‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 157 sur 726 · Le. vi, 20, 24; I · texte numérisé non relu

Le. vi, 20, 24; I

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toutes les situations analogues, la fortune du riche et l'infortune du pauvre.

Cette morale est suffisante pour un tel récit. D'autres leçons expliqueront l'impossibilité où sont les riches d'entrer dans le royaume des cieux. Pour le moment, Abraham n'enseigne pas au riche pourquoi celui-ci a dû aller en enfer ; mais pourquoi, y étant venu, il n'a plus de consolation à attendre, et pourquoi Lazare, au paradis, n'a plus rien à souffrir. Que le juste puisse avoir aussi de l'agrément ici-bas, c'est une hypothèse que Jésus n'envisage pas, indigence et douleur étant pour lui, et dans son milieu, les conditions normales de la vraie pénitence, de la bonté du cœur et de la religion sincère. Lazare devait paraître digne d'envie et d'imitation comme le bon Samaritain, le publicain, et le riche odieux comme le prêtre et le lévite insensibles, comme le pharisien orgueilleux : pas n'était besoin d'avertir qu'ils ne fallait pas envier les ulcères de Lazare, la religion du Samaritain, ouïe métier du publicain '.

Cette bonne économie du récit et de l'instruction est obscurcie et dérangée par l'espèce de discussion théologique à laquelle se livrent en dernier lieu Abraham et le riche. Il n'est plus réellement question du riche ni de Lazare, mais des conditions dans lesquelles certaines personnes, ignorées jusque-là dans la parabole, pourraient trouver le salut. Le cas est donc plus défavorable encore à l'hypothèse de l'authenticité que celui de l'explication échangée, à la fin de l'histoire du Prodigue, entre le père et le frère aîné de celui-ci. Dans l'histoire du Prodigue, il n'est toujours question que de la manière dont il convient d'apprécier le retour du coupable. Ici l'attention se disperse sur des objets totalement différents: d'un côté, la destinée finale du riche et de Lazare ; de l'autre, les chances de salut que peuvent avoir d'autres personnes. L'unité du récit n'existe pas, et aucune habileté exégétique ne peut l'établir. A ne considérer que la structure extérieure de la narration, la seconde prière du riche n'est pas naturellement amenée ; elle paraît soudée à la remarque d'Abraham touchant la distance infranchissable qui sépare le paradis de l'enfer : puisque Lazare ne peut venir apporter au riche le rafraîchissement d'une goutte d'eau, qu'il aille sur la terre prêcher à ceux que le riche y a laissés. La conclusion est pour le moins inattendue, et l'on a l'impression d'une combinaison artifi-

\ . JiiLICHER, II, 637.

cielle. Déjà la réflexion sur le grand abîme ne se relie pas bien à ce qui précède : ce peut-être une transition ménagée tout exprès pour amener les considérations de la fin.

Ces considérations ne s'appliquent pas en réalité à cinq individus, mais à tous ceux qui, ayant à leur disposition, pour s'instruire de la vérité, Moïse et les prophètes, ne les écoutent pas, ne se convertissent pas, ne sont pas persuadés. Il ne s'agit pas de cinq hommes opulents qui oublieraient d'apprendre dans la Bible à user sagement de leur fortune, et à s'en détacher comme il convient. Moïse et les prophètes ne sont pas spéciaux pour cet objet. Rien d'ailleurs ne laisse entendre que l'on veuille amener les cinq frères au renoncement ; on veut les amener à la foi qui sauve, à cette foi que Moïse et les prophètes sont supposés enseigner beaucoup plus que le détachement des biens terrestres ; et l'on déclare qu'ils sont réfractaires à l'enseignement de l'Ecriture, que Moïse et les prophètes ne leur suffisent pas, qu'une résurrection les trouverait pareillement incrédules. Ces cinq frères, qui ont entre les mains Moïse et les prophètes, représentent le judaïsme '; ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, parce qu'ils ne savent pas y retrouver le Christ ; et l'on prévoit que la résurrection d'un mort ne les touchera aucunement, parce que la résurrection de Jésus les a trouvés indifférents. Ainsi la parabole devient une allégorie explicative de la réprobation des Juifs, et cette allégorie, parfaitement intelligible comme pensée de la tradition chrétienne, est dépourvue de sens dans la bouche de Jésus, puisqu'elle suppose derrière elle la mort et la résurrection du Sauveur, la résistance du judaïsme à la nouvelle foi, et la controverse des chrétiens avec les Juifs sur les prophéties messianiques. Le riche de la parabole primitive a donc été pris lui-même comme un premier type de l'incrédulité judaïque, et Lazare comme le type du judéochrétien, ce qu'ils n'étaient pas à l'origine.

La dernière partie de la parabole est, par conséquent, un appendice qui est venu se joindre, après coup, dans la tradition plutôt que par le fait de l'évangéliste 2, à un récit qui n'avait rien d'allégo-

1. Jùlicher II, 639, comptant le riche avec ses frères, voit dans les six la partie (?) incrédule d'Israël ; mais les frères sont plutôt à compter seuls, et leur nombre doit être en rapport avec celui des livres de la Loi, comme l'a pensé s. Augustin.

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