‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 287 sur 726 · Cf. Jùlicher, If · texte numérisé non relu

Cf. Jùlicher, If

jours est-il que l'ordre du roi s'exécute, et, comme ou pouvait s'y attendre, la salle du festin est pleine aussitôt. Mais Matthieu observe qu'on a pris tout le monde, « bons et mauvais1 », ce qui, en soi, n'a pas de signification, vu les conditions du recrutement. C'est que ce détail, qui correspond à la distinction des bons et des mauvais poissons dans la parabole du Filet2, sert à préparer un acte supplémentaire du petit drame apocalyptique, l'incident de l'homme qui est entré sans vêtement de noces dans la salle du festin. Ce trait, ignoré de Luc, vient ici en surcharge, comme la seconde mission du serviteur dans le troisième Evangile. La salle du festin devient la communauté chrétienne, l'Eglise, dont tous les membres ne sont pas également saints; il ne suffit pas d'y entrer pour être admis définitivement au bonheur éternel ; le roi viendra voir ses convives3, le jugement de Dieu s'exercera sur ceux qui font profession de christianisme, et malheur à qui n'aura pas la robe nuptiale, la vraie justice qui convient à son état! Il sera jeté en enfer par les servants4, les anges qui assisteront le grand Juge.

Si la parabole était bien suivie, un homme pris au hasard dans la rue pourrait être excusable de n'avoir pas de robe nuptiale. Il serait inutile d'alléguer la coutume qu'ont certains souverains orientaux de donner un costume spécial aux personnes qui sont admises en leur présence : supposé que cette coutume ait existé dans l'antiquité israélite, le récit n'y fait pas la moindre allusion ; le roi ne reproche pas à l'homme d'avoir refusé la robe qui lui était olferte, mais d'être entré au palais sans avoir un habit décent5. L'évangéliste n'a pensé qu'à son allégorie, non à l'invraisemblance de la narration interprétée comme réalité. Les ténèbres extérieures, les pleurs et le grincement de dents signifient expressément la peine de l'enfer u, et l'on peut dire qu'à la fin du récit il n'y a plus d'allé-

1. V. 10. a'jvrjyayov 7ïavxa; oûç eugov, 7COV7]po'j; te xaî ayaôoû;. ■2. xni, 48 (24-25); I, 786.

3. Matthieu pense au jugement plus qu'au festin messianique ; il aurait hésité à dire que le roi (Dieu) venait s'asseoir avec les convives ; car c'est avec le fils du roi (le Christ) que les élus seront assis dans le festin messianique.

4. Les Siaxdvoi du v. 13 se distinguent des ôojÀoi qui ont fait les invitations. Cf. la distinction des serviteurs et des moissonneurs xm, 27, 30; I, 781.

5. V. 12. âtatpe (cf. supr. p. 227, n. 1), ~mç EtarjXOsç <oos ut, i'yrov ïv8up.a yàaou; Question oratoire; on ne demande pas à l'homme comment il a fait pour entrer, mais comment il a osé entrer.

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