Cf. Maldonat, I, 338 ; Scuanz, Mt
Marc, ix, 2-13. Matth., xvii, 4-15. Lie, ix, 28-36.
La transfiguration du Christ se relie étroitement, dans le cadre synoptique, à l'annonce de la passion et de la résurrection glorieuse. Elle corrige la perspective des douleurs, et prélude au triomphe. Logiquement et historiquement, ce n'est pas à l'annonce du grand avènement quelle se rattache, mais à la prédiction intercalée entre la confession de Pierre et la prophétie du royaume. Si elle se présente comme la ratification céleste de la confession1, elle la ratifie maintenant avec le commentaire qu'en donne Marc. Ni Jésus ni le premier rédacteur de la prophétie n'entendaient ajourner les disciples à une semaine pour la manifestation anticipée de la gloire messianique. Mais celui qui a introduit la transfiguration dans le second Evangile a pensé à cette anticipation, et il a trouvé un rapport entre le miracle symbolique et la promesse de la parousie; c'est ce qui lui a permis de conserver celle-ci entre ■deux additions qui se commandent réciproquement.
Marc, ix, 2. Et après six jours, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean, et les emmena seuls sur une haute monta, gne, à l'écart ; 3. et il fut transfiguré devant •eux, et ses vêtements devinrent éclatants d'une blancheur telle que nul foulon sur la terre ne peut blanchir ainsi. 4. Et Élie leur
Matth. xvii, 1. Et après six jours, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena sur une haute montagne, à l'écart ; 2. et il fut transfiguré devant eux, et son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. 3.
Et voici que leur appa-
Luc, ix, 28. Et il se passa, après ce discours, environ huit jours, et ayant pris Pierre, Jean et Jacques, il monta sur la montagne pour prier. 29. Et il advint, pendant qu'il priait, que l'aspect de son visage se fit tout autre, et son costume (devint) d'une blancheur éclatante.
Wellhausen, Me. 70.
apparut avec Moïse, et rurent Moïse et Elie, 30. Et voici que deux ils s'entretenaient avec s'entretenant avec lui. hommes s'entrete- Jésus. 5. Et Pierre, 4. Et prenant la pa- naient avec lui, qui prenant la parole, dit à rôle, Pierre dit à Je- étaient Moïse et Élie, Jésus : « Maître, il est sus : « Seigneur, il est 31. lesquels, apparaisbon que nous soyons bon que nous soyons sant dans la gloire, ici, et nous allons faire ici; si tu veux, je ferai parlaient de sa fin, trois tentes, une pour trois tentes, une pour qu'il allait accomplir toi, une pour Moïse, et toi, une pour Moïse, à Jérusalem. 3*2. Et une pour Élie. » 6. Car et une pour Élie. » 5. Pierre et ceux qui il ne savait que dire, Gomme il parlait en- étaient avec lui étaient parce qu'ils étaient core, voici qu'une nuée accablés de sommeil ; effrayés. 7. Et il vint lumineuse les couvrit ; et, se tenant éveillés, une nuée qui les cou- et de la nuée sortit ils virent sa gloire et vrit, et une voix sortit une voix qui disait : les deux hommes qui de la nuée : « Celui-ci « Celui-ci est mon Fils étaient avec lui. 33. Et est mon fils bien-aimé ! bien-aimé, en qui je il advint, quand ils se Ecoutez-le. » 8. Etaus- me complais. Ecoutez- séparèrent de lui, sitôt, regardant à l'en- le. » 6. Et entendant que Pierre dit à Jésus : tour, ils ne virent plus (cela), les disciples « Maître, il est bon que personne que Jésus seul tombèrent sur leur nous soyons ici; et nous avec eux. face, et ils furent très allons faire trois tentes, effrayés. 7. Et Jésus une pour toi, une pour s'approcha et, les tou- Moïse, et une pour chant, leur dit : « Le- Elie », ne sachant ce vez-vous, et ne crai- qu'il disait. 34. Et gnez point. » 8. Et comme il disait ces levant les yeux, ils ne choses, il vint une nuée virent personne qUe qui les couvrit ; et ils Jésus seul. furent effrayés quand ils entrèrent dans la nuée. 35. Et de la nuée sortit une voix disant : « Celui-ci est mon Fils élu. Écoutez- le. » 36. Et quand la voix eut passé, Jésus se trouva seul.
L'indication des six jours1 est d'une précision inusitée dans les récits du ministère galiléen. Elle veut signifier la relation qui existe entre la transfiguration et la première annonce, de la passion. Une semaine, le temps compris entre deux sabbats, est censée avoir séparé l'une de l'autre. Ainsi la majesté de Dieu reposa dans le nuage, sur le Sinaï, pendant six jours, et se révéla le
1. Me. 2. xatt \Lîxh ïjuipa; sÇ reapaXa^avet 6 'I^tou; tov niirpov xtX.
septième1. On ne voit pas où tend la donnée plus vague de Luc : « environ huit jours 2 ». Ce ne doit pas être une correction volontaire, puisque, si l'évangéliste avait voulu compter six jours d'intervalle, avec deux jours, précédent et subséquent, marquant les deux termes de l'octave, il n'aurait pas dit : « environ ». Il aura pensé à ces deux termes, n'aura pas vu la signification symbolique du chilFre six, et se sera mis huit dans l'esprit, en considérant la donnée comme approximative, parce que le contexte n'en fournissait point d'analogue.
Jésus prend avec lui les trois disciples qui lui étaient le plus dévoués, et qui jouissaient plus que tous les autres de sa confiance, à savoir, Pierre et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean. Ce sont les mêmes qui ont assisté à la résurrection de la fille de Jaïr3, et qui assisteront à l'agonie de Gethsémani 4. Le parallélisme des récits pourrait correspondre à une réalité. Mais, dans les trois cas, le narrateur est préoccupé de garantir, par le témoignage des disciples les plus intimes, un fait significatif qui est censé avoir été ignoré des autres apôtres avant la résurrection. Les trois récits, dans leur forme actuelle, appartiennent à la même couche de rédactionnelle, et les mêmes préoccupations théologiques et apologétiques, le même art symbolique ont dû avoir part à leur formation.
Ni Marc ni Matthieu ne déterminent la montagne où Jésus conduit ses disciples : ils disent seulement que c'était une haute montagne5. Luc dit « la montagne1' », et l'on pourrait croire que la scène se passe en Galilée, sur la montagne où le Sauveur a choisi ses apôtres 7 : les circonstances que l'évangéliste ajoute au récit de Marc, la prière et la nuit, établissent entre les deux situations une parfaite analogie. Le symbolisme religieux de Marc tourne dans