Cf. Mt. v, 32 ; I
l'économe infidèle 167
teurs de Maramon; il en est de même du riche dont le sort final est comparé à celui du pauvre Lazare. Mais ce riche ne représente pas seulement le pharisien avare et orgueilleux, il est encore le judaïsme incrédule; à la fin de la parabole, Abraham le renverra, ainsi que ses frères, à Moïse et aux prophètes, pour y apprendre la vraie foi. Les sentences concernant le rapport de la Loi et de l'Evangile sont en correspondance avec cette conclusion, tandis que les réflexions sur l'orgueil et la grandeur que Dieu déteste sont en relation avec le corps de la parabole. Le rédacteur du troisième Evangile a probablement trouvé la parabole entière avec sa double introduction. Celui qui avait inséré les considérations sur la Loi et les Prophètes n'a pas dû regarder l'Ecriture comme une leçon de pénitence pour les Juifs, mais comme le témoin providentiel de l'Evangile : la Loi et les Prophètes sont arrivés à leur terme quand l'Evangile a commencé, mais ils sont arrivés aussi à leur accomplissement; ils se vérifient maintenant dans l'Evangile, et on ne peut plus les en séparer; qui croit sincèrement à eux doit croire au Christ, et qui croit au Christ réalise la perfection de la Loi. A-t-on voulu signifier, par l'exemple du divorce, que l'Evangile et la Loi sont unis indissolublement, et que ce serait une sorte d'adultère, un crime horrible devant Dieu, de vouloir l'un sans l'autre? ' Le rapport avec la finale de la parabole inviterait presque à le penser. Rien n'indique une leçon donnée aux pharisiens sur la question du divorce, ni même un exemple sur la façon dont l'Evangile accomplit la Loi, et le passage parallèle de Matthieu ne règle pas l'interprétation de Luc. Cependant l'allégorie paraît tellement forcée que, rien ne la trahissant dans le texte, il est plus expédient de voir dans ce passage un cas spécial d'accomplissement de la Loi par l'Evangile 2.
I. Jûlicher, II, 633. J. Weiss Lk. 539. B. Weiss, Lk. 548. '2. IIoltzmann, 389; Wellhausen Le. 89.
Luc, xvi, 19-31.
Dans la parabole du Prodigue, le Sauveur a montré aux pharisiens qu'ils ne faut pas mépriser les pécheurs, parce que rien ne prouve qu'ils ne rentreront pas en grâce auprès de Dieu, et ne précéderont pas dans le royaume des cieux les gens qui se croient justes. La parabole du Riche et de Lazare complète cet enseignement, en faisant voir qu'il n'y a pas lieu de mépriser les pauvres, ni de désirer la richesse ou se plaindre de la pauvreté, les conditions sociales du temps présent devant être interverties dans l'éternité.
Beaucoup de commentateurs, s'autorisant de ce qu'un des personnages a un nom, se sont persuadé que le récit n'était point fictif. Il paraît néanmoins certain que le riche et Lazare n'ont pas plus de réalité que le lils prodigue et l'économe infidèle. La narration est arrangée tout entière comme dans les autres paraboles, en vue d'une leçon morale. Toute la partie de l'histoire qui se passe hors de ce monde est conçue selon les idées populaires du temps: y voir une description réelle du séjour des morts, et des rapports qui peuvent exister entre eux, serait commettre un contresens aussi lourd, mais plus périlleux, que si l'on prenait l'économe infidèle pour un intendant d'Hérode, et l'enfant prodigue pour un fils de Ponce-Pilate. De ce que Jésus n'a pas coutume d'attribuer des noms propres aux personnages de ses paraboles on ne saurait inférer que le pauvre Lazare ait existé. Jésus mettait dans les paraboles tout ce qu il fallait pour les rendre vivantes. Dès que l'usage d'un nom propre avait son utilité pour la mise en scène, on ne voit pas pourquoi il s'en serait privé. Le caractère des personnages est plus ou moins accusé dans ses récits, selon le rôle qu'il leur fait tenir. Ici les complications de l'action et du dialogue réclamaient un nom pour le pauvre, et le nom est donné *.
\. Ce nom doit être une forme grécisée et abrégée de l'hébreu Eléazar ("1757 ;N), " Dieu aide »; mais il n'est pas nécesssaire d'admettre qu'on l'ait
On a suposé que le nom de Lazare avait été ajouté après coup, à cause du rapport que le rédacteur aurait trouvé entre ce qui est dit, à la fin de la parabole, touchant le retour possible du pauvre sur la terre après sa mort, et la résurrection de Lazare, dans l'Evangile johannique '. Hypothèse gratuite et invraisemblable, la situation du pauvre n'ayant aucun rapport avec celle du frère de Marthe et de Marie. Il n'y a pas lieu de discuter ici une autre hypothèse, d'après laquelle ce serait la parabole qui aurait fourni l'idée du miracle de résurrection dans le quatrième Evangile'2.
Luc, xvi, 19. Il y avait un homme riche, et qui était vêtu de pourpre et de lin, faisant tous les jours fête, avec grand éclat. 20. Et un pauvre, nommé Lazare, gis:ùt à sa porte, tout couvert d'ulcères, 21 . et qui désiraitse rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; et les chiens venaient même lécher ses plaies. 22. Et il advint que le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham ; et le riche mourut aussi, et il fut enterré; 23. et dans l'enfer, ayant levé les yeux, parmi les tourments où il était, il vit Abraham de loin, et Lazare dans son sein. 24. Et criant, il dit : « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare, pourqu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau, et me rafraîchisse la langue, parce que je suis torturé dans cette flamme. » 25. Et Abraham dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens durant ta vie, et Lazare pareillement les maux ; et maintenant, il est ici consolé, et toi, tu es torturé. 26. Et avec tout cela, il y a entre nous et vous un grand abîme établi, de façon que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas, ni ceux de là-bas passer chez nous. » 27. Et il dit: « Je te prie donc, père, de l'envoyer à ma famille, 28. car j'ai cinq frères, pour qu'il les
choisi à cause de cette signification. Une autre étymologie "\VJ Hi, « sans secours », supposerait un symbolisme assez vulgaire, et paraît moins probable. On a voulu savoir aussi le nom du riche. Priscillien (tr. ix) et l'auteur du De pascha computus ( Pseudo-Cyprien) l'appellent Finees. C'est sans doute le même nom qui se trouve dans la version sahidique sous la forme altérée Nineue. Le nom de Phinées a pu être suggéré par celui d'Eléazar (Harnack, Theol. Literaturzeitung , 1S95, p. 428) d'après Nombr. xxv, 7, et il n'y a pas lieu d'objecter que le Phinées, fils d'Eléazar et petit-fils d'Aaron, a été un trop honnête homme pour qu'on l'ait représenté en fils ingrat jetant son père à la porte JùLicHER, II, 621); car ce n'est pas l'histoire de l'ancien Phinées, mais l'association des noms Eléazar-Phinées, qui aurait déterminé l'emprunt. Il est invraisemblable qu'on ait songé au fils d'Éli il Sam. i, 3; n, 12).