V. 16. ÔLTZokéaei xoù; yE'opyoù; toutouç
a prédit la substitution de ceux-ci à ceux-là, Luc, comme Matthieu, fait parler les auditeurs, mais seulement pour dire : « A Dieu ne plaise ! 1 » comme s'ils protestaient contre la condamnation des premiers vignerons, et comprenaient qu'il s'agit d'eux. Le rédacteur aurait-il jugé cette hypothèse plus vraisemblable que celle du premier Évangile, et aurait-il voulu corriger Matthieu ? Il est peu croyable que les auditeurs ne soient pas censés témoigner qu'ils ont compris où va l'allégorie, mais seulement qu'ils sont effrayés par la conclusion du récit 2. On ne voit pas pourquoi l'évangéliste leur aurait prêté un tel sentiment, ni pourquoi ils témoigneraient tant d'intérêt pour des gens qui ont mérité leur sort, s'ils n'ont pas conscience d'être eux-mêmes en cause. On dira tout à l'heure qu'ils ont compris la parabole, et rien ne fait supposer que la citation prophétique seulement leur en ait donné l'intelligence. Luc aura trouvé que le rapport de la citation avec le récit n'était pas suffisamment indiqué dans Marc, et, par un de ces artifices de dialogue qui lui sont familiers, il fait faire aux auditeurs une protestation qui attire directement sur leur tête la prophétie redoutable. Il ne veulent pas périr, ni que la vigne soit donnée à d'autres. N'est-il donc pas écrit que la pierre qu'ils ont rejetée doit être la pierre d'angle, que le Fils qu'ils ont tué doit être exalté ? Et cette pierre d'angle deviendra une pierre d'achoppement pour ceux qui tomberont dessus, une masse écrasante pour ceux sur qui elle tombera. La seconde partie de la citation, dans les deux premiers Evangiles, fait ainsi place, dans le troisième, à une sorte de glose3 où l'image de la pierre sur laquelle on trébuche, et celle de la pierre qui brise ce qu'elle atteint, viennent compléter l'image de la pierre d'angle. Synthèse artificielle 4 de passages bibliques \ Luc a pu la trouver toute faite dans quelque manuscrit de l'Ancien Testament 6, à moins qu'il ne l'ait arrangée lui-même, ou qu'elle ne se soit formée dans la tradition évangé-
1. V. 16. à/.ojjavrs; 5s elrcav ■ ;jly, ys'voiTO. Ss. lit en cet endroit : « Et entendant cela, ils comprirent quil avait dit pour eux cette parabole », et omet cette indication à la fin du v. 19.