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;i. Brandt. loc. cil.
A GETHSÉMANI l')~\)
groupe d'individus ramassés en hâte parmi les valets du grand prêtre et le personnel inférieur du temple. Mais les évangélistes sont préoccupés de mettre tout d'abord en cause le sanhédrin, à qui ils veulent faire porter la responsabilité principale dans le jugement et la condamnation du Christ.
Luc dit que Judas s'approcha de Jésus pour le baiser ' ; il évite probablement de dire en propres termes que le baiser fut donné, et il n'insiste pas sur la circonstance du signe convenu, qui a été mise en relief par Marc et, d'après lui, par le rédacteur du premier Evangile. Pour faire connaître Jésus à la troupe qu'il conduisait, Judas, qui n'aurait pas osé le lui désigner autrement, s'approcha pour le baiser. C'est à ce sig-ne que les satellites le reconnurent, et Marc ne veut pas dire autre chose, ou du moins ce qu'il dit de plus n'est qu'une conjecture tirée du fait lui-même 2, et qui n'était pas indiquée dans la source primitive. Les apôtres ont vu Judas baiser leur maître, mais aucun n'a pu savoir si le baiser était un signal expressément convenu d'avance. Marc l'affirme, par induction, parce qu'une entente de ce genre lui a semblé naturelle, bien qu'on puisse ne la trouver pas indispensable. La recommandation de Judas sur les précautions à prendre est pareillement tirée des circonstances. Si le traître n'a pas dit cela, il a dû dire quelque chose d'équivalent. On s'est demandé si le baiser que Judas donna au Sauveur3 n'aurait pas été un baiser de la main 4, témoignage de respect que les disciples des docteurs juifs rendraient communément à leur maître, non le baiser du visage, signe d'amitié qui, dans la circonstance, et nonobstant la perversité de Judas, semble dépasser les limites possibles de l'odieux. Cependant le langage des évan-
1. xal ^yyiasv râ 'Irjaou cpiXrjaai aùirov. D et quelques autres témoins ajoutent à Le. 47 le contenu de Mt. 48 (Me. 44).
2. Me. 44. Beooixci oï ô napao'.ôcrj; aùtàv 5Ût(Tï][jlov (Mt. 48. <jr\[xtïov . Ss. lit : « Et Judas, le traitre leur avait donné » etc.) xtX. Le v. 44 est comme une glose anticipée, le v. 45 continuant le récit commencé au v. 43.
3. Me. 45. xaï IX6ùv eù6ù; (les deux mots IXôtôv et -poaÉXGiov sont omis dans D, mss. lat. ; Ss. omet seulement zàO'.jv, comme fait Mt. 49 ; mais les deux participes ont leur raison d'être, le premier marquant que Judas, dans le temps même où la troupe apparaît, s'en détache, et le second qu'il vient à Jésus. jtpoasXôcov kÙtw Xsyst "pa^pet (cf. ix, 5), xal y.*7£cpcXr]asv (cf. Tob. vu, 6) aùtdv. Mt. t9. x<xïpe3 paPpeî. Cf. II Sam. xx, 9-10.
i. Cf. E B. IV, 4253 (Cheyne).
gélistes n'invite pas à entendre ce baiser autrement que dans le reste de la Bible. Judas est censé faire ce qui était de coutume entre Jésus et ses disciples, quand ils le rejoignaient après quelque absence. En cette occasion, Judas n'avait guère que le choix entre deux partis : saluer son maître comme a l'ordinaire, et le désigner ainsi à la bande armée, ou bien mettre le premier la main sur lui pour l'arrêter. On doit croire que le procédé le moins violent était celui qui convenait le mieux au caractère du malheureux apôtre. Luc ne dit pas que Judas ait prononcé une seule parole. On conçoit que les témoins de la scène aient été dans l'impossibilité de se souvenir s'il avait parlé ou non. S'il parla, ce fut pour joindre à son baiser un mot de salutation, et s'il ne dit rien, son baiser signifiait ce que lui font dire Marc et Matthieu.
Dans Marc, la troupe qui accompagnait Judas se saisit immédiatement de Jésus ', et rien n'est plus conforme à la vraisemblance. Dans Matthieu, Jésus dit d'abord à Judas: « Compagnon, pourquoi es-tu là ? » 2 non pour lui demander ce qu'il vient faire, mais afin de rejeter le témoignage hypocrite de son respect, en lui rappelant le but réel de sa démarche. La réflexion du Sauveur apparaît comme interpolée eu égard à la rédaction de Marc3. Luc prête au Christ une exclamation indignée4, comme s'il repoussait le baiser du traître, et pour signifier que l'acte de Judas désignait Jésus à la troupe venue pour le prendre ; l'exclamation est donc quelque peu empreinte de rhétorique et d'artifice littéraire. Il est évident que les évangélistes interprètent la situation, soit qu'ils tirent les développements de leur propre fond, soit parce que ces développements se
1. V. 46. o;. ôc £-é[3aXav xà; yeipa; aùxio xaî èxpâx^aav aùxdv.
2. V. 50. éxaïps, icp' o -âpsi ; Sur la signification de èxatps, cf. supr. p. 227, n. 1. Beaucoup (Brandt, Hollzmann etc.) ne prennent pas ces paroles comme une interrogation, mais comme une remarque terminée en réticence : « Compagnon, ce pour quoi tu es là, fais-le, sans recourir à cette précaution inutile de salutation hypocrite. » Mais peut-on sous-entendre tant de choses? L'hypothèse de Schanz, Mt. 525 : « Ce pourquoi tu es ici, ne le sais-je pas? » n'est guère plus naturelle. Régulièrement il faudrait ïr.i xi. Mais il ne semble pas que l'échange des pronoms soit inadmissible dans le langage des Evangiles.
3. Mt. 50 b. xdxs rcpoasXÔdvxs; ï-l[j<xhot zxX., est moins naturel que Me. oî ol èrcÉpaXav xxX. [supr. n. 1); mais Matthieu à dû faire une sorte de reprise après la parole de Jésus.
4. V. 48. 'Iouoa, çiXrjitaxi xôv utov xoû avÔpojTrou -apaoi'oti>; ;
A GETHSEMAM
sont produits naturellement dans les divers échos de la tradition primitive. On n'a pas voulu que l'acte odieux de Judas passât sans blâme. On n'a pas voulu davantage que la résistance des disciples passât sans commentaire, ni l'arrestation de Jésus sans explication tirée des desseins providentiels. Il est certain néanmoins que l'incident fut mené promptement, avec tumulte et violence, sans qu'il y eût beaucoup de place pour la réflexion et les discours.
Marc, xiv, 47. Et Matth. xxvi, 51. Et Luc, xxn, 49. Et l'un des assistants, voici qu'un de ceux ceux qui étaient avec ayant tiré l'épée, frappa qui étaient avec Jésus lui, voyant ce qui allait le serviteur du grand étendant la main, tira arriver, dirent : « Seiprêtre et lui enleva son épée, et, frappant gneur, frapperons-nous l'oreille. le serviteur du grand de l'épée? » 50. Et l'un
prêtre , lui coupa l'o- d'eux frappa le servireille. 52. Alors Jésus teur du grand-prêtre et lui dit : « Remets ton lui enleva l'oreille épée à sa place. Car droite. 51. Et Jésus, tous ceux qui auront prenant la parole, dit : pris l'épée périront par « Arrêtez! » Et toul'épée. 53. Ou crois-tu chant l'oreille (de cet que je ne puisse pas homme), il le guérit, prier mon Père, et qu'il ne me procure à cette heure plus de mille légions d'anges? 54. Comment donc s'accompliraient les Ecritures , selon lesquelles il doit en être ainsi ? »
Le rapport des divers incidents qui sont signalés par les Evangiles n'est guère plus facile à établir que l'exactitude matérielle ou même la réalité 'des paroles qui sont prêtées au Christ. Ce que le Sauveur put dire n'aurait été perçu que très confusément par ses disciples au milieu du tumulte. Les hommes qui accompagnaient Judas ont dû, comme le dit Marc, mettre la main sur Jésus, tout aussitôt qu'il leur eût été désigné par le baiser du traître1. Alors un des assistants, d'après Marc, un de ceux qui étaient avec Jésus, d'après