Jùlicher, II
même : là aussi la récompense vient au mérite, et le défaut de mérite entraîne la misère infinie; le jugement de Dieu confère aux seuls bienheureux l'héritage proposé d'abord à tous, et semble enrichir ceux qui le possèdent atout jamais, par l'exclusion définitive de ceux qui ont perdu le droit d'y prétendre.
Pour l'évangéliste, qui se borne à laisser hors de l'allégorie les traits qui y répugnent absolument, le Maître est le Christ; les serviteurs ne sont pas les auditeurs de Jésus , mais différentes sortes de chrétiens, Matthieu, ici comme ailleurs l, se plaçant au point de vue de l'Eglise, non au point de vue historique du royaume dans la prédication du Sauveur; les talents confiés sont les dons de Dieu, la foi et les autres grâces spirituelles; le Christ exige que l'on fasse fructifier ces dons, selon qu'on le peut et qu'on en a reçu; il introduira dans le bonheur de son règne tous ceux qui auront bien mérité de lui, tandis qu'il jettera en enfer ceux qui n'auront pas produit de fruit pour le ciel. De même que les paraboles des Vierges et des Deux intendants montrent la nécessité d'être prêt pour la parousie, la parabole des Talents montre en quoi consiste cette préparation ; il faudra être prêt parce que le Christ viendra inopinément ; il faudra s'être préparé par une vie féconde en bonnes œuvres, parce que celui qui vient est un juge, et que la récompense ne sera conférée qu'au mérite. A qui aura le mérite on attribuera la gloire; à qui n'aura pas le mérite, on ne laissera pas le don, et il ne restera que l'éternelle privation. Ce détournement du sens primitif est acquis sans grande modification du récit. Indépendamment de la seconde conclusion, une addition certaine se rencontre dans les paroles : « entre dans la joie de ton maître » ; la remarque « à chacun selon sa capacité 2 » peut être aussi de l'évangéliste, mais elle peut être aussi bien originale, pour expliquer l'inégalité des parts faites aux serviteurs dans la distribution de l'argent; et l'on peut en dire autant de l'indication concernant la longue absence du maître.
Mais on peut se demander si ce sont les talents ou les mines qui appartiennent originairement à la parabole. Le contraste est si étrange, dans Luc, entre la condition du roi et les petites sommes qu'il distribue, que la réduction des talents en mines est fort invrai-