‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 290 sur 729 · Cf. vm, 12 ; xm, 50; I · texte numérisé non relu

Cf. vm, 12 ; xm, 50; I

gorie. C'est Dieu qui condamne le pécheur au supplice éternel. On ne lierait pas les mains et les pieds de l'homme 1 s'il s'agissait seulement de le mettre à la porte, et il serait enfantin d'entendre par les ténèbres extérieures l'obscurité de la rue, par les pleurs et le grincement de dents le dépit du malheureux qui se voit privé d'un bon dîner.

On ne saurait dire si la sentence : « beaucoup d'appelés, peu d'élus » ~, qui sert de conclusion à la parabole, est à mettre dans la bouche du roi ou dans celle de Jésus. 11 va de soi que cette sentence ne concerne pas la question théologique de la prédestination , ni le rapport absolu de la vocation à l'élection 3. Elle ne se relie pas bien à la parabole ; car, si les appelés sont les premiers invités, il n'y a pas d'élus parmi eux ; et si ce sont les convives pris dans la rue, tous sont élus, sauf un seul. La parole sans doute est authentique, mais, comme Luc ne l'a pas en cet endroit, on peut croire que c'est le rédacteur du premier Evangile qui l'aura associée à l'histoire du Festin. Matthieu a voulu surtout faire entendre à ses lecteurs chrétiens qu'il ne suffît pas d'être appelé pour être élu. La physionomie générale du récit devient ainsi tout autre que dans Luc : c'est toujours le judaïsme incrédule qui est d'abord exclu du festin, mais l'élite qui y est admise ne s'oppose pas à la masse réprouvée comme un groupe de pauvres à un groupe de riches ; les vrais justes, ceux qui sont conformes au type décrit dans le discours sur la montagne, s'opposent aux faux justes, aux pharisiens et à ceux qui leur ressemblent; et si, parmi les chrétiens, adeptes présumés de la vraie justice, il s'en trouve qui ne l'aient pas réellement, ils seront aussi jetés dehors, en enfer. La réprobation des Juifs a été figurée par la destruction de la ville royale; mais l'élection des Gentils n'est pas autrement signifiée par la suite de l'histoire. Matthieu a l'idée d'une révolution morale, la substitution des justes d'action aux justes de nom 4.

1. Cf. xni, 30; I, 765. Au lieu de Srjaavxeç aùxou xo'oaç xal yj.ïp<xç sxpaXsxe aùxôv xxX., D, Ss. Se, plusieurs mss. lat. lisent, dans Mt. 13. apôtre aùxôv xo8wv xai -/eipwv xal âxpàXsxs xxX., peut-être parce qu'on a trouvé l'action de lier peu convenable à la circonstance ; mais quel besoin le roi avait-il de dire qu'on prît l'homme par les pieds et les mains pour le jeter dehors ? Cf. Jûlicher, II, 425.

Page 1