‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 331 sur 393 · Épiph., haer. xix, 1, 2, 5; xxx, 2; lui · texte numérisé non relu

Épiph., haer. xix, 1, 2, 5; xxx, 2; lui

460 ORIG1SES DU CHRISTIANISME. [Au 102|

Pérée, Moab, l'Iturée, le pays des Nabatéens, les bords de la mer Morte, vers l'Arnon, étaient remplis de ces sectaires. Plus tard, on les appela samséens, expression dont le sens est obscur1. Au ive siècle, le fanatisme de la secte était tel, que des gens se faisaient tuer pour la famille d'Elkasaï. Sa famille, en effet, existait encore et continuait son charlatanisme grossier. Deux femmes, Marthous et Mar- Ihana, qui prétendaient descendre de lui, étaient presque adorées ; la poussière de leurs pieds, leur crachat passaient pour des reliques 2. En Arabie, les elkasaïtcs, comme les ébionites et les judéo-chrétiens en général, vécurent jusqu'à l'islam et se confondirent avec lui 8. La théorie de Mahomet sur Jésus s'écarte à peine de celle d'Elkasaï. L'idée de la kibla,

h. Selon l'explication la plus probable, ce serait un équivalent

de ÔepaireuTT,;.

2. Saint Épiphane, haer.xix, 2; lui, 4 ; anacephaeosis, tomus i lib. II, n° 7; epitome, Dindorf, p. 352. Jean Damascène copie Y anace phalœosn , même fin xai £eûpo. Il se peut qu'Épiphane se trompe en plaçant ces femmes au ive siècle. Celse, en effet (Orig., Adv. Cels-, 1. V, 62, Opp., I, p. 626), parle de deux femmes sectiiires, Marthe et Mariamne, qui peuvent bien être Mapfloûç et Map- •ava. Sur la forme Mapôcû;, voir Miss, de Phén., p. 384.

3. On attribue à Elkasaï ou Elxaï un prétendu frère léxaï, d'où peut venir le nom de teaaaîoi, porté par les esséens. Epiph., haer. xxix 1, 4, 6, 7. Rien de plus confus que les données d'Épiphane sur ces Jesséens. Tantôt il les rattache à Jessë, tantôt au nom de Jésus, tantôt aux esséens. Cf. saint Nil, Monast. exerc, c. n».

[An 102] LES ÉVANGILES. 46t

ou direction pour la prière, vient peut-être des sectaires transjordaniques '.

On ne peut assez insister sur ce point que, avant le grand schisme des Églises grecques et latines, également orthodoxes et catholiques, il y eut un autre schisme oriental, un schisme syrien, si l'on peut s'expliquer ainsi, qui mit hors du christianisme, ou pour mieux dire laissa sur ses confins tout un monde de sectes judéo-chrétiennes et ébionites, nullement catholiques (esséens, osséens, samséens, jesséens, elkasaïtes), au sein desquelles Mahomet apprit le christianisme et dont l'islam fut la revanche 2. Une preuve, en quelque sorte vivante encore, de ce grand fait est le nom de nazaréens que les musulmans ont toujours donné aux chrétiens. Une autre preuve que le christianisme de Mahomet fut l'ébionisme ou le nazaréisme est ce docétisme obstiné qui a fait proclamer aux musulmans de tous

\. Voir ci-dessus, p. 52-53. Dans l'idée des Arabes, ce çui coi stitue uue religion, c'est une kibla et un kitâb, une direction pour prier et un livre. L'expression . w-jJLJI vJU-J=ïï"ù2rîr1>:, pour désigner Jérusalem, peut se rattacher aux mômes sectes : Hierosolymam adorant quasi domus sil Dei (Irénée, I, xxvi, 2). Comp. Modjir eddin, Uist. de Jer., p. 227 (édit. du Caire).

2. Masoudi, Prairies d'or, I, p. 4 30. Cf. Sprenger, Das Leben und die Lehre des Mohammad, I, 18-43, 93-101, 403; II, p. 384 etsuiv., G. Rœsch, dans Theol. Studien und Kriliken, 4 876, 3e fascic, p. 409 et suiv. (Gotha).

462 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 103}

les temps que Jésus n'a pas été crucifié en personne, qu'une ombre seule souffrit à sa place *. On croirait entendre Cérinthe ou quelqu'un de ces gnostiques si énergiquement combattus par Irénée s.

Le nom syriaque de ces diverses sectes de baptistes était sabhn, équivalent exact de « baptiseurs ». C'est l'origine du nom des sabiens. qui sert encore aujourd'hui à désigner lesmendaïtes3, nazaréens4 ou chrétiens de saint Jean, qui continuent leur pauvre existence dans le district marécageux de Wasith et de Howeyza, non loin du confluent, du Tigre et de TEuphrate6. Au vne siècle, Mahomet les traite avec une considération particulière 6. Au x* siècle, les polygraphes arabes les appellent el-moçtasita^ « ceux qui

Page 1