Lampride, Alex. Sev
3. Voir les Apôtres, p. 329. Pour Adrien, voir Sparlien, Adr.t 46; Aurelius Victor, Cœs. xiv, 2, 3.
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de littérature; la grande discipline de l'esprit, qui vient surtout de la science, tirait de ces chaires peu de profit. La philosophie fut spécialement favorisée par Antonin et Marc-Aurèle * ; mais la philosophie, but suprême de la vie, résumé de tout le reste, ne peut guère être enseignée par l'Etat. En tout cas, cette instruction atteignait bien peu le peuple. C'était quelque chose d'abstrait et d'élevé, qui passait pardessus sa tête, et, comme d'un autre côté le temple ne donnait rien de cet enseignement moral que l'église a dispensé plus tard, les classes inférieures croupissaient dans un déplorable abandon. Il ne résulte de tout cela aucun reproche contre res grands empereurs qui ne réussirent pas dans la tâche impossible de sauver la civilisation antique. Le temps leur manqua. Un soir, après avoir subi dans la journée l'assaut de déclamateurs qui lui promettaient une gloire infinie, s'il convertissait le monde à la philosophie, Marc-Aurèle écrivait sur son carnet ces réflexions destinées à lui seul 2 : « La cause universelle est un torrent qui entraîne toutes choses. Qu'ils sont naïfs, ces prétendus politiques qui s'imaginent régler les affaires sur les maximes de la philosophie ! Ce sont des enfants qui ont encore la morve
<. Capitolin, Anton. Pius, 2; Philostrate, Vitœ soph., II, il i. Marc-Aurèle, Pensées, IX, 29.
410 ORIGINES DU CHRISTIANISME [An98]
au nez... N'espère pas qu'il y ait jamais une république de Platon ; contente-toi des petites améliorations, et, si tu y réussis, ne crois pas que ce soit peu de chose. Qui peut en effet changer les dispositions intérieures des hommes? Et sans Y changement des cœurs et des opinions, que sert le reste ? Tu n'aboutirais qu'à faire des esclaves et des hypocrites... L'œuvre de la philosophie est chose simple et modeste ; loin de nous ce galimatias prétentieux. » Ah ! l'honnête homme !
En résumé, malgré tous ses défauts, cette société du 11e siècle était en progrès. Il y avait décadence intellectuelle, mais amélioration morale, comme cela semble avoir lieu de nos jours dans les classes supérieures de la société française. Les idées de charité, d'assistance des pauvres, le dégoût des spectacles1 se développaient de toutes parts 4. Tant que cet excellent esprit présida aux destinées de l'empire, c'est-à-dire jusqu'à la mort de Marc-Aurèle, le christianisme sembla enrayé. Il s'élança au contraire d'un mouvement irrésistible quand, au 111e siècle, les belles maximes des Antonins furent oubliées. Nous l'avons dit : Nerva, Trajan, Adrien, Antonin, Marc-
\. Épictète, Manuel, xxxm,10; Marc-Aurèle, Pensées, VII, 3. 2. Pline, EpisL, X, 94. Cf. Mommsen, lnscr. regni iXeap., 45i6; Orelli, 114, 6042, 6669. Voir les Apôtres, p. 320.
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Aurèle prolongèrent la vie de l'empire de cent ans; on peut dire aussi qu'ils retardèrent l'avènement du christianisme de cent ans. Les progrès que le christianisme fit au i6r et au me siècle sont des pas de géant, comparés à ceux qu'il fit au IIe siècle. Au ne siècle, le christianisme avait en présence de lui une forte concurrence, celle de la philosophie pratique, travaillant rationnellement à l'amélioration de la société humaine. A partir de Commode, l'égoïsme individuel et ce qu'on peut appeler légoïsme de l'Etat ne laissent plus de place aux aspirations idéales que dans l'Église. L'Eglise devient alors l'asile de toute la vie du cœur et de l'âme; bientôt après, la vie civile et la vie politique s'y concentreront également.