S KL ON S A I X T MARC
le réveillent et lui disent : Maître, n’avez-vous point de souci que nous périssions ?
39. Et se levant alors , il menaça le vent , et dit à la mer : Cesse de gronder, lais-toi. Et le vent s’apaisa, et il se fit un grand calme.
40. Et il leur dit : Pourquoi vous effrayer? N’avez-vous point encore la foi? Et ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disoient l’un à l’autre : Qui donc est celui-ci , que le vent et la mer lai obéissent?
Quiconque veut répandre la bonne parole, doit, s’oubliant lui-même, ne regarder qu'une seule chose, l’accomplissement du devoir qu’il se croit appelé à remplir. Car, s’il se recherche à quelque degré, si, pour persévérer dans son œuvre, il a besoin d’en voir le fruit, il ne tardera pas à se lasser, il succombera bien vite au découragement. Lorsqu’on vient annoncer la vérité aux hommes, les presser d’obéir à la loi de l’amour, qui ordonne de renoncer à soi pour se fondre en autrui, et y retrouver une vie plus puissante et plus abondante, on rencontre d’abord toutes les passions humaines , qui se soulèvent contre cette loi et la repoussent violemment. Vous demandez au foiblc des efforts , au riche le détachement de la richesse, à l’ambitieux de s’effacer, à l’orgueilleux de se faire petit, au sensuel de vaincre ses convoitises, à tous un long et rude labeur; comment seriez-vous écouté? Ce qui étonne, ce n’est pas que la semence du vrai, du bien, soit étouffée dans le monde, ou s’y dessèche presque aussitôt, c’est qu'une partie de cette divine semence y trouve çà et là un peu de bonne terre où elle fructifie. Mais, dans ce peu de bonne terre, elle pousse des racines si profondes , que rien n’en saurait arrêter la croissance. Elle élève sa tige, étend ses rameaux, préparant aux oiseaux du ciel , aux plus frêles créatures , un doux ombrage et un lieu de repos. Et ceci , ce n’est pas l'homme qui le fait; il ignore même comment s’est opérée cette
œuvre merveilleuse. 11 a semé, voilà tout; et de jour, de nuit, par un secret travail, inconnu de lui dans ses voies, la semence a germé, s’est développée, est devenue ce quelle devoit devenir. Semez donc, mais en esprit de foi; semez, mais en sachant que vous semez pour un temps que vous ne verrez point. La plante céleste croîtra, mais son ombre ne recouvrira que vos cendres. Qui demande plus sème pour soi , et non pour Dieu , et non pour ses frères. La parole de Jésus, fructifiant de siècle eu siècle, a changé le monde, et, dans l’universel abandon, sur la croix, son dernier mot fut : « Mon Dieu , mon Dieu, pourquoi m’avez- » vous délaissé? »