Cf. Ap. xi
le Christ. On reprochera plus loin à Jésus d'avoir dit qu'il détruirait le temple { et le rebâtirait en trois jours. Les évangélistes n'osent pas dire que l'accusation soit fausse, et Jean 2 n'hésite pas à mettre la parole dans la bouche même du Sauveur, sauf à l'interpréter à sa façon. On ne doit pas se dissimuler que cette parole a une couleur bien plus originale que celle qui est rapportée ici par les Synoptiques. Mais elle était difficile à expliquer pour ceux qui n'avaient pas, dans le [ arti pris allégorique, la même hardiesse que l'auteur du quatrième Evangile.
On peut soupçonner que la prophétie, un peu terne et imitée des Ecritures, qui se lit maintenant dans Marc, a pris la place de la parole inquiétante : « Je détruirai ce temple, et le rebâtirai en trois jours », qui sera présentée plus loin de telle sorte qu'on ne saura pas si Jésus l'a réellement prononcée, bien qu'on la corrige pour qu'elle cesse d'être une prédiction contestable si on la met dans la bouche du Sauveur. Les accusations portées contre Etienne, au livre des Acte.s 3, supposent que le diacre attribuait la parole à Jésus, et l'interprétait littéralement de la destruction du temple par le Christ glorieux, ce qui paraît être le sens primitif de la menace prophétique. Ce n'est peut-être point tout à fait par hasard que des témoins occidentaux ajoutent au texte de la prophétie qui se lit maintenant dans le second Evangile '* : « Et en trois jours un autre (temple) s'élèvera (qui ne sera) pas (fait) de main (d'hommes). » L'interpolation a été faite avec un sentiment juste du rapport qui existe entre ce que le Christ dit en cet endroit, et ce que les témoins de Caïphe l'accuseront d'avoir dit contre le temple.
Qu'un changement se soit produit, dans la pensée de Jésus à l'égard du temple, depuis l'expulsion des vendeurs 5, jusqu'au jour où il annonça la destruction de l'édifice sacré, c'est ce qu'il est peutêtre risqué d'affirmer, en l'état des témoignages. Le zèle du Sauveur pour la pureté de la maison de Dieu aurait pu l'amener à chasser les vendeurs, et à dire que le temple serait détruit pour faire place à un autre qui ne serait jamais souillé, un temple digne