Matth., xxvu, 62-66; xxviii
se dessinaient ; mais, comme tous les deux répondaient à des besoins de la conscience chrétienne, on les conciliait tant bien que mal. D'une part, il fallait que Jésus fût descendant de David ' ; de l'autre, on ne voulait pas que Jésus eût été conçu dans les conditions ordinaires de l'humanité. Il n'était pas naturel que celui qui n'avait pas vécu comme les autres hommes fût né comme les autres hommes. La descendance de David s'établissait par une généalogie où Joseph était rattaché à la souche davidique. Joseph était père de Jésus 2 ; pour rattacher Jésus à David, il s'agissait donc simplement d'y rattacher Joseph. Gela n'était guère satisfaisant dans l'hypothèse de la conception surnaturelle, Joseph et ses ascendants supposés n'ayant dans une telle hypothèse contribué en rien à la naissance de Jésus. C'est Marie qu'il aurait fallu rattacher à la famille royale; or aucune tentative ne fut faite au Ier siècle pour cela 3 , sans
1. Rom., i, 3; Apoc, v, 5; Act., il, 30. Cf. Talm. de Jér., Sanhédrin, 43 a.
•2. Luc (m, 23) atténue la difficulté par son û; 1-k^tc Cérinthe et Carpocrate étaient ici parfaitement logiques. Épiph., hrer. xxx, 14. Peut-être la rédaction du v. 16 du premier chapitre de Matthieu était-elle plus précise dans l'Évangile nazaréen dont se servaient Cérinthe et Carpocrate. Voir Hilgenfeld, p. <5, 19.
3. Les passages Luc, i, 27, et il, 4, impliquent môme l'opinion contraire. La logique reprit ses droits au ne siècle; on crée alors, ou du moins l'on suppose à Marie une descendance davidique.
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doute parce que les généalogies étaient fixées avant que l'on prêtât d'une manière sérieuse à Jésus une naissance en dehors de l'union régulière des deux sexes, et qu'on ne contestât à Joseph ses droits à une réelle paternité. L'Évangile hébreu, au moins à la date où nous sommes, laissait toujours Jésus fils de Joseph et de Marie1; l'Esprit-Saint, dans la conception de cet Évangile était pour Jésus-Messie (personnage distinct de l'homme-Jésus 2) une mère, non un père3. L'Évangile selon Matthieu, au contraire, s'arrête à une combinaison tout à fait contradictoire. Jésus chez lui est fils de David par Joseph, qui n'est pas son père. L'auteur sort de cet embarras avec une naïveté extrême 4. Un ange vient lever les peines
Protévangile de Jacques, c. 10 (p. 4 9, Tisch.); Évang. de la Nat. de Marie, c. 4 (p. 106); Évang. de p*eudo-Matth., c. 12 (p. 73) , saint Justin. Dial, 23, 43, 45, 400, 401, 420; Apol. i, 32; Irénée, III, xxi, 5; ïertullien, Ado. Marc, III, 47, 20 ; IV, 1, 7, 49; V, 8; Adv.jud.,V\ De came Christi, 22. (Hilgenfeld, Krit. Untersuch. ùber die Evang. Justin's, etc., p. 400, 101, 140 et suiv., 153 et suiv., 156 et suiv.)
1 . Épiph., haer. xxx, 14. Toutes les sectes ébionites adoptèrent cet Évangile; or une partie au moins de ces sectes niait la naissance surnaturelle de Jésus.
2. Voir ci -dessus, p. 50, 103, note 2; 406, note 2 ; 476, note.
3. à LMynnp f«u rô ôtyov wvaùaa. Hilgenfeld, p. 45 (ligne 22), 46 (ligne 4 5 et suiv.), 20, 23.