Seigneur, dirent-ils, que nos yeux s’ouvrent
34. Et Jésus, ému de compassion pour eux, toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et ils le suivirent.
Près de consommer sa mission, Jésus annonce une sot. ciété nouvelle, et en pose les fondements. Les peuples jusqu’à lui, possession d’un ou de plusieurs maîtres, leur appartenoientcomme autant de troupeaux. Partout la tyrannique domination de quelques-uns, la servitude des autres, opprimés au nom de la force, ou sur le prétexte insolent d’une supériorité de nature. Princes et grands pesoient sur le monde de tout le poids de leur orgueil et de leur rapacité. Jésus vient mettre un terme à ce profond désordre, il vient relever ces tètes courbées, affranchir ces multitudes esclaves. Il leur apprend qu’égaux devant Dieu, les hommes sont libres à l’égard l’un de l'autre; qu’aucun n’a par soi-mème de pouvoir sur ses frères; que l’égalité, la liberté, lois divines de la race humaine, sont imprescriptibles : que le pouvoir dès lors ne peut être conçu comme un droit; qu’il est, dans l’association qui le délègue, une fonction, un service, un dévouement, une sorte d’esclavage accepté par l’amour en vue du bien de tous. Telle est la société que Jésus commande à ses disciples d’établir entre eux. Or, est-ce là ce qui est?
1 C’est le cri de» peuples qui attendent, assis sur le bord du chemin, que le Libérateur passe ; et l'on s’elforre en vain de l'étouffer. Jésus l’entendra, et, s’arrêtant, il les louchera et les guérira. et ils le suivront là où il doit conduire l'Humanité entière.
SKLOX SA1XT MATTHIEU. ■ 71
Est-cc celle doctrine qui règne sur la terre? A-t-elle vaincu colle des gentils? Les princes des nations en sont-ils les serviteurs, ou les maîtres? O Christ! il y a dix-huit siècles que votre houchc proclama ces sacrées maximes, que vous les scellâtes de votre sang; depuis dix-huit siècles les générations se les transmettent, elles disent y croire; et cependant qu'y a-t-il de changé dans le inonde? Les peuples attendent encore, affaissés et souffrants, la délivrance promise. Et ce n’est pas, ô Christ, que votre parole soit trompeuse ou inefficace, mais c’est que les peuples qui aspirent à sou accomplissement, ou n’ont pas compris qu’elle doit être accomplie par eux-mêmes, par leurs efforts persévérants, leur volonté ferme; ou, assoupis dans leur misère, ont manqué de ce qui seul assure le triomphe, le courage de combattre et celui de mourir. Mais ils se réveilleront ; quelque chose déjà se remue au dedans d’eux; ils ont entendu dans'lcs airs comme une voix qui disoit : Le salut est proche.