Brandt, 318. Cf. Holtzmann, 183 ; J. YVeiss, AE
A. Loisy. — Les Évangiles synoptiques, II. 46
tombeau vide ; cette découverte apparaît ainsi comme un argument en faveur de la foi depuis long-temps acquise.
Le caractère secondaire du récit tout entier semble résulter de ce que la source de Marc où Ton a trouvé plus haut les seuls renseignements que l'histoire puisse retenir sur les circonstances du dernier repas, de l'arrestation, du jugement et de la mort du Christ, et même la prophétie de la dispersion des disciples, déjà secondaire par rapport à la rédaction originale de cette source, ne prévoient pas que les apôtres puissent être encore à Jérusalem le surlendemain de la passion. Le récit du tombeau vide les y suppose ; mais on dirait que le rédacteur n'a pas osé aller jusqu'au bout de son hypothèse, puisqu'il ajoute que le message dont les femmes étaient chargées pour eux n'a pas été réellement transmis. Homme de foi ardente, avec l'imagination d'un visionnaire, mais esprit simple, il reste dominé par la tradition qu'il veut compléter, et qu'il corrige maladroitement. S'il a terminé son Evangile, comme il est possible, par la découverte du sépulcre abandonné, c'est qu'il croyait fournir delà résurrection une preuve matérielle et objective, moins discutable que le témoignage personnel de ceux qui disaient avoir vu Jésus ressuscité K La difficulté de cette preuve a été sentie plus tard, et Matthieu en a tenu compte. Marc n'en a vu que les avantages. Mais on dirait qu'il la propose avec tous les ménagegements exigés'par une tradition qui ne la connaissait pas ; qui ne faisait naître la foi à la résurrection que chez les apôtres déjà retournés en Galilée, et qui n'avait absolument rien à dire sur les circonstances de la sépulture de Jésus, en tant du moins que ces circonstances auraient eu quelque rapport avec la description que Marc a voulu esquisser de la résurrection. C'est ce qui explique la bizarrerie d'un rendez-vous à si grande distance, quand le Christ aurait eu si facile de se montrer sur place à ses disciples. Luc, Jean et même Matthieu ont senti la difficulté d'une telle combinaison, et il n'est pas malaisé de voir pourquoi les apparitions ont été ramenées à Jérusalem.
Que la découverte du tombeau vide soit néanmoins l'explication indispensable de la résurrection du Christ le troisième jour après
1. Cf. Brandt, 320, 331 ; J. Weiss, AE. 342-345 ; Wellhausen, Me.
sa mort !, c'est ce qui n'est aucunement évident. L'incident du tombeau vide n'était pas nécessaire pour fixer la date de la résurrection. Peut-être convient-il de rappeler que la date du vendredi pour la passion est indiquée seulement dans le récit de la sépulture, et que le choix de ce jour pourrait appartenir au rédacteur qui a conçu ou du moins systématisé toute cette histoire de l'ensevelissement et du tombeau vide. Il paraît bien qu'on n'y est pas arrivé sans quelque tâtonnement. Rien ne prouve que Paul 2, en affirmant que Jésus était ressuscité le troisième jour, ait entendu déjà par ce jour le surlendemain de la mort, le ^dimanche d'après le vendredi saint. Il pouvait entendre le troisième jour au sens propre, en plaçant trois jours d'intervalle entre la mort et la résurrection. En tout cas, il ne fonde pas cette date sur un fait d'expérience, mais sur « les Ecritures ». Le rédacteur des prophéties de la passion, qu'on lit dans Marc3, dit que Jésus devait ressusciter « après trois jours » ; cela peut s'entendre du troisième jour, mais cette indication pourrait être en rapport avec l'interprétation du signe de Jonas dans Matthieu, et là les trois jours sont des jours pleins '*. Le chiffre « trois » est primitif en ce sens qu'il a dû être admis à peu près en même temps que l'idée de la résurrection : nombre sacré, qui s'imposait presque pour des motifs non réfléchis ; placer la résurrection plus tôt aurait semblé supprimer la mort ; la placer plus tard était inconcevable, parce que ce n'aurait plus été la résurrection d'un homme ou d'un corps, mais d'une pourriture. Les rapprochements bibliques r> ont aidé à la fixation du chiffre. Il n'est pas téméraire de penser que l'adoption du « troisième jour », entendu au sens traditionnel °, est en rapport avec l'identification