LXXXVIII LE RESSUSCITÉ
Matth. xxviii, 16-20. Luc, xxiv, 13-53.
Les récits évangéliques où sont racontées les apparitions du Christ ressuscité ne sont pas le plus ancien témoignage écrit du Nouveau Testament sur le sujet. Saint Paul, voulant prouver que la résurrection des morts sera une réalité physique et une véritable résurrection des corps, écrivait aux Corinthiens J, bien avant qu'un seul de nos Evangiles canoniques fût rédigé 2 : « Je vous ai enseigné en premier lieu ce que j'avais appris moi-même : que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ; qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères ensemble, dont la plupart vivent encore à présent, et quelques-uns sont morts ; ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres; après tous les autres, comme à l'avorton, il m'est
apparu aussi. Car je suis le moindre des apôtres Mais soit moi,
soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru. »
L'intention, que montre l'Apôtre, d'énoncer dans l'ordre chronologique les apparitions principales du Christ ressuscité, donne à son témoignage une signification particulière. Mais la mention du miracle qui l'a converti est doublement instructive. Paul n'a pas vu le Sauveur sur le chemin de Damas, il n'a fait que l'entendre 3,
1. On admet communément que les Épîtres aux Corinthiens ont été écrites en l'an 57. Harnack les place en 52-53.
2. I Cor. xv, 3. ^apéSwxa yàp ujaiv Iv rpoiro'.;, o xat ::apéXa|3ov, OTt Xpt<xrô; à:d0ave> urcèo xtov àuapT'.wv f(ijLâiv xaTa Ta; ypa^pa;, xat on STaçr], Xat OTt s-pJYeptai T7j »]fASpx tï) tpttT) xarà ta; ypaça;, 5. xaî OTt wçOr) Krjça, slra toï; 8to3exa- 6. s'îieira wçôr; gjuàvfo revTaxoatoi; àosXçpot; espaça?, iÇ wv oî jïXsîove; [iÉvoyatv i'w; âprt, TtvÈ; 8s lxot[i.^'Orj(jav' 7. SxctTflt wcpôï) 'IaxoSjBo), gîta toi; arcoTTÔXot; jcàatv' 8. KayaTOv ol 7:àvTtov wsjrepd t<~» IxTptojxaTt wçÔt; xàixot.
3. Cf. Act. ix, 1-19 ; xxu, 1-21 ; xxvi, 9-18 ; Gai., i, 15-17 ; I Cor. ix, 1.
entendre une voix, après avoir été ébloui par une lumière. Néanmoins il compte ce phénomène pour une apparition, pour une vision, de même nature et de même portée que celles dont Pierre et les premiers fidèles du Christ ont été favorisés. Il se représente ces apparitions comme des incidents passagers; il n'a pas l'idée d'un séjour continu du Ressusscité auprès des siens, des quarante jours de vie commune dont parle l'auteur des Actes1. On peut ajouter qu'il n'a pas non plus l'idée de scènes analogues à celles que Luc décrit dans son dernier chapitre. De plus, la conversion de Paul n'a eu lieu qu'assez longtemps, plusieurs années peut-être après la résurrection du Christ; le miracle qui l'a provoquée ne laisse pas d'être rangé dans la série des manifestations par lesquelles Jésus lui-même a prouvé a l'Eglise naissante qu'il était ressuscité. Il est vrai que la vision de Paul vient la dernière, et rien n'empêche d'admettre un intervalle notable entre cette vision et l'apparition «à tous les apôtres », qui est mentionnée auparavant ; mais on irait contre toutes les vraisemblances en isolant complètement les cinq premières apparitions de la sixième, et en plaçant toutes celles-là le même jour, ou dans une courte suite de jours, à égale distance de la dernière.
Bien que Paul n'indique ni le lieu ni le temps des apparitions, il donne suffisamment à entendre qu'elles se sont produites en des endroits différents et à des intervalles plus ou moins inégaux et éloignés. On peut dire aussi que l'Apôtre ne connaissait pas d'autre apparition importante que celles dont il a parlé. Ou bien il a ignoré, comme Marc et Luc, l'apparition du Sauveur aux femmes, ou bien il l'a jugée accessoire. Mais il ne paraît pas même soupçonner l'histoire de la découverte du tombeau vide : il serait puéril de supposer qu'il n'en dit rien pour ne pas alléguer un témoignage de femmes 2. L'histoire des disciples d'Emmaùs lui était inconnue : il y aurait plus que de la subtilité à soutenir que Paul l'a omise parce qu'il ne parle que des témoins officiels de la résurrection 3, comme si les « cinq cents frères » étaient des témoins plus officiels que ces deux disciples.
En observant que les apôtres enseignent la même chose que lui,