‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 207 sur 729 · Conformément à la Loi, Lév. xix, 13 ; Deut. xxiv · texte numérisé non relu

Conformément à la Loi, Lév. xix, 13 ; Deut. xxiv

3. Julicher, II, 463. V. 8. «to8o; tov [ju<j8ov, signifie, pour le maître et l'intendant : « donne un denier à chacun », mais on ne s'en aperçoit que par la suite du récit.

4. V. 11. XajBdvTsç 8è ÈYoyyuÇov. Ss. Se. ont lu : « et voyant cela (îBovtsç), ils murmuraient », comme si les ouvriers avaient refusé le denier; mais v. 14. apov -ô adv, n'est pas à interpréter comme si les ouvriers mécontents n'avaient pas encore leur denier; il est dit expressément, v. 10, qu'ils ont touché la paye : xai eXa^ov xô àvà ?>Y)vàpiov xal aùxoî.

. 5. V. 12. ouxot ol 'sV/aroi marque une nuance de mépris; cf. Le. xv, 29-30.

pied qu'eux, qui y avaient été depuis le matin, et qui avaient eu à supporter toute la fatigue et les heures chaudes de la journée. Le maître ne remet pas de sa main l'argent aux ouvriers, mais il est censé présent, et si l'on se plaint de lui à lui-même, ce n'est pas pour montrer de la franchise, mais parce qu'on espère qu'il octroiera un supplément de récompense. Il interpelle un de ceux qui parlaient le plus haut, et lui adresse une réponse dont tous les autres peuvent faire leur profit. De quoi se plaint ce compagnon ' ? On lui donne ce qui lui est dû 2, et ce dont lui-même est convenu 3. Il n'a qu'à emporter son salaire sans mot dire 4. Est-il obligé d'être jaloux, parce qu'il plaît au maître de faire, sur son bien, des largesses à un autre 5 ? On devrait traduire à la lettre : « Faut-il que ton œil soit mauvais, parce que je suis bon? » le « mauvais œil » étant, dans la Bible, l'expression imagée de la jalousie G. Cette méchanceté de l'œil chez l'ouvrier fait contraste avec la bonté du cœur chez le maître. Cette parabole a, par elle-même, un sens très clair : le maître a été juste pour les ouvriers de la première heure, et bon pour les autres ; on n'a rien à lui reprocher ; s'il avait donné davantage aux premiers, on ne le blâmerait pas ; s'il avait donné plus aux

1. V. 13. ÉTatos (cf. Mt. xxii, 12) est une expression jde familiarité condescendante, et impliquerait aisément dédain.

2. Au lieu de oùx àSixw ae. Se. lit : « ne me fais pas d'ennuis », d'après Le. xi, 7, ce qui substitue à l'idée du droit le bon plaisir du maître.

3. 11 importe de faire valoir ici le consentement de l'ouvrier : auveçwvïjaaç jjioi. La leçon TJVEtpaSvrjaa aoi (Ss. et autres témoins) vient peut-être moins d'une

.conformation voulue avec le v. 2 (où auvecpojvrj'aa; 81 [x£Ta twv èpy<xtwv marque la réciprocité du contrat), que du désir d'attribuer la fixation du salaire au maître seul, identifié à Dieu dans l'interprétation allégorique.

4. V. 14. àpov tô <j6v xal ujcays n'indique pas de mépris pour le salaire ni de réprobation pour le réclamant, mais ce que celui-ci a de mieux à faire.

5. 6éXo) 81 TouTto tw Ij^aTO) Souvou w; xoct <Jo(. La leçon 6IXw àyw (B) transporte sur la personne l'accent qui doit viser l'acte de volonté. Le groupe des derniers est représenté par un individu, comme celui des plaignants. « Ce dernier » répond à « ces derniers », du v. 12. BDLZ omettent rt devant oùx IÇeoxiv [iot o ÔÉXw 7toiTÎ<Tai lv toï; Èjxoï; ; probablement pour éviter la répétition de cette particule dans les deux premiers membres du v. 15. Que le premier r) soit authentique ou non, il ne faut pas construire, avec Ss. et Se. : « Si je veux donner à ce dernier autant qu'à toi, n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de ce qui est à moi ? »

6. Cf. Me. vu, 22, et, dans l'Ancien Testament, Prov. xxhi, 6;xxviii, 22; Eccli. xiv, 8, 10.

derniers, on aurait lieu de le critiquer ; il s'est montré équitable envers les premiers, généreux envers les derniers. Il en est de même pour le royaume des cieux, récompense unique accordée à des mérites différents en apparence et en réalité. L'admission des pécheurs au règne de Dieu était pour les pharisiens le renversement de la justice divine. Jésus leur enseigne que Dieu accorde comme une grâce aux pécheurs repentants ce qu'il donne aux justes comme une rémunération. Lui aussi dispose de son bien comme il lui plaît, et on ne peut l'accuser d'arbitraire, parce que le repentir tardif du pécheur le rend digne de la faveur qu'il reçoit ; le salut est le même pour tous ; au lieu de se plaindre que les pécheurs y arrivent, il faut louer le Père céleste de sa miséricorde aussi bien que de sa justice *.

Au fond, la morale de cette parabole est la même que celle du Fils prodigue. Jésus n'a pas voulu enseigner que l'égalité absolue soit la loi du royaume céleste, car d'autres discours établissent une proportion de la récompense avec les sacrifices, et la distinction des places dans la cité éternelle 2 ; mais il écarte toute idée de privilège exclusif pour certains groupes, et proclame que Dieu est juste et bon pour tous les hommes de bonne volonté, sans distinction.

La conclusion : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers », ne s'adapte pas naturellement à la parabole, et, dans le sens que lui attribue Matthieu, elle la contredit. Elle peut s'entendre, à la vérité, conformément à l'idée dominante de la parabole, et par conséquent elle pourrait y avoir été rattachée dès l'origine, ou du moins dans la source de Matthieu. Comme tous les élus, justes irréprochables ou pécheurs convertis, participent au même bonheur, on peut dire, et avec une nuance de paradoxe qui n'est pas inouïe dans le langage de l'Evangile, que les premiers arrivés sont les moins bien récompensés, puisqu'ils n'ont rien de plus que les autres, et que les derniers venus sont les plus favorisés, eu égard au peu qu'ils semblent avoir fait pour mériter le royaume des cieux. L'égalité foncière de la rémunération peut s'accorder avec ce qui a été dit plus haut touchant la situation des apôtres dans la société des élus. La place qu'ils occuperont n'est pas une récompense, mais une fonction qui correspond au rôle

Page 1