‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 213 sur 729 · Par l'omission de Me. vm, 32-33 ; supr. p · texte numérisé non relu

Par l'omission de Me. vm, 32-33 ; supr. p

l'avenir du fils de l'homme 235

Marc, x, 35. Jacques et Jean, les Matth. xx, 20. Alors la mère

fils de Zébédée, s'approchèrent de des fils de Zébédée s'approcha de

lui pour lui dire : « Maître, nous lui, avec ses deux fils, en se pros-

voudrions que tu fisses pour nous ternant pour lui adresser une

ce que nous allons te demander. » prière. 21. Et il lui dit : « Que veux-

36. Et il leur dit : « Que voulez- tu ? » Elle lui dit : « Ordonne que

vous que je fasse pour vous? » 37. mes deux fils que voici soient assis,

Et ils lui dirent : « Accorde-nous l'un à ta droite, l'autre à ta gauche,

d'être assis, l'un à ta droite, l'autre dans ton royaume. » 22. Et répon-

à ta gauche, (quand tu seras) dans dant, Jésus dit : « Vous ne savez

ta gloire. » 38. Et Jésus leur dit : pas ce que vous demandez. Pou-

Vous ne savez pas ce que vous vez-vous boire la coupe que je dois

demandez. Pouvez-vous boire la boire ? » Ils lui dirent : « Nous (le)

coupe que j'ai à boire, et recevoir pouvons. » 23. Il leur dit : « Vous

le baptême dont je dois être bap- boirez en effet ma coupe ; mais

tisé? » 39. Et ils lui dirent : « Nous pour ce qui est d'être assis à ma

le pouvons. « Et Jésus leur dit : droite et à ma gauche, il ne m'ap-

« Le calice que j'ai à boire, vous le partient pas de l'accorder ; (la place

boirez, et le baptême dont je dois est) pour ceux à qui elle est desti-

être baptisé, vous le recevrez; 40. née par mon Père. »

mais pour ce qui est d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder; (la place est) pour ceux à qui elle est destinée. »

Gomme la seconde annonce de la passion, la troisième est suivie d'une querelle entre les disciples touchant les premières places du royaume des cieux. L'analogie des situations pourrait expliquer celle des incidents qui se produisent ; mais l'emploi des mêmes éléments traditionnels doit faire admettre comme seule vraisemblable l'idée de combinaisons parallèles, sur un fond commun de matériaux diversement arrangés. Une même pensée domine tout, à savoir, que le Christ viendra dans sa gloire, mais qu'il a dû mourir et ressusciter; qu'il l'avait annoncé aux disciples, mais que les disciples n'avaient pas compris cette nécessité avant que les faits ne vinssent leur ouvrir les yeux sur la portée des enseignements que Jésus avait voulu leur donner. Une préoccupation didactique a influé sur la rédaction et même sur la conception des récits. La dispute pour la première place dans le royaume n'a pu se produire naturellement qu'après une déclaration sur le prochain avènement, où il n'était point question de la mort. L'annonce de la passion est comme interpolée entre les deux faits connexes.

Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, comme s'ils n'avaient rien entendu de ce qui a été dit par Jésus touchant sa mort prochaine, et qu'ils eussent l'esprit tout rempli des douze trônes qui, selon Matthieu, ont été récemment promis à leur société1, viennent tout près de Jésus pour lui demander les deux places d'honneur à ses côtés, au jour du grand jugement. Mais, n'osant pas formuler directement leur demande, ils prennent un détour : « Maître, nous voudrions bien que tu fisses pour nous ce que nous allons te demander ». Jésus, qui voit où se porte leur désir, déjoue leur petite ruse et les oblige à déclarer nettement ce qu'ils veulent 2. On ne peut s'empêcher de soupçonner que c'est le rédacteur qui a dans l'esprit le passage de Matthieu sur les douze trônes, et qui attribue aux disciples l'idée que le Sauveur, selon la tradition plus ancienne, exprimait lui-même.

Dans le premier Evangile, ce ne sont pas les disciples qui font la demande. La responsabilité de cette démarche inconsidérée paraît d'abord transportée en grande partie sur la mère de Jacques et de Jean, Salomé 3. Elle vient avec ses deux fils, et se prosterne devant Jésus, manifestant ainsi l'intention de lui adresser une requête. Jésus l'oblige à s'expliquer sans détour, en lui demandant ce quelle veut. Alors elle sollicite pour ses enfants ce que Marc leur a fait solliciter pour eux-mêmes. Seulement, dans Matthieu comme dans Marc, la réponse que Jésus" fait à cette demande est adressée aux fils de Zébédée, non à leur mère. Gomme on doit les supposer de connivence avec elle, cette particularité n'a rien d'invraisemblable. Mais la comparaison des deux textes éveille plutôt l'idée d'un remaniement partiel, opéré sur le récit du second Evangile par le rédacteur du premier. Ce rédacteur aura fait intervenir la mère pour décharger les fils.

Jésus rappelle Jacques et Jean au sentiment de la réalité. Il ne s'agit pas de choisir des sièges dans le royaume des cieux. Il faut d'abord passer par les souffrances et la mort, boire à la coupe du

Page 1