Et tous mangèrent et furent rassasies
43. Et des fragments restes et des poissons, ils remportèrent douze corbeilles pleines.
A4. Or, ceux qui mangèrent étoient au nombre de cinq mille hommes.
45. Et aussitôt il fit monter ses disciples dans la barque, pour aller, devant lui, de l’autre côté de la mer, àBethsaïde, pendant que lui-méme il renverroit le peuple.
4tî. Et après l’avoir renvoyé, il s’en alla sur la montagne pour prier.
il. Et le soir venu, la barque étoit au milieu de la mer, et lui seul à terre.
48. Et les voyant qui se fatiguoient à ramer ( car le vent leur étoit contraire), vers la quatrième veille de la nuit, il vint à eux marchant sur la mer; et il vouloit les devancer.
49. Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’é* toit un fantôme , et jetèrent des cris.
50. Car tous le virent , et ils furent troublés. Mais aussitôt il leur paria, et leur dit : RassUrez-vons, c’est moi, ne craignez point.
51. Et il monta avec elix dans la barque, et le vent cessa. Et leur stupeur en devint plus grande.
52. Car ils n’avoient pas compris ce qui s’ étoit fait à l’ égard des pains, parce que leur cœur étoit aveuglé *.
53. Et après avoir traversé la mer, ils vinrent eh la terre de Génésareth , et y abordèrent.
54. Et lorsqu’ils furent sortis de la barque, les gens du pays le reconnurent.
1 Comment s’expliquer que les disciples n’eussent point compris que cinq paius n avoient pu tsftire pour nourrir cinq mille hommes? Parce que leur cœur, dit l’Kvangile, doit aveuglé. Mais Wrs jfuv du moins avoient vu les pains se multiplier à mesure qu’ils étoient distribués au peupi*. X’y a-t-il pas ici comme l’indication d’un sens mystérieux caché sous la lettre du récit?
55. Kt parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui apporter de tous côtés, dans des lits, les malades, où ils eutendoient dire qu’il étoit.
56. Kt partout où il entroit, dans les hameaux, dans les villages, ou dans les villes, ils niettoient les malades sur les places publiques, et le prioient de les laisser seulement toucher la frange «le son vêtement; et tous ceux qui le touehoient étoient guéris.
Après l’esprit de dévoueinenl et de foi , d’inébranlable foi, la première condition de l'apostolat est l’indépendance, et la mesure de l’indépendance est celle du détachement de soi et de tout ce qui se rapporte à soi. Quiconque craint , ou désire quelque chose de la terre, n’est pas libre ; il y a en lui un point où l’on pourra toujours sceller une chaîne. Toute possession lie l’Ame , tout ce qu’on recherche au delà du simple besoin présent, l’entrave, dans l’ordre de l’apostolat; et les besoins mêmes doivent être réduits aux strictes nécessités de la nature, sans quoi l’apôtre tombera plus ou moins dans le servage de ceux au-dessus desquels il doit s’élever pour accomplir son œuvre. Celui qui se soumet aux hommes s’est auparavant soumis aux choses, selon la remarque profonde d’un ancien. C’est pourquoi Jésus veut que scs disciples, en allant annoncer la parole qui doit renouveler le monde, s'affranchissent de tout ce qui lesrendroit, à quelque degré, esclaves du monde. Des sandales, une tunique, un bâton, il leur défend de prendre rien de plus, ni sac, ni pain, ni argent dans leur ceinture. Le reste leur sera donné comme aux oiseaux du ciel, qui trouvent chaque jour la pâture de chaque jour, que leur a préparée le Père céleste. C’est ainsi qu’ils doivent apparoître au milieu des peuples, et c’est à ce signe que les peuples les reconnoitront. S’ils ne conlirmoient pas leur enseignement par leur exemple, s'ils vivoient de la vie de la chair en appelant les hommes à celle de l’esprit, qui les ccouteroil? Leur puis-
sauce est dans le renoncement à tout ce que les sens convoitent; car les convoitises, ce sont les maladies qu’ils viennent guérir, les démons qu’ils viennent chasser, et, pour guérir les autres, il faut d’abord s’étre guéri soi-ineme; pour chasser d'eux l’esprit mauvais, il faut n’étre pas soiméme sous son empire. Sachez donc, vous qui vous croyez investis de l’apostolat, à quelles conditions il porte son fruit ; et vous, peuples, sachez comment on discerne les vrais apôtres de ceux qui en usurpent le nom. Partout où vous verrez, au lieu de l’oubli de soi, des pensées personnelles, au lieu du zèle désintéressé et de l’abnégation sévère, l’amour des richesses et des jouissances que procurent les richesses, dites : Dieu n’est pas là ; son envoyé n’est pas venu encore, et priez pour qu’il vienne bientôt.