Cf. B. Weiss, Mk
Pilate aurait cru, non sans raison, que les prêtres étaient jaloux du crédit que Jésus avait acquis près du peuple *. Mais le peuple était disposé maintenant à suivre l'impulsion de ses chefs religieux. Par l'instigation des prêtres, et au désappointement de Pilate, la foule demande qu'on lui accorde la liberté de Barabbas plutôt que que celle de Jésus 2. Ce brusque revirement serait très difficile à expliquer selon la vraisemblance. Que le peuple, devant Jésus captif, ait passé subitement de l'admiration à la haine, et que, non content de lui préférer Barabbas, il ait demandé avec rage que Pilate le crucifiât ; que Pilate se soit prêté aussitôt à ce furieux caprice; que les prêtres aient eu le temps, entre la proposition de Pilate et la réponse du peuple, qui ne pouvait comporter un délai, de changer les dispositions de la foule : ce sont autant de traits qui conviennent mieux à la fiction légendaire qu'à l'histoire, et qui ressembleraient plutôt à un effet de théâtre, dans un mélodrame ou une pièce enfantine, qu'à la réalité.
Pilate, trompé dans son attente par le choix que les Juifs ont fait de Barabbas, demande, avec une naïveté aussi peu conforme à sa situation qu'à son caractère personnel, ce qu'il fera de celui qu'on lui a dénoncé, et que le peuple semblait disposé à regarder comme roi des Juifs 3. La foule répond : « Crucifie-le. » En disant que la foule, consultée au sujet de Jésus, cria de nouveau : « Crucifie-le 4», l'évangéliste semblerait donner à entendre que les Juifs, dans leur réponse à la proposition de Pilate, ne s'étaient pas contentés de réclamer la grâce de Barabbas, mais qu'ils avaient positivement demandé l'exécution de Jésus \ Pilate ne se rend pas tout de suite. Il lui répugne de livrer à la mort un innocent, et il se constitue près de la foule ameutée l'avocat du Christ, déclarant qu'il ne trouve pas dans la conduite de l'accusé matière à condamnation : mais le
i. V. 10. ÈytvtoaxEv yàp on 5ià «pQôvov rcapaBeScoxEiuav aùirôv oî àp^ispeïç.
2. V.. 11. o! 8è àpy i£p£ïç àvsaetaav tôv ô'/Xov î'va jjiàXXov tÔv Bapaj3§av ànoXûaT) aÙTOtç.
3. V. 12. 6 oè IlEiXaTo; rcâXiv àr.oy.piQdz IXrfSV auToïç* xl oùv ôe'Xete (nBC omettent OeXete) 7:otT)'(j(i) ov Xiystt (cette périphrase aide à entendre le v. 9; cependant B omet ov, et AD ov XéyETE) tôv (3aaiXÉa twv 'IouSai'wv;