‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 5 sur 393 · M LES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

M LES ÉVANGILES

fa tradition orale et sans que l'auteur eût sous les yeux aucun texte antérieur (selon mon opinion, il y eut deux Évangiles de ce genre, l'un écrit en hébreu ou plutôt en syriaque, maintenant perdu, mais dont beaucoup de fragments nous ont été conserves traduits en grec ou en latin par Clément d'Alexandrie, Origène , Eusèbe, Epiphane, saint Jérôme r etc.; l'autre écrit en grec, c'est celui de saint Marc); 2° les Evangiles en partie originaux, en partie de seconde main , faits en combinant des textes antérieurs et des traditions orales (tels furent l'Evangile faussement attribué à l'apôtre Matthieu et l'Évangile composé par Luc) ; 3° les Evangiles de seconde ou de troisième main, composés à froid sur des pièces écrites, sans que l'auteur plongeât par aucune racine vivante dans la tradition (tel fut l'Evangile de Marcion ; tels furent aussi ces Evangiles, dits apocryphes, tirés des Evangiles canoniques par des procédés d'amplification) . La variété des Evangiles vient de ce que la tradition qui s'y trouve consignée fut longtemps orale. Cette variété n'existerait pas, si tout d'abord la vie de Jésus avait été écrite. L'idée de modifier arbitrairement la rédaction des textes se présente en Orient moins qu'ailleurs, parce que la reproduction littérale des récits antérieurs ou, si l'on veut, le plagiat y est la règle de

INTRODUCTION. vu

l'historiographie' * . Le moment où une tradition épique ou légendaire commence à être mise par écrit marque l'heure où elle cesse de produire des branches divergentes. Loin de se subdiviser, la rédaction obéit dès lors à une sorte de tendance secrète qui la ramène à l'unité par l'extinction successive des rédactions jugées imparfaites. Il existait moins d'Evangiles à la fin du 11e siècle, quand Irénée trouvait des raisons mystiques pour établir qu'il y en avait quatre et qu'il ne pouvait y en avoir davantage 2 , qu'à la fin du Ier, quand Luc écrivait au commencement de son récit: 'Ewei&fï tc23 ttoXXoI £-r:£/£iar,cav...3. Même à l'époque de Luc, plusieurs des rédactions primitives avaient probablement disparu. L'état oral produit la multiplicité des variantes ; une fois qu'on est entré dans la voie de l'écriture, cette multiplicité n'est plus qu'un inconvénient. Si une logique comme celle de Marcion eut prévalu, nous n'aurions plus qu'un Evangile, et la meilleure marque de la sincérité de la conscience chrétienne est que les besoins de l'apologé-

1. C'est ce qu'on observe dans ta série des historiens arabes depuis Tabari, dans Moïse de Khorène, dans Firdousi. L'écrivain postérieur absorbe complètement et sans y rien changer les récita de ceux qui l'ont précédé.

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