IIoltzmann, 389; Wellhausen Le
Luc, xvi, 19-31.
Dans la parabole du Prodigue, le Sauveur a montré aux pharisiens qu'ils ne faut pas mépriser les pécheurs, parce que rien ne prouve qu'ils ne rentreront pas en grâce auprès de Dieu, et ne précéderont pas dans le royaume des cieux les gens qui se croient justes. La parabole du Riche et de Lazare complète cet enseignement, en faisant voir qu'il n'y a pas lieu de mépriser les pauvres, ni de désirer la richesse ou se plaindre de la pauvreté, les conditions sociales du temps présent devant être interverties dans l'éternité.
Beaucoup de commentateurs, s'autorisant de ce qu'un des personnages a un nom, se sont persuadé que le récit n'était point fictif. Il paraît néanmoins certain que le riche et Lazare n'ont pas plus de réalité que le iils prodigue et l'économe infidèle. La narration est arrangée tout entière comme dans les autres paraboles, en vue dune leçon morale. Toute la partie de l'histoire qui se passe hors de ce monde est conçue selon les idées populaires du temps: y voir une description réelle du séjour des morts, et des rapports qui peuvent exister entre eux, serait commettre un contresens aussi lourd, mais plus périlleux, que si l'on prenait l'économe infidèle pour un intendant d'Hérode, et l'enfant prodigue pour un fils de Ponce-Pilate. De ce que Jésus n'a pas coutume d'attribuer des noms propres aux personnages de ses paraboles on ne saurait inférer que le pauvre Lazare ait existé. Jésus mettait dans les paraboles tout ce qu'il fallait pour les rendre vivantes. Dès que l'usage d'un nom propre avait son utilité pour la mise en scène, on ne voit pas pourquoi il s'en serait privé. Le caractère des personnages est plus ou moins accusé dans ses récits, selon le rôle qu'il leur fait tenir. Ici les complications de l'action et du dialogue réclamaient un nom pour le pauvre, et le nom est donné1.
1. Ce nom doit être une forme grécisée et abrégée de l'hébreu Éléazar (ITJPN), « Dieu aide »; mais il n'est pas nécesssaire d'admettre qu'on l'ait
On a suposé que le nom de Lazare avait été ajouté après coup, à cause du rapport que le rédacteur aurait trouvé entre ce qui est dit, à la fin de la parabole, touchant le retour possible du pauvre sur la terre après sa mort, et la résurrection de Lazare, dans l'Evangile johannique 1. Hypothèse gratuite et invraisemblable, la situation du pauvre n'ayant aucun rapport avec celle du frère de Marthe et de Marie. Il n'y a pas lieu de discuter ici une autre hypothèse, d'après laquelle ce serait la parabole qui aurait fourni l'idée du miracle de résurrection dans le quatrième Evangile2.
Luc, xvi, 19. Il y avait un homme riche, et qui était vêtu de pourpre et de lin, faisant tous les jours fête, avec grand éclat. 20. Et un pauvre, nomméLazare, gisait à sa porte, tout couvert d'ulcères, 21. et qui désiraitse rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; et les chiens venaient même lécher ses plaies. 22. Et il advint que le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham ; et le riche mourut aussi, et il fut enterré; 23. et dans l'enfer, ayant levé les yeux, parmi les tourments où il était, il vit Abraham de loin, et Lazare dans son sein. 24. Et criant, il dit : « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare, pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau, et me rafraîchisse la langue, parce que je suis torturé dans cette flamme. » 25. Et Abraham dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens durant ta vie, et Lazare pareillement les maux ; et maintenant, il est ici consolé, et toi, tu es torturé. 26. Et avec tout cela, il y a entre nous et vous un grand abîme établi, de façon que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas, ni ceux de là-bas passer chez nous. » 27. Et il dit: « Je te prie donc, père, de l'envoyer à ma famille, 28. car j'ai cinq frères, pour qu'il les
choisi à cause de cette signification. Une autre étymologie TîST N^, « sans secours », supposerait un symbolisme assez vulgaire, et paraît moins -probable. On a voulu savoir aussi le nom du riche. Priscillien (tr. ix) et l'auteur du De pascha computus (Pseudo-Cyprien) l'appellent Finees. C'est sans doute le même nom qui se trouve dans la version sahidique sous la forme altérée Nineue. Le nom de Phinées a pu être suggéré par celui d'Eléazar (Harnack, Theol. Literaturzeitung , 1895, p. 428) d'après Nombr. xxv, 7, et il n'y a pas lieu d'objecter que le Phinées, fils d'Eléazar et petit-fils d'Aaron, a été un trop honnête homme pourqu'on l'ait représenté en fils ingrat jetant son père à la porte (Jùlicher, II, 621); car ce n'est pas l'histoire de l'ancien Phinées, mais l'association des noms Eléazar-Phinées, qui aurait déterminé l'emprunt. Il est invraisemblable qu'on ait songé au fils d'Éli (I Sam. i, 3; n, ,12).