Ce qu’ils exécutèrent, en les faisant tous asseoir
16. Or, Jésus prit les cinq pains et les deux poissons : ét, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit, et les donna à ses disciples, afin qu’ils les présentassent au peuple.
417. Ils en mangèrent tous, et furent rassasiés; et on emporta douze paniers, pleins des morceaux qui en étaient restés.
18. Un jour, comme il priait en particulier, ayant ses disciples avec lui, il leur demanda : Que dit le peuple de moi? Qui dit-il que je suis?
19. Ils lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, les autres, Elie ; les autres, que c’est quelqu'un des anciens prophètes qui est ressuscité. *
20. Mais vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre répondit : Vous êtes le Christ de Dieu.
21. Alors il leur défendit expressément de parler de cela à personne,
22. Et il ajouta : Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup; qu’il soit rejeté par les sénateurs, par les princes des prêtres et par les docteurs de la loi; qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite le troisième jour (e).
(d) Voir Matthieu, xiv, note e.
(e) Vers. 21-22. — Il y a ici deux choses : le reproche de, Jésus et la défense de dire ou croire rien de pareil; et la raison qu'il en donne, et qui n’est pas’une raison du tout, mais tout au contraire un programme anticipé de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. (Cf. Matthieu, xvu, 21-22.) Je dis donc que le reproche de Jésus est historique; mais que le motif allégué par Luc est de l'historien; en sorte que, tandis que Jésus ne voulait pas être appelé Messie, parce que le messianisme était, suivant lui, autre chose que ce que l’on pensait, et le Messie un mythe, ses disciples crurent, après coup, qu’il l'avait défendu, à cause de sa passion! Le verset 22 forme ici, pour ainsi dire, une interpolation de l’écrivain au milieu des discours de Jésus, dont le sens général, indiqué par les versets 21 et 23, est celui-ci: Non, je ne suis pas le Messie, et que ceux qui veulent la gloire et la
23. Il disait aussi à tout le monde : Si quelqu'un veut venir avec moi, qu'il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix (f) tous les jours, et qu’il me suive.
24. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi, la sauvera.
25. Et que servirait à un homme de gagner tout le monde aux dépens de lui-même, et en se perdant lui-même?
26. Car si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira aussi de lui lorsqu'il viendra dans sa gloire, et dans celle de son Père et des saints anges (g).
27. Je vous dis, en vérité, qu’il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents qui ne mourront point, qu’ils n'aient vu le royaume de Dieu.
28. Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean- et s’en alla sur une montagne pour prier.
29. Et pendant qu'il faisait sa prière, son visage parut tout autre ; ses habits devinrent blancs et éclatants (h).
richesse promises par le prétendu Messie ne viennent pas avec moi! Car moi, c’est-à-dire la réforme sociale, exige que l'on sacrifie tout, richesse, honneur, repos, liberté, vie, famille, patrie. — Cf. Matthieu, où ce sens est développé tout au long.
(f) Tollat crucem(cf. Matthieu, x, 38) : anachronisme de langage.
(g) Jésus fait allusion à son humble naissance et à sa pauvreté. Triste Messie, qui n’a pas où reposer sa tête, qui a fabriqué, trente ans des jougs et des charrues !.…. Les chrétiens devaient longtemps souffrir de la bassesse de condition de leur maître, et essayer même de la dissimuler. (Cf. Marc, vi, 3, note a; et Il Cor., vu, 9.)
(h) Transfiguration. Cette scène est destinée à servir de pendant à celle de l’onction chez Simon le lépreux. Par l’une Jésus est sacré, par l’autre il est glorifié, comme Moïse et Elie. Observons la logique des superstitions : Jésus est le Messie; qui le prouve ? Ce qui le prouve, ce ne sont pas des hommes; ce sont des miracles, des révélations, des prophé-
30. Et l'on vit tout d’un coup deux hommes qui s’entretenaient avec lui; c'étaient Moise et Élie.
31. Ils étaient pleins de majesté et de gloire, et ils lui parlaient de sa sortie du monde, qui devait arriver dans Jérusalem.
32. Cependant Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil; et, se réveillant, ils le virent dans sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui.
33. Et commeils se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, nous sommes bien ici; faisons-y trois tentes : une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie; car il ne savait ce qu'il disait.
34. Il parlait encore, lorsqu'il parut une nuée qui les couvrit; et ils furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans cette nuée.
35. Et il en sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le.
36. Pendant qu'on entendait cette voix, Jésus se trouva tout seul ; et les disciples tinrent ceci secret, et ne dirent pour lors à personne (i) rien de ce qu’ils avaient vu.
37. Le lendemain, lorsqu'ils descendaient de la montagne, une grande troupe de peuple vint au-devant d'eux.
38. Et un homme s’écria parmi la foule, et dit : Maître, regardez mon fils en pitié, je vous en supplie; car je n’ai que ce seul enfant.
39. L'esprit malin se saisit de lui et lui fait tout d’un coup jeter de grands cris; il le renverse par terre, il l’agite par de violentes convulsions, en le faisant écumer, et à peine le quitte-t-il, après l'avoir tout déchiré.
40. J'avais prié vos disciples de le chasser ; mais ils n’ont pu.
41. Alors Jésus, prenant la parole, dit : O race incrédule et dépravée, jusqu’à quand serai-je avec vous, et vous souffrirai-je ? Amenez ici votre fils.
42, Et comme l'enfant s’approchait, le démon le jeta par terre, et l’agita par de grandes convulsions.
43. Mais Jésus, ayant parlé avec menaces à l'esprit impur, guérit l'enfant et le rendit à son père.
44. Tous furent étonnés de la grande puissance de Dieu. Et, lorsque tout le monde était dans l'admiration de tout ce que faisait
ties, des apparilions, une résurrection, et toutes sortes de choses surnaturelles.
(à) Nemini dixerunt. Bien mieux, ils ne l’ont jamais écrit. IL est probable que les évangélistes ont su la chose les pre-
miers!…,
Jésus, il dit à ses disciples : Mettez bien dans votre cœur ce que je vais vous dire : Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes.
45. Mais ils n'entendaient point ce langage; il leur était tellement caché, qu’ils n'y comprenaient rien; et ils appréhendaient même de l’interroger sur ce sujet (j).
46. Il leur vint aussi une pensée dans l'esprit, lequel d’entre eux était le plus grand.
#1. Mais Jésus, voyant les pensées de leur cœur, prit un enfant, et le mettant près de lui,
48. il leur dit : Quiconque reçoit cet enfant en mon nom, me reçoit; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, est le plus grand (k).
49. Alors Jean, prenant la parole, lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom; mais nous l’en avons empêché, parce qu'il ne vous suit pas avec nous.
50. Et Jésus lui dit : Ne l’en empêchez point ; car celui qui n’est pas contre vous, est pour vous (/).
51. Lorsque le temps auquel il devait être enlevé du monde approchait, il se résolut (m) à aller à Jérusalem;
52. Et il envoya devant lui des gens, pour annoncer sa venue, qui, élant partis, entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un logement.
(j) Vers. 44-45. — Même répétition. C’est en ce seul point, on peut le dire, que les évangélistes s'accordent; mais moins on s’en doutait avant l'événement, plus on y croira après: plus, dis-je, un Messie souffrant fut chose inconcevable, inouie, avant la mort de Jésus, plus ce sera une chose digne de foi, quand on affirmera surtout qu’il l’avait prévu et prédit.
Les disciples de Jésus, rebutés par lui et rabroués, n’osent plus lui parler du Messie; mais ils en parlent entre eux, et ils se partagent les emplois!
(4) Vers. 47-48. — Nouvelle et énergique négation du Messie par Jésus. Maxime admirable sur l'ambition des places.
() Vers. 49-50. — Imité de Moïse, qui ne veut pas qu'on empêche les anciens de prophétiser. |
{m) Nous ne sommes qu’au chapitre x1, et nous touchons à la passion. — Firmamit, Il s’agit d’une résolution grave !.…..
53. Mais ceux de ce lieu ne voulurent point le recevoir, parce qu’il paraissait qu'il allait à Jérusalem (1).
54. Ce que Jacques et Jean, ses disciples, ayant vu, ils lui dirent : Seigneur, voulez-vous que nous commandions que le feu descende du ciel, et qu’il les dévore?
55. Mais, se retournant, il leur fit réprimande, et leur dit : Vous ne savez pas à quel esprit vous êtes appelés :
56. Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver. Ils s’en allèrent donc dans un autre bourg.
51. Lorsqu'ils étaient en chemin, un homme lui dit : Seigneur, je vous suivraï partout où vous irez.
58. Jésus lui répondit : Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel leurs nids; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête (o).
59. Il dit à un autre : Suivez-moi. Et il lui répondit : Seigneur, permettez-moi d'aller auparavant ensevelir mon père.
60. Jésus lui repartit : Laissez aux morts le soin d’ensevelir leurs morts; mais, pour vous, allez annoncer le royaume de Dieu.
61. Un autre lui dit : Seigneur, je vous suivrai; mais permettezmoi de disposer auparavaut de ce que j'ai dans ma maison.
62. Jésus lui répondit : Quiconque, ayant mis la main à la charrue, regarde derrièré soi, n’est point propre au royaume de Dieu (yp).
(n) Chose naturelle : les Samaritains ne pouvait reconnaître un prophète qui communiait avec ceux de Jérusalem. — On arrêtait en Samarie ceux qui allaient à Jérusalem célébrer la Pâque.
(o) Ironie à l'adresse de ceux qui, le prenant pour Messie, persistaient à le vouloir riche et triomphant.
(p) Vers. 60-62. — Très-belles maximes. Jésus parle en homme qui connaît la portée de son entreprise.