Origène, Lactance, s. Jérôme
dant de tous les fidèles, en faisant parler ensuite les réprouvés comme s'ils avaient connu Jésus, il a semblé ne faire juger que les croyants bons et mauvais. La perspective du jugement est la même que dans le commentaire de l'Ivraie et le supplément du Festin. Mais on ne doit pas oublier que Matthieu fait prêcher l'Evangile à toutes les nations avant le grand jugement, et qu'il peut les supposer converties. L'incohérence qui a frappé les commentateurs existe plutôt dans leur pensée que dans celle del'évangéliste, et c'est prêter à ses descriptions une rigueur étrangère àson intention, que de voir, dans ce jugement de toutes les nations, celui des païens non convertis, à l'exclusion des Juifs et des chrétiens *, Au lieu d'une incohérence, il y aurait une véritable contradiction dans la mise en scène. Le tableau du grand jugement fait, jusqu'à un certain point, double emploi avec ce qui a été dit plus haut du recrutement des élus par les anges; il n'en est pas la suite. C'est une autre représentation, plus complète, de la fin, et qui est à interprêter par elle-même.
Le Juge séparera tous les hommes, assemblés devant lui, en deux groupes, les bons et les méchants, comme un berger qui sépare les brebis d'avec les boucs. Il mettra les brebis, c'est-à-dire les justes, à sa droite, leur marquant déjà sa faveur par la place qu'il leur assigne, et les boucs, c'est-à-dire les méchants, à sa gauche. Pourquoi les justes sont-ils assimilés aux brebis, et les pécheurs aux boucs ? Parce que la brebis est conçue comme un animal précieux, et le bouc comme un animal sans valeur, disent beaucoup d'exégètes2. Cependant l'évangéliste paraît s'inspirer ici d'un passage d'Ezéchiel 3 où les brebis figurent les pauvres, et les boucs les riches violents et injustes. Il est donc plus probable que les brebis, en leur qualité d'animaux humbles et doux, représentent les justes, et que les boucs, en leur qualité d'animaux violents et indociles, représentent les méchants 4. La suite delà description n'est pas tout à fait en rapport
1. B. Weiss, E. 148. Holtzmann, 268. Du point de vue de xxv, 31-46, il n'est pas vrai qu'Israël soit jugé depuis xxiv, 21, et les élus réunis au Christ depuis xxiv, 31. Ceux qui sont dits oî Sîxaioi, xxv, 37, ne sont-ils pas des élus? I Cor. vi, 2-3 procède d'une autre conception que Matthieu. Cf. Schanz, Mt. 498.
2. B. Weiss, loc. cil. Le. xv, 29, n'est pas à citer en faveur de cette opinion.