‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 143 sur 729 · Cf. Wellhausen, Le. 83-84; J. Weiss, Lk · texte numérisé non relu

Cf. Wellhausen, Le. 83-84; J. Weiss, Lk

Le premier Evangile l contient une petite parabole où l'on met pareillement en scène un père et deux fils ; mais la ressemblance s'arrête au choix des personnages, et ne s'étend pas à la matière du récit, ni même à son application, où les pharisiens et les publicains sont mentionnés, comme dans le préambule de Luc. La parabole de Matthieu est expressément dirigée contre les pharisiens. On peut croire que le Sauveur, à deux époques différentes, a repris le même cadre parabolique, en changeant l'action des personnages et la pointe du récit. Il semble que Luc, ou l'auteur dont il dépend, ait connu la parabole du premier Evangile, et, pour ne pas faire double emploi avec l'histoire du Prodigue selon le sens qu'il lui attribuait, se soit contenté d'en transposer la conclusion 2. Pour le fond, l'analogie de la parabole du Prodigue avec celle des Ouvriers de la vigne 3 serait moins éloignée ; mais le rôle du prodigue est autre que celui des ouvriers de la dernière heure.

De tout temps et jusqu'à nos jours, les commentateurs ont été enclins à transformer en allégorie la parabole du Fils prodigue. Il ne semble pas que Luc lui-même ait vu dans le fils aîné la figure du peuple juif, et dans le fils prodigue les Gentils. Bien que les applications morales se présentent d'elles-mêmes au lecteur, et que peu de pages évangéliques soient aussi riches d'enseignements, le récit, dans la forme où il nous a été transmis par la tradition, n'a rien d'allégorique. Aucune interprétation symbolique ne peut se soutenir d'un bout à l'autre de la narration, ni être considérée comme répondant à la pensée de Jésus. Le nombre des fils est indifférent à l'application de la parabole : c'est le prodigue qui est le personnage principal, et l'aîné sert pour le contraste ; la multiplication des frères ne pouvait que diminuer l'intérêt de l'histoire en la compliquant, sans aucun profit pour la leçon morale. Rebelle à l'allégorie, la parabole du Prodigue, tout comme celle de la Brebis perdue, ne fournit rien aux doctrines de la théologie systématique sur la justification 4.

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