Fabianus, dans Sénèque le Rhéteur, Conlrov., II
[An 98] LES ÉVANGILES. 383
Fabianus1, Sénèque, donnent le modèle d'une philosophie active et pratique, employant tous les moyens, la prédication, la direction des consciences, pour la propagande de la vertu*. La noble lutte des philosophes contre Néron et Domitien, leurs bannissements, leurs supplices achevèrent de les rendre chers à la meilleure société romaine. Leur crédit va toujours grandissant jusqu'à Marc-Aurèle, sous lequel ils régnent. La force d'un parti est toujours en proportion du nombre de ses martyrs. La philosophie avait eu les siens. Elle avait souffert, comme tout ce qui était noble, des abominables régimes qu'on avait traversés ; elle bénéficia de la réaction morale provoquée par l'excès du mal. Alors naît une idée, chère aux rhéteurs, le tyran ennemi-né du philosophe, le philosophe ennemi-né du tyran3. Tous les
1. Sénèque, Epîst., 52, 59, 62, 64, 66, 67, 73, 93, 98, 400, 108, 110; De ira, III, 36; Quœst. nat. VII, 32; De provid.,3, 5. Sénèque le Rhét., Controv., II, praef.
2. «Disserebat populo Fabkinus.wSén^É/u/res, 52. Cf. ép. 100.
3. Voir surtout, dans la Vie d'Apollonius de Philostrate, la façon dont l'auteur insiste sur le rôle brillant du philosophe, en
' lutte avec les mauvais empereurs, honoré de leur haine personnelle, persécuté nommément par eux, puis, à partir de Nerva, recherché, flatté, ayant ses entrées particulières au palais. Voir aussi du même Vies des soph., I, vu ; Lucien, Nero seu de islhmo ; Arrien, Dissert. Epicl., I, vin, 12; Spartien, Adrien, 1b ; Thémistius, Orat. 5, ad Jov. imp., p. 63, édit. Hardouin.
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maîtres des Antonins sont pleins de cette idée ; le bon Marc-Aurèle passa sa jeunesse à déclamer contre les tyrans ; l'horreur pour Néron et pour ces empereurs que Pline l'Ancien appelait les « brandons incendiaires du genre humain » 1 remplit la littérature du temps*. Trajan eut toujours pour les philosophes les plus grands égards et les plus délicates attentions*. Entre la discipline grecque et la fierté romaine l'alliance est désormais intime. « Vivre comme il convient à un Romain, à un homme »4, est le rêve de quiconque se respecte : Marc-Aurèle n'est pas au monde encore; mais il est né moralement; la maîtrise spirituelle d'où il sortira est complètement instituée,,
Certes, la philosophie ancienne avait eu des jours de plus grande originalité ; elle n'avait jamais pénétré plus profondément la vie et la société. Les différences des écoles étaient à peu près effacées ; les systèmes généraux étaient abandonnés; un éclectisme superficiel, comme celui qu'aiment les gens du monde soucieux de bien faire, était à la mode. La philoso-