 42; S&am et èêwtocvto, Marc, m, 24 ; Matth., xii, 23.
2. Voir les tableaux dressés par M. Réville, Études crit. sur l'Évang. selon saint Matthieu, p. 2 et suiv.
3. Que If Matthieu actuel ne soit pas une simple traduction d'un original hébreu, c'est ce que prouvent, outre l'emploi des
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tions bibliques de pseudo-Matthieu supposent à la fois l'usage du texte hébreu (ou d'un targum araméen) et de la version des Septante1; une partie de son exégèse n'a de sens qu'en hébreu ".
La façon dont l'auteur opère l'intercalation des grands discours de Jésus est singulière. Soit qu'il les prenne dans les recueils de sentences qui peuvent avoir existé à un certain moment de la tradition évangélique, soit qu'il les tire tout faits de l'Évangile hébreu, ces discours sont insérés par lui comme
Septante dans les citations de la Bible, beaucoup d'autres particularités; par exemple, le rôle de père attribué au S*int-Rsprit, contrairement au genre de l'hébreu rouah (cf. Évang. des Hébr.. Hilg., p. 16, 23-24; voir ci-après, p. 185^. D'un autre côté, la fidélité de l'interprétation quant au sens général résulte des contradictions que le rédacteur n'a pas effacées. Le plus souvent, il subordonne Marc aux Xd-yia; ceux-ci constituent son objet principal. Mais Papias atteste qu'il y avait des traductions fort diverses des Xo^nx (dans Eus., H. E., III, xxxix, 46). Le Xc'-ftov Matth., v, 37, paraît avoir été mal traduit par l'auteur du premier Évangile. Cf. Jac, v, 12; Justin, Apol. I, 16; Homél. pseudoclëm., ni, 55; Clém. d'Alex., Slro?n., VII, 11.
1. Matth., i, 21, 23 (hébr. et Sept.); H, 6 (hébr. et Sept.); n, 15 (hébr.); h, 18 (hébr. et Sept.); h, 23 (hébr.); iv, 15-16 (hébr. et Sept.); vin, 47 (hébr.); xn, 47-21 (hébr. et Sept.); xiii, 35 (hébr. et Sept.) ; xxi, 5 (hébr.); xxm, 35 (Sept.); xxvii, 9-40 (hébr. et Sept.); xxvn, Zj3 (hébr. et Sept.). Dans les récits historiques, quand l'auteur copie Marc, il lui emprunte aussi ses citations.