I, LES EVANGILES
doute?, cependant, ont été levés dans ces dernières années, et on peut dire que le problème de la rédaction des Évangiles dits synoptiques est arrivé à une sorte de maturité. Les rapports du christianisme avec l'empire romain, les premières hérésies, la disparition des derniers disciples immédiats de Jésus, la séparation graduelle de l'Eglise et de la synagogue, les progrès de la hiérarchie ecclésiastique, la substitulion du presbytérat à la communauté primitive, les premiers commencements de l'épiscopat, l'avènement avec Trajan d'une sorte d'âge d'or pour la société civile ; voilà les grands faits que nous verrons se dérouler devant nous. Notre sixième et dernier volume contiendra l'histoire du christianisme sous les règnes d'Adrien et d'Antonin ; on y verra le commencement du gnosticisrae, la rédaction des écrits pseudo-johanniques, les premiers apologistes, le parti de saint Paul aboutissant par exagération à Marcioo, le vieux christianisme aboutissant à un millénarisme grossier et au montanisme; au travers de tout cela, l'épiscopat prenant des développements rapides, le christianisme devenant chaque jour plus grec et moins hébreu, une « Eglise catholique » commençant à résulter de l'accord de toutes les Églises particulières et à constituer un contre d'autorité irréfragable, qui déjà se fixe à Rome. On
INTRODUCTION. m,,
y verra enfin la séparation absolue du judaïs.ne et du christianisme s'effectuer définitivement lors de la révolte de Bar-Goziba, et la haine la plus sombre, s'allumer entre la mère et la fille. Dès lors on peut dire que le christianisme est formé. Son principe d'autorité existe; l'épiscopat a entièrement remplacé la démocratie primitive, etlesévêques des différentes Églises sont en rapport les uns avec les autres. La nouvelle Bible est complète; elle s'appelle le Nouveau- Testament. La divinité de Jésus-Christ est reconnue de toutes les Eglises, hors de la Syrie. Le Fils n'est pas encore l'égal du Père ; c'est un dieu second, un vizir suprême de la création; mais c'est bien un dieu. Enfin deux ou trois accès de maladies extrêmement dangereuses que traverse la religion naissante, le gnosticisme, le montanisme, le docétisme, la tentative hérétique de Marcion, sont vaincus par la force du principe interne de l'autorité. Le christianisme, en outre, s'est répandu de toutes parts; il s'est assis au centre de la Gaule, il a pénétré dans l'Afrique. Il est une chose publique ; les historiens parlent de lui ; il a ses avocats qui le défendent officiellement, ses accusateurs qui commencent contre lui la guerre de la critique. Le christianisme, en un mot, est né, parfaitement né; c'est un enfant, il grandira beaucoup encore ; mais il a tous ses organes, il vit