Cf. Me. ix, 43, 46, 48; IV Mach. ix
il implore la pitié de son ancêtre, et rien n'oblige à voir dans ses paroles une allusion à des fonctions souveraines ou à un pouvoir d'intercession l qu'Abraham exercerait dans l'autre monde. La nécessité d'un recours à Dieu pour l'exaucement n'est pas plus indiquée dans la réponse d'Abraham que dans la prière du damné.
Avec la calme et douce majesté qui convient aux élus, Abraham répond 2 au riche que sa situation est sans remède, parce qu'elle est dans la logique inflexible des décrets divins. Autrefois le riche était heureux, et Lazare était malheureux. Maintenant c'est le contraire. Le riche a eu « ses biens » et ses avantages, la part qu'il méritait, celle qu'il a voulue ; aucun bonheur ne lui est plus dû. Lazare, qui n'a pas eu de joie sur la terre, a présentement son tour 3, la part de félicité que Dieu réserve aux méprisés et aux déshérités du monde. A chacun son lot. Le riche n'a pas lieu de se plaindre ni d'accuser personne. D'ailleurs ce qu'il demande est impossible. Du paradis on voit l'enfer, et réciproquement ; mais on ne peut aller de l'un à l'autre, à cause de l'abîme qui a été fait pour les séparer à jamais 4. Il faut que chacun reste où Dieu l'a mis. Abraham donne ainsi les raisons de son refus sans le formuler en termes exprès : le riche doit comprendre que son désir n'est pas réalisable.