Cf. Julicher, II
464 LES ÉVANGILES SVNOPTIQUES
je t'en confierai beaucoup; entre villes. » 20. Et l'autre vint, disant :
dans la joie de ton maître. » 24. Et « Seigneur, voici ta mine que j'ai
se présentant aussi, celui cpii avait tenue enveloppée dans un linge; 21.
reçu un talent dit : « Seigneur, je car j'avais peur de toi, parce que tu es
te connaissais pour un homme d ir, unhomme sévère, tu enlèves ce que
moissonnant où tu n'as pas semé, tu n'as pas déposé, et tu moissonnes
et ramassant où tun'aspas dispersé; ce que tu n'as pas semé. » 22. Il lui
25. et par crainte, je suis allé cacher dit : « C'est par ta bouche que je
ton talent dans la terre; vois, tu te jugerai, méchant serviteur. Tu
as ce qui est à toi. » 26. Et prenant savais que je suis un homme sévère,
la parole, son maître lui dit : « Ser- enlevant ce que je n'ai pas déposé,
viteur méchant et paresseux, tu et moissonnant ce que je n'ai pas se-
savais que je moissonne où je n'ai mé : 23. et pourquoi n'as-tu pas mis
pas semé, et que je ramasse où je mon argent à une banque ? et moi,
n'aipas dispersé : 27. il te fallaitdonc arrivant, je l'eusse retiré avec inté-
verser mon argent aux banquiers, rets. » 24. Et il dit aux assistants :
et, arrivant, j'aurais retiré mon (ca- « Otez-lui la mine, et donnez-la à
pital avec intérêts. 28. Otez-luidonc celui qui a les dix mines. » 25. Et
le talent et donnez-le à celui qui a ils lui dirent : « Seigneur, il a dix
les dix talents. 29. Car à quiconque mines. — 26. Je vous dis qu'à qui-
possède l'on donnera, et on (le) conque possède l'on donnera, et
comblera ; et à celui qui n'a pas qu'à celui qui n'a pas l'on niera
l'on ôtera même ce qu'il a. 30. Et même ce qu'il a. 27. Quant à mes
jetez le serviteur inutile clans les ennemis, ces (gens) qui ne vou-
ténèbres extérieures. Là, il y aura laient pas que je régnasse sur eux,
les pleurs et le grincement des amenez les ici et massacrez-les en
dents. » ma présence. »
Cette parabole n'était pas primitivement en rapport avec les circonstances de la parousie et du jugement dernier; elle était destinée à montrer que la récompense des justes, dans le royaume des cieux, sera proportionnée ou plutôt accordée à leurs mérites, et que ceux dont les mérites seront nuls n'auront point de part au bonheur éternel. Interprétée allégoriquement, elle devient une prophétie du retour glorieux de Jésus, et c'est pour cette raison que Matthieu l'a placée entre la parabole des Vierges et la représentation directe du grand jugement. Pour lui, le départ et le retour du maître sont l'absence et l'avènement du Christ ressuscité, et il a cru pouvoir rattacher la parabole entière à la conclusion de la précédente : « Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure », la conjonction <( car », avec la particule de comparaison
« comme »', remplaçant la formule ordinaire : « le royaume des cieux est comparable à » telle histoire.
La parabole des Mines, dans Luc, est la même que la parabole des Talents dans Matthieu. La tradition n'avait retenu que la fable, sans les circonstances où elle avait été prononcée ; Matthieu ne lui a pas donné de cadre spécial, mais Luc a voulu tirer du récit une introduction historique2. 11 est probable que les deux évang-élistes n'ont pas travaillé sur une rédaction identique, et que Luc a trouvé dans sa source les variantes principales de sa relation. Dans sa pensée, la parabole devait expliquer le retardement de la parousie, et ce délai, qui peut être insinué dans le premier Evangile, n'est pas du tout indiqué dans le troisième, où la narration tend à faire valoir le triomphe du Christ sur les Juifs par la destruction de Jérusalem. C'est Luc lui-même qui est préoccupé du retard, et qui en cherche l'explication dans le dessein providentiel que manifeste la parabole; il a supposé que Jésus avait dit celle-ci pour calmer l'attente des disciples qui croyaient à la révélation immédiate de sa gloire. Mais il est permis de penser que cette indication est en rapport avec l'impression que donnait le plus ancien récit de l'arrivée à Jérusalem : Jésus et sa suite venaient à la ville sainte pour la manifestation du royaume céleste 3. La donnée de l'histoire, déjà corrigée dans Marc, est contredite et effacée dans Luc, pour satisfaire aux exig-ences de la foi.
Pour le rédacteur de la parabole, la parousie est imminente; elle paraît coïncider avec l'extermination des Juifs, c'est-à-dire avec la destruction de Jérusalem, qui est un fait acquis ou déjà en voie de s'accomplir; mais l'évangéliste sait fort bien qu'il faut mettre un intervalle entre la punition des Juifs et le jugement dernier, il pense à cet intervalle et prête au Christ l'intention de préparer ses dis-
i. V. 14. toŒjeep yàp âtvôpwjtoç, « car » il en est du royaume des cieux « comme d'un homme ».
2. <( Quod ergo Lucas alio loco ac tempore quam Matthaeus propositam (parabolam) fuisse indical, novum non est ut evangelistae in loci ac temporis circumstantùs discrepare videantur, dura, summam rei gestae, non ordinis ac
temporis rationem habent In caeteris vero rébus quibus videntur dissidere,
non Christi verba sed totius parabolae sensum explicare voluerunt. » Maldonat, I, 493.