‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 202 sur 393 · Manuel, c. 4, 5, 21, 53, etc · texte numérisé non relu

Manuel, c. 4, 5, 21, 53, etc

288 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An '.>:.]

que sous Néron, ils aient été persécutés de compagnie. Gomme dit ïertullien1, ce que de tels monstres condamnèrent dut être quelque chose d'excellent. 11 est un comble de méchanceté dans le gouvernement qui ne permet pas au bien de vivre, même sous sa forme la plus résignée. Le nom de philosophe impliquait dès lors une profession de pratiques ascétiques, un genre de vie particulier, un manteau. Ces espèces de moines séculiers, protestant par leur renoncement contre les vanités du monde, furent, durant tout le rr siècle, les plus grands ennemis du césarisme. La philosophie, disons-le à sa gloire, ne prend pas facilement son parti de la bassesse de l'humanité et des tristes conséquences que cette bassesse entraîne dans la politique. Héritiers de l'esprit libéral de la Grèce, les stoïciens de l'époque romaine rêvaient des démocraties vertueuses, dans un temps qui ne comportait que la tyrannie2. Les politiques, qui ont pour principe de se renfermer dans les bornes du possible, avaient naturellement une forte antipathie contre une telle manière de voir. Tibère a déjà les philosophes en aversion. Néron (en 66) chassaces importuns, dont la présence était pour sa vie un per-

<. Apolog., 5.

2. Exemple de Maternus. Dion Cass., LXVII, 12. Lire surtout Philoslrate, Vie d'Apollonius.

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pétuel reproche1. Vespasien (en lk) eut des raisons meilleures d'agir de même. Sa jeune dynastie était sapée chaque jour par l'esprit républicain que le stoïcisme entretenait; il ne fit que se défendre en prenant des précautions contre ses plus mortels ennemis.

Domitien, pour être porté à persécuter les sages, n'eut besoin que de sa propre méchanceté. Il avait de bonne heure eu la haine des gens de lettres2; toute pensée était une condamnation tacite de ses crimes et de sa médiocrité. Dans les derniers temps, il n'y put tenir. Un décret du sénat chassa les philosophes de Rome et de l'Italie \ Épictète, Dion Ghrysostome, Artémidore partirent. La courageuse Sulpicia 4 osa élever la voix pour les bannis et adresser à Domitien des menaces prophétiques. Pline le jeune n'échappa que par mi-

\. Ce ne fut pas par un édit en règle, comme Philostrate le ferait croire.

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