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Les passants le blasphémoient, branlant la tête

40. Et disant : Toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix.

41. Les Princes des prêtres aussi et les Scribes et les Anciens, disoient avec moquerie :

42. Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même : S'il est le Roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui;

43. Il se confie en Dieu; que maintenant Dieu le délivre, s’il l’aime; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu.

44. Les voleurs qu’on avoit crucifiés avec lui, lui adressoient les mêmes reproches.

45. Or, depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, les ténèbres couvrirent toute la terre *.

46. Et, vers la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri, disant : Eli, Eli, lununa sabacthani? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous délaissé?

47. Ce qu’entendant, quelques-uns de ceux qui étoient là disoient : Il appelle Elie.

48. Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il emplit de vinaigre, et, la mettant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire.

49. Les autres disoient : Attendez, voyons si Elie viendra le délivrer.

50. Mais Jésus, de nouveau jetant un grand cri, rendit l’esprit.

51. Et voilà que le voile du temple fut déchiré en deux, du haut jusqu’en bas, et la terre trembla, les pierres se brisèrent,

* C.’ost-à-dirt qn’il y eut en Judée un# éclipse totale de soleil.

52. Les sépulcres s’ouvrirent, cl plusieurs corps des saints qui étoient endormis 1 , se levèrent;

53. Et sortant de leurs tombeaux, après sa résurrection, ils vinrent dans la cité sainte, et furent vus de plusieurs.

54. Le centurion et ceux qui étoient avec lui , gardant Jésus, voyant le tremblement de terre, et tout ce qui se passoit, furent saisis d'une grande crainte, et dirent : Celui-ci étoit vraiment le Fils de Dieu.

55. Il y avoit là aussi, loin de la croix, plusieurs femmes qui, de la Galilée, avoient suivi Jésus pour le servir :

56. Parmi lesquelles étoit Marie-Madeleine, et Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

57. Sur le soir, un homme riche d’ Arimathie, nommé Joseph, qui étoit, lui aussi, disciple de Jésus,

58. Vint trouver Pilate, et lui ayant demandé le corps de Jésus, Pilate commanda qu’on le lui donnât.

59. Ayant pris le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul blanc ;

60. Et il le déposa dans un sépulcre neuf, qu’il avoit fait creuser dans le roc, et ayant roulé une grande pierre à l’entrée du sépulcre, il s’en alla.

61. Or, Marie-Madeleine et l’autre Marie étoient là, assises près du sépulcre.

62. Le lendemain, qui étoit le jour d’après la préparation du sabbat, les Princes des prêtres et les Pharisiens s’étaut assemblés, vinrent trouver Pilate ,

63. Et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes rappelés que ce séducteur, lorsqu'il vivoit encore, a dit : Après trois jours je ressusciterai.

64. Commandez donc qu’on garde le sépulcre jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober le corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts; et la dernière erreur seroit pire que la première.

65. Pilate leur dit : Vous avez des gardes; allez, et gardez-le comme vous l’entendrez.

' Qui donnoient du sommeil de It mort.

66. S’en allant donc, ils fermèrent soigneusement le sépulcre, en scellèrent la pierre, et y mirent des gardes.

La Passion de Jésus, c’est l’histoire et la prophétie, ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, le tableau complet du grand sacrifice qui a commencé avec le genre humain et durera autant que lui, perpétuellement renouvelé pendant la suite des âges, jusqu’à ce que le salut soit accompli. Car le salut, c’est le développement de la vérité et de l’amour dans le monde; et quiconque, en aucun temps, viendra concourir à cette divine évolution de la vie , combattre le règne du mal pour établir le règne de Dieu, rencontrera les mêmes obstacles, les mêmes haines implacables, les mêmes envies, les mêmes calomnies, les mêmes colères, et souffrira comme a souffert Jésus. L’hypocrisie lui tendra des pièges, et, par mille ruses infâmes, trompant la multitude, pervertira passagèrement, au milieu des ténèbres dont elle l’environnera, sa conscience séduite. Alors, ce sera le temps de la violence. L’envoyé du Père verra se soulever autour de lui les flots d’une mer furieuse. Ceux qui , la veille, sortoient au-devant de lui en chantant Hosanna, l’outrageront et le maudiront. Trahi par les uns , renié par les autres à cause de la peur qui les aura saisis, délaissé de tous, il restera seul avec son âme, et son âme même, troublée, défaillante, dans l’angoisse et dans l’agonie, demandera que ce calice, s’il se peut, s’éloigne d’elle. Fils de l'homme, bois, bois jusqu’à la lie : le salut est au fond de ce breuvage. Mais voici venir les Caïphe, les Hérode, les Pilate, les pouvoirs de tout ordre. Ils se sont ligués contre lui; car, que sont-ils, sinon le passé, sinon ce qui s’éteint, ce qui doit mourir pour que l'avenir naisse, ce que le genre humain, dans sa marche, laisse derrière lui le matin , comme les débris du campement de la veille? Lors donc qu’une voix s’élève, qui presse

le peuple de plier ses tentes , pùles de crainte, ils s'efforcent detoulîer cette voix ennemie. Et, suivant leur pensée aveugle, que faut-il pour cela? Quatre clous et une croix. Cela se trouve toujours; ils ont vaincu : et la victoire, qu’est-ce? Trois jours de silence dans le tombeau. Puis, le tombeau s’ouvre, et le crucifie, se dégageant de son linceul, prend possession du inonde que sa parole régénérera.

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