Voir, par ex., Brandt
question du jour peut très bien être en rapport avec une conception doctrinale qui n'est pas la même dans les Synoptiques et dans le quatrième Évangile ; et si une donnée peut être historiquement préférée à l'autre, ce n'est pas pourtant à raison de sa plus grande probabilité qu'elle a été choisie dans tel ou tel Evangile, mais à cause de l'enseignement qui s'en dégageait pour les croyants. Dans les Svnoptiques, l'institution de l'eucharistie coïncide avec le festin pascal : le Christ, dit Paul, est notre pâque 1 ; cet agneau pascal est mangé par les fidèles lorsqu'ils prennent part, selon ses instructions, au banquet eucharistique. Chez Jean, la mort de Jésus coïncide avec l'immolation des victimes 2 : Jésus, dans la théologie johannique, est l'agneau de Dieu, immolé pour le salut du monde. Ces rapprochements constituent pour les évangélistes, et pendant bien longtemps ils constituèrent pour la tradition, l'intérêt principal des dates qui les font ressortir. La question du plus ou moins d'exactitude n'est pas de celles qui préoccupent ordinairement les écrivains bibliques.
Il est vrai pourtant qu'un souvenirhistorique plus précis pourrait être à la base de l'une ou de l'autre tradition. Beaucoup de modernes abandonnent la date synoptique et préfèrent celle de Jean, à cause des invraisemblances qu'ils trouvent dans la première. On ne conçoit pas, disent-ils, que ce jour de repos sacré, observé aussi rigoureusement que le sabbat, et qui commençait le soir du \ 4 nisan par le festin pascal, ait pu voir l'arrestation de Jésus, son jugement par lesanhédrin, sa comparution devant Pilate, et enfin lesupplicedu Christ. L'argument ne manque pas de valeur, et les tenants de la date synoptique n'y répondent peut-être pas d'une manière satisfaisante sur tous les points. Mais ils ont un argument de force au moins égale à opposer à leurs contradicteurs: c'est que, vu le caractère du quatrième Evangile, toutes leschances sont pour que la date indiquée par celui-ci ne soit pas autre chose qu'une transformation symbolique des données antérieures. Certains partisans delà date johannique déclarent que le Sauveur a anticipé la célébration delà pâque, soit de sa propre autorité, soit en vertu de prétendues coutumes qui auraient existé chez les Juifs- ou chez les Galiléens : il ne paraît pas possible de les