‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 586 sur 729 · ix, 9; I · texte numérisé non relu

ix, 9; I

DEVANT PILATK 637

qu'il fait au Christ demeurent sans réponse 1. Les accusateurs produisent de nouveau tous leurs griefs. Mais Hérode ne prend au sérieux ni leurs plaintes, ni son rôle de juge. N'ayant pu contenter sa curiosité, il trouve moyen de se divertir autrement en se moquant de Jésus <( avec son armée » (il ne faut pas demander comment Hérode peut avoir des « troupes » à Jérusalem), et en le faisant revêtir d'une robe éclatante, comme un roi de théâtre2. Il le renvoie ainsi à Pilate, qui se retrouve dans la même situation qu'auparavant.

Hérode lui avait rendu politesse pour politesse en déclinant le jugement de la cause. Le tétrarque et le procurateur, qui n'étaient pas jusqu'alors en bonne intelligence, sans doute parce qu'on les suppose l'un et l'autre jaloux de leur pouvoir, et que le prince hérodien convoitait la Judée, sont au moins pour un temps réconciliés3. Mais Pilate est obligé de prendre une décision. Il interpelle les membres du sanhédrin et la foule 'l qui suivait la marche de l'affaire, pour déclarer encore une fois que les accusations portées contre Jésus ne sont pas fondées, qu'Hérode est d'accord avec lui sur ce point5, et qu'il va mettre le prisonnier en liberté. Toutefois, pour

1. V. 9. aùxô? os oûo'sv sjctxpfvaro aùroi. Cf. p. G33, n. 5.

2. V. 11. s£o'j(kvT)'aa; 81 aùrôv fHpo>8ï); <jyv toï; a7paTê'j!j.aaiv aÙToiï xat l|i.î:at?a;, -Epi(3aXwv èa0r)Ta Xaujîpàv àvsnôa^sv aùtôv toi IleiXà-w. Il n'est pas possible de voir dans les orpatTSufiata d'Hérode les quelques gardes qui l'accompagnaient dans ses voyages (cf. Brandt, 116). Dans YEv. de Pierre, 2, c'est Hérode qui donne des ordres aux exécuteurs de Jésus.

3. Sur ce détail de l'amitié entre Hérode et Pilate, cf. le fragment de YEik de Pierre, 4, où Hérode appelle Pilate « frère ».

4. V. 13. ouvxaXsuàfJievoç xoù; âpyupsî; xa!. tov Xadv ne suppose pas que tout ce monde ait dû être convoqué par Pilate (cf. ix, 1 ; xv, 6, 9; Me. xv, 16) ; c'est une reprise du récit, après l'espèce de parenthèse du v. 12. Quant aux «.pyovxzs (cf. xxm,35; xxiv, 20), c'est une désignation générale des sanhédristes.

5. Les vv. 13-14 sont une introduction à l'histoire de Barabbas; le v. 15 est une surcharge pour accorder cette histoire avec le récit concernant Hérode. Dans ce v. nBL etc. lisent àvsjîsjjL^ev yàp aùiôv 7tpô; rj^-a;; AD, Ss. Se. mss. lat. Vg., àvÉTC£|j.'}a yàp u;xàî (Ss. Se. ont lu aùxdv) r.po$ aÙTo'v, leçon qui peut s'autoriser du v. 7, tandis que l'autre se réfère au v. 11. Il est bien risqué de trouver, avec B. Weiss, Lk. 663, dans le ^poç i^à; du texte alexandrin la preuve que la source de Luc ne conduisait pas les prêtres chez Hérode. Il y a eu, d'un côté ou de l'autre, correction réfléchie; mais la leçon occidentale s'accorde peut-être mieux avec le contexte : Hérode n'a pas plus trouvé que Pilate, car celui-ci lui avait renvoyé les accusateurs, et le tétrarque n'a pas jugé que l'ac-

donner satisfaction aux plaignants, il consent à faire flageller l'accusé avant de le renvoyer l. Au lieu d'accepter la mise en liberté de Jésus dans ces conditions, les chefs des prêtres et les magistrats demandent sa mort et la liberté de Barabbas. Ainsi Luc rejoint le récit de Marc, à l'égard duquel cette histoire d'Hérode se présente comme une intercalation artificielle. L'incohérence de la rédaction, à l'endroit où Pilate mande les sanhédristes, qui cependant auraient dû retourner avec Jésus chez le procurateur, tient à l'effort que Luc doit faire, après avoir donné en racourci le jugement du Christ par Hérode, pour rejoindre le récit de Marc touchant Barabbas 2.

La critique moderne a vivement attaqué ce morceau du troisième Evangile, y voyant une fiction légendaire que Luc aurait accueillie ou même inventée 3. La dernière hypothèse doit être écartée comme invraisemblable, car l'évangéliste dépend partout ailleurs de documents écrits. Il a trouvé la mention d'Hérode dans un des évangiles qu'il a connus et utilisés. Cet évangile méritait-il une confiance entière ? Luc n'en aurait-il pas quelque peu modifié la donnée pour l'encadrer dans sa relation? On a observé que, n'ayant pas dit que Jésus se tut devant Pilate, il a placé ce trait dans la comparution devant Hérode ; que les accusations des prêtres semblent amenées dans le récit par une transposition semblable; que les soldats d'Hérode et la « robe brillante » remplacent de même les soldats romains, qui, dans les deux premiers Evangiles, et dans le quatrième, revêtent le Sauveur d'une robe de pourpre. « La robe brillante 5 » dont parle Luc n'est pas nécessairement une robe blanche, et, supposé que cela soit, l'évangéliste n'a peut-être pas cru pouvoir montrer un roi se moquant de la pourpre 6.

cusé fût digne de mort. La leçon alexandrine s'explique par le fait qu'on aura jugé plus naturelle la référence au dernier renvoi, v. 11, qu'au premier, v. 7. Ss. omet les vv. 10-12, et Wellhausen, Le. 132, y voit une glose surajoutée. Mais, si embarrassée que soit la reprise des vv. 13-15, la mention explicite du renvoi devant Pilate paraît indispensable entre le v. 9 et le v. 13.

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