Cf. Mt. xxvi, 3, 4, 14 ; supr. p
3. fiETajxsXyiGeîi; -£(JTp£^£v là Tpiaxovra àpyupta rot? âp-^ispsuaiv xal jrpeaPuTspoi;. Cf. p. 623, n. 4.
4. V. 4. fj\xap-ov rcapaSoù; alixa àôwov. Cf. Deut. xxvii, 25.
A. Loisy. — Les Évangiles synoptiques, II. 40
gagné, et de remployer comme il voudra. Le traître s'en va jeter l'argent dans le naos, c'est-à-dire dans le sanctuaire, où les prêtres seuls avaient le droit de pénétrer; puis il s'éloigne en toute hâte, pour n'être pas arrêté et forcé de reprendre son argent ; il se pend, à l'instar d'Achitophel *, pour finir ses jours, et se soustraire au reproche de sa conscience -.
Abstraction faite des invraisemblances, tout cela n'a pu se passer en quelques minutes : l'évangéliste n'en continue pas moins son récit, et il représente les chefs des prêtres ramassant l'argent, délibérant sur l'usage qu'ils en feront, et procédant à l'achat qu'ils ont décidé. Ils se voient contraints de garder l'argent; ils ne veulent pas néanmoins le mettre dans le trésor, parce que ce prix du sang leur paraît une chose impure, abominable aux yeux du Seigneur, comme était le salaire de la prostitution, que la Loi 3 défendait d'apporter au trésor du temple 4. Il va de soi qu'un tel sentiment se comprend mieux selon l'esprit du rédacteur que par rapport aux prêtres qui avaient eux-mêmes payé Judas avec l'argent du sanctuaire.
Après avoir tenu conseil, ils achètent un champ, dit « champ du potier », qu'ils affectent à la sépulture des étrangers 5, c'est-àdire des Juifs et prosélytes venus de pays étrangers pour les fêtes, et qui mouraient pendant leur séjour à Jérusalem. L'évangéliste ajoute, que de son temps, le champ acheté avec l'argent de Judas, s'appelle encore « champ du sang » 6. On voit qu'il a dû se passer beaucoup d'années entre l'époque présumée de l'acquisition et le moment où écrit l'évangéliste. Le lieu dit Hakeldama a certainement existé : son rapport avec Judas est beaucoup moins garanti.
Cette tradition du premier Evangile touchant la fin de Judas et « le champ du sang » n'est pas la seule qui ait eu cours dans l'anti-
1. Cf. II Sam. xxii, 23 (LXX). xai 'A'/£tTo'«pEX elSev oxi oùx lysvTj'ÔT] îj jîouXr] auTou,... xat à-T]X6£v £t{ tov otxov auTOu , xal àxrJyÇato.
2. V. 5. xat pt'^aç Ta àpyupta eîç tov vaôv iwevt6p^«lv, xal àneXGwv âmrfyÇaTO.