Opinion de Holtzmann, loc. cit
qu'il a interprété symboliquement l'épisode de l'enfant et celle de l'exorciste, que Marc amène en cet endroit la leçon contre le scandale des petits. Mais il n'est pas autrement certain que Jésus ait parlé des petits en tant que déjà croyants, non simplement en tant que masse dédaignée où Dieu cherche ses élus, et où lui-même recrute ses fidèles. L'introduction de Luc : « Et il dit à ses disciples », pourrait bien aussi ne pas venir de source, car la leçon convient plutôt aux orgueilleux sectateurs de la Loi, qu'aux « petits » qui s'étaient attachés à Jésus, et l'on concevrait que le Sauveur l'eût adressée aux pharisiens, dont la conduite à l'égard des pauvres et de tous ceux qu'ils traitaient de pécheurs n'était pas faite pour amener ceux-ci à Dieu.
Marc, ix, 43. » Et si ta main est pour toi un sujet de scandale, coupe-la : mieux vaut que tu entres manchot dans la vie, que d'aller, ayant deux mains, dans la géhenne, dans le feu inextinguible. 45. Et si ton pied est pour toi un sujet de scandale, coupe-le : mieux vaut que tu entres dans la vie estropié, que d'être, ayant deux pieds, jeté dans la géhenne. 47. Et si ton œil est pour toi un sujet de scandale, jette-le : mieux vaut que tu entres borgne dans le royaume de géhenne, 48. où le ver
Mâtth., xviii, 8. « Et si ta main ou ton pied sont pour toi un sujet de scandale, coupe-les et jette-les loin de toi :
mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou estropié, que d'être, ayant deux mains ou deux pieds, jeté dans le feu éternel. 9.
Et si ton œil est pour toi un sujet de scandale, arrache-le etjettele loin de toi : mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie, que d'être, ayantdeuxyeux, jeté dans la géhenne de feu. »
Dieu, que d'être, ayant ne meurt pas et où le feu
(Mattii., v, 29. « Si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jettele loin de toi ; car mieux vaut pour toi qu'un de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne.
30. Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi; car mieux vaut pour toi qu'un de tes membres périsse, et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne. »)
deux yeux, jeté dans la ne s'éteint pas.
L'idée 'du scandale donné éveille celle du scandale reçu, ou plutôt le seul mot de « scandale » rappelle une autre leçon où le même mot se trouve en évidence. De là vient que Marc, probablement d'après la source commune, introduit ici un avertissement concernant les occasions de chute, et que le rédacteur du premier
Evangile en fait autant, bien qu'il ait inséré déjà le même morceau, sans doute aussi d'après la source, dans le discours sur la montagne [. Luc a pu omettre ce développement à cause de la forme paradoxale du conseiJ, qu'il trouvait peut-être choquante ou sujette à malentendu. Prise en soi, la sentence ne vise pas le danger où l'on est de pécher quand on s'élève au-dessus des autres, ni l'obligation de sacrifier ce qui devient une occasion de chute scandaleuse pour le prochain 2, bien que la fin du discours dans Marc autorise à penser que cette idée pourrait être celle de l'évangéliste. Il s'agit des occasions de péché que peuvent susciter à chacun sa nature, sa situation, ses relations, son genrede vie. Dans le discours sur la montagne, la main et l'œil étaient seuls mentionnés comme conducteurs de la tentation ; la source y ajoutait sans doute le pied, que Matthieu aura pu omettre d'abord pour atténuer la répétition. L'idée reste la même : se mortifier en tout ce qui est sollicitation au péché. Ce dont on se prive est peu en comparaison de ce que l'on gagne, et le plaisir défendu ne compte pas devant le dommage qu'il cause.
Matthieu n'ajoute rien à la mention de la géhenne ; les compléments qu'on lit dans Marc ont donc chance de ne pas venir de source; ils ont un certain air de glose, et l'on pourrait se demander s'ils existaient dans le second Evangile quand le premier fut rédigé. Le ver qui ne meurt pas et le feu qui ne s'éteint jamais sont des traits empruntés au livre d'isaïe, où il est dit que les cadavres des impies resteront étendus dans la vallée de Hinnom, la géhenne :!, perpétuellement rongés des vers, perpétuellement brûlés par le feu. On jetait là toutes sortes de débris, et on y brûlait des cadavres ; la pourriture s'y rencontrait à côté des bûchers. Dans Isaïe, la description signifie plutôt la ruine éternelle des impies que leur supplice; ici l'idée de souffrance l'emporte, et les termes employés ne semblent pas devoir être pris trop à la lettre, puisque les vers ne peuvent être censés subsister avec le feu. Ces vers ne désignent pas le remords de la conscience, mais une peine horrible et dégoûtante, dont ils sont l'expression figurée, à savoir la putréfaction permanente, que le feu n'est pas supposé empêcher, et