Luc, xxiii
166 ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An 94]
va plus loin encore : il prie pour ses bourreaux, « qui ne savent ce qu'ils font ». Dans Matthieu1, Jésus semble malveillant pour la Samarie, et recommande à ses disciples d'éviter les villes des Samaritains comme la voie des païens. Chez Luc, au contraire, Jésus est en rapports fréquents avec les Samaritains ; il parle d'eux avec éloge *. C'est au voyage en Samarie que Luc rattache une foule d'enseignements et de récits. Loin d'emprisonner Jésus en Galilée, comme Marc et Matthieu, Luc obéit à une tendance antigaliléenne et antijudaïque, tendance qui sera plus visible encore dans le quatrième Evangile. A beaucoup d'autres égards, l'Évangile de Luc forme une sorte d'intermédiaire entre les deux premiers Evangiles et le quatrième, qui semble d'abord n'avoir aucun trait d'union avec eux3.
A peine est-il une anecdote, une parabole propre à Luc qui ne respire cet esprit de miséricorde et d'appel au\ pécheurs. La seule parole un peu dure qui ait été conservée de Jésus * devient chez lui un apologue plein d'indulgence et de longanimité.