Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel
52. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair que je dois donner pour la vie du monde.
(k) Ego ressuscitabo: voilà le fin mot (cf. Paul, bassim), Ce qu'il faut croire, c’est que le Messie est un mythe; c’est la spiritualisation du culte ; c'est que Dieu est un pur esprit, et que les âmes sont immortelles. Et il le faut croire, ajoute Jésus, même sans miracles !.…
(7) Voilà Jésus se posant comme la personnification de sa propre doctrine, comparée préalablement à une nourriture. Ceci explique, élucide les chapitres x1V, xv, XVI, XVHI, Si - étonnamment métaphoriques.
….{m) C'est cela même; la foi au Christ, c’est la foi à l’immortalité de l’âme!
3kk ÉVANGILE
53. Les Juifs disputaient donc entre eux, en disant: Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?
34. Et Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous (n). ue
35. Celui qui mange ma chairet boit mon sang à la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour;
86. Car ma chair ect véritablement viande (0), et mon sang est véritablement breuvage.
57. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. . ?
58. Comme mon Père, qui m'a envoyé, est vivant, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi.
59. C’est ici le pain qui est descendu du ciel (p). Ce n’est pas comme la manne que vos pères ont mangée et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui mange ce pain vivra éternellement (g et r).
. (n) Si vous ne recevez sa loi, si vous n'adoptez sa morale, etc. Jésus-Christ choisit exprès les termes de cibus et caro, potus et sanguis, par allusion à ce qui se passait dans les sacrifices, auxquels chaque assistant devait participer par la manducation. Cette cérémonie était aussi une de celles employées dans les initiations.
(o) Oui, ma chair est nourriture, etc. Jésus-Christ, voyant l’étonnement de ceux qui l’écoutent, se plait à le redoubler, et il prolonge et renforce sa métaphore.
(p) Qui de cœlo descendit, cf. ci-dessus, verset 32.
(g) Versers 49-59. — Jean parle de la Cène en chrétien qui la connaît et qui est très-bien instruit du rite essentiel de la religion; qui de plus a le dessein d’expliquer, d’une manière
rationnelle, ce même rite. Mais on est surpris qu’il n’ait rien
dit de l'institution formelle de la Cène, lors de la passion de Jésus-Christ; ou que du moins il la rapporte ici d’une tout autre manière que les trois Synoptiques. (Cf. Luc, xxt1.)
(r) Versers 48-59. — La suite de tout ce chapitre fait voir assez clairement que sous ces noms de chair ou de nourriture, de sang ou de breuvage, il faut entendre la doctrine
60. Ce fut en enseignant dans la synagogue de Capharnaüm que Jésus dit ces choses.
61. Plusieurs donc de ses disciples, l'ayant entendu, dirent : Ces paroles sont bien dures, et qui peut les écouter ?
62. Mais Jésus , connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient sur ce sujet, leur dit: Cela vous scandalise-t-i] ?
63. Que sera-ce donc, si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ?
64. C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert à rien; les paroles que je vous dis sont esprit et vie (s).
de Jésus-Christ. Ainsi, sous l’allégorie de la fontaine d’eau vive, il avait figuré à la femme samaritaine sa morale; ainsi il qualifiait de mauvais levain les traditions absurdes des pharisiens ; etune autre fois encore, se servant des mêmes termes figurés de boisson et d’aliment, il fit dire à ses disciples, dont les provisions étaient épuisées : « Que prétend-il donc ? que parle-t-il de manger ? nous n'avons point de pain.» (Cf. I Corinthiens, x, 16.)
{(s) « Il n’est point ici question de chair ; ce que je vous dis est tout esprit, » c'est-à-dire intellectuel, figuratif. Jésus- Christ donne lui-même le mot de l'énigme. Comment après cela y peut-on voir le dogme de la transsubstantiation ?
On peut découvrir une double pensée dans cette longue allégorie de la chair et du sang : 1° Jésus-Christ invite les Juifs à recevoir sa loi, sans laquelle ils n’auront pas la wie éternelle, c’est-à-dire n’arriveront pas à la perfection morale, à la suprême béatitude ; 2° de la prédication de sa loi, de ses dogmes et de sa morale, il passe rapidement à l’idée de se donner lui-même en exemple à ses disciples; il les invite à marcher sur ses traces. Prévoyant peut-être sa fin malheureuse, digne couronnement d’une vie pleine de fatigues, de tribulations, de persécutions , il a dû se regarder comme victime volontaire de sa loi, et s'attendre au martyre. Je suis le pain de vie, c'est-à-dire je suis le prédicateur de la loi divine et éternelle; la nourriture que je donne, c’est ma chair, qui périra pour le salut de tous : c’est-à-dire la morale que je préche, c’est de se sacrifier pour ses semblables. Comme je
65. Mais il y en à quelques-uns d’entre vous qui ne croient pas. Car Jésus savait, dès le commencement, qui étaient ceux qui ne croyaient point et qui serait celui qui le trahirait.
66. Et il leur disait : C'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s’il ne lui est donné par mon Père,
67. Dès lors, plusieurs de ses disciples se retirèrent (f) de. sa suite, et ils n’allaient plus avec lui.
68. Et Jésus, sur cela, dit aux douze apôtres : Et vous, ne voulez-vous point aussi me quitter? s /
69. Simon-Pierre lui répondit: A qui irons-nous, Seigneur? vous avez les paroles de la vie éternelle ; 2 . 70. Nous croyons, et nous savons que vous êtes le Christ, le Fils
8Dieu.e: |
71. Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis au nombre de douze ? et néanmoins un de vous est un démon.
72. Ce qu'il disait de Judas Iscariote, fils de Simon; car c'était lui qui devait le trahir, quoiqu'il tût l’un des douze.
us pour mon père, celui qui me mange doit vivre pour moi, c'est-à-dire, comme ma vie est consacrée à la loi de Dieu, ainsi mon vrai disciple doit vivre et mourir pour moi et ma religion. (Cf. I Corinthiens, x, 16.)
(6) Multi. abierunt. Tout cela, dans mon interprétation, s’enchaîne admirablement. On aime Jésus, sa bonté, ses miracles, sa morale, sa critique des scribes et des pharisienss on est prêt à le saluer Messie, s’il veut; mais quand on le voit dire que le messianisme, etc., etc., doit s'entendre au spirirituel, on se rebute et l’on s’en va. Ainsi la prédication de Jésus contrarie radicalement les idées de son époque; réformateur et révolutionnaire, mais point charlatan, point mystique, il s'efforce d’expliquer que la vraie émancipation est l’œuvre du cœur et de la volonté; dès lors on ne l'écoute plus. Le sac de Jérusalem aura beau lui donner raison, on ne l'en croira pas davantage. N'ayant pu le faire roi, messie
terrestre, on le fera messie spirituel, dans un sens théolo-
gique, encore plus loin de sa pensée que toutes les rêveries messianiques des pharisiens.