Cf. J. Weiss, AE
semblent avoir été déduites de la tradition primitive, touchant le jugement par Pilate, afin de former un tableau en rapport avec les préoccupations théologiques et apologétiques de lévangéliste.
11 est aisé de comprendre que la tradition apostolique ait été fort incomplètement renseignée sur ce qui s'est passé depuis l'arrestation de Jésus. Les apôtres sont en fuite ; Pierre, après son reniement, ne suit plus que de loin la marche des événements Ce qui s'était passé dans la délibération matinale dessanhédristes, on le sut par leur démarche, quand ils se présentèrent devant Pilate et dénoncèrent Jésus comme prétendant à la qualité de Messie roi des Juifs ; on sut également que l'accusation avait été reçue, qu'elle fut confirmée par l'aveu de l'accusé lui-même, qu'elle fut suivie de la condamnation, et que la condamnation fut exécutée ce jour-là , dans les formes prescrites par la loi romaine. Quant à des informations précises touchant le détail des opérations judiciaires, aucun fidèle de Jésus n'était en état de les prendre sur l'heure ; aucun ne songea sans doute à les prendre plus tard ; aucun, d'ailleurs, n'aurait pu interroger les personnes qui avaient pleine connaissance de l'affaire, Caïphe et ses affidés, Pilate et son entourage. Les données générales de la tradition ne furent précisées par aucune recherche qu'aurait inspirée le souci de l'exactitude historique, mais elles furent interprétées au gré de la foi et selon les besoins de l'apologétique primitive.
Marc, xiv, 55. Ce- Mattii. x.w i, 59. Ce- Luc, xxn, 66. Et
pendant les chefs des pendant les chefs des quand le jour fut venu,
prêtres et tout le sanhé- prêtres et tout le sanhé- les anciens du peuple,
drin cherchaient un té- drin cherchaient un les chefs des prêtres el
moignage contre Jésus faux témoignage contre les scribes s'assem-
pour le mettre à mort, Jésus, afin de le mettre blèrent, et ils le firent
et ils n'en trouvaient à mort, 60. et ils n'en comparaître devant leur
point. 58. Car beaucoup trouvaient pas, quoique conseil, 67. disant :
déposaient faussement plusieurs faux témoins .. Si tu es le Christ,
contre lui, et les témoi- se présentassent. Et à dis-le nous. » Et il leur
gnagesne s'accordaient la fin, deux, s'étant pré- dit : « Si je vous le dis;
pas. 57. Et quelques- sentes, 61. dirent: « Il vous ne le croirez pas,
uns, s'étant levés, dépo- a dit : «Je puis détruire 68. et si je vous inter-
sèrent faussement le temple de Dieu, et le roge, vous ne répondrez
contre lui, disant : 58. rebâtir en trois jours. » pas [et vousne(me)ren-
« Nous l'avons entendu 62. Et le grand prêtre, verrez pas]. 69. Et dé-
dire : « Je détruirai ce temple t'ait de main d'homme, et en trois jours j'en bâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d'homme. »
59. Et en cela même leur témoignage n'était pas concordant. 60. El le grand prêtre, se levant au milieu de rassemblée, interrogea Jésus, disant : « Tu ne réponds rien à ce que ceux-ci déposent contre loi? » 61. Et il se taisait, et il ne répondit rien. Le grand prêtre l'interrogea de nouveau et lui dit : « Es-tu le Christ, le Fils du Béni ? » 62. Et Jésus dit : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance, et venant avec les nuées du ciel, o 63. Et le grand prêtre, déchirant ses h témoins? 64. Vous avez Ettous le condamnèrent
se levant, lui dit : « Tu sormais le Fils de ne réponds rien à ce l'homme sera assis à la que ceux-ci déposent droite de la puissance contre toi ?»63. Et Jésus de Dieu. » 70. Et tous se taisait. Et le grand- dirent : « Tu es donc prêtre lui dit : « Je le Fils de Dieu? » Et t'adjure, parle Dieu vi- il leur dit : « Vous le vant, de nous dire si tu dites, je le suis. »71.Et es le Christ, le Fils de ils dirent : « Qu'avons- Dieu ! » 64. Jésus lui nous encore besoin de répondit : « Tu l'as dit. témoignage? Nous De plus je vous dis : l'avons entendu nous- Désormais, vous verrez mêmes de sa bouche. » le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance, et venant sur les nuées du ciel.» 65. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, disant :
•«Il a blasphémé!
Qu'avons-nous encore besoin de témoins?
Maintenant, vous avez entendu le blasphème!
66. Que vous en semble?» Et ils répondirent en disant : « Il a mérité la mort. »
abits, dit : « Qu'avons-nous encore besoin de entendu le blasphème. Que vous en semble? » comme avant mérité la mort.
Marc commence donc par dire, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, que les trois classes du sanhédrin, princes des piètres, scribes et anciens du peuple, s'assemblèrent chez Caïphe, au milieu de la nuit, dès que Jésus lui-même eut été amené chez le grand prêtre. Pourquoi viennent-ils ? Etaient-ils convoqués dès la veille, ou bien les valets du grand prêtre sont-ils allés en grande hâte les prendre dans leurs lits ? Ce sont autant de questions dont 1 évangéliste ne s'inquiète pas. Il songea une séance du sanhédrin, et il suppose que cette séance s'est tenue chez le grand prêtre ' ;
t. Sur le lieu ordinaire des séances, cf. supr. p. 493.
mais il ne prend pas la peine de dire qu'il s'agissait d'un procès et d'un jugement en forme. Après avoir superposé l'arrivée des sanhédustes à celle de Jésus et à l'entrée de Pierre dans la cour, il montre les juges sur leurs sièges et procédant a l'interrogatoire de témoins * dont la présence à cette heure, chez Caïphe, est aussi inexplicable, pour le moins, et pas plus expliquée que celle du sanhédrin. Luc2, qui va raconter seulement le reniement de Pierre, débute avec plus de naturel en montrant Jésus que la troupe amène chez le grand prêtre, Pierre qui suit à distance et peut pénétrer jusque dans la cour, les gens qui allument du feu, et Pierre qui vient se chauffer avec eux. Soit pour simplifier la mise en scène, soit plutôt pour corriger le récit de Marc, Matthieu :H semble dire que le sanhédrin était assemblé chez Caïphe lorsque Jésus y arriva. Tout est dont prêt pour le jugement, et l'on peut supposer, si l'on veut, que Caïphe avait convoqué l'assemblée dans la soirée : le tribunal aurait veillé en attendant 1 accusé, ce qui n'est guère plus croyable que la venue des juges entre minuit et trois heures du matin.
Le tableau esquissé par Marc et reproduit par Matthieu constitue une sorte de triptyque dont les compartiments se dessinent vaguement, l'interrogatoire des témoins '*, celui de Jésus 5, et les violences qu'on lui fait subir1' se succédant sans que le rapport logique des trois scènes s'exprime avec netteté. On dirait que les éléments de ce tableau ont été pris de divers côtés par l'évangéliste, et mal soudés ensemble. Or il se trouve que la première scène se déroule autour de la parole : « Je détruirai le temple, et je le rebâtirai en trois jours », parole que Jésus semble avoir réellemnent dite, et qui fui matière à discussion clans les premiers rapports de la communauté apostolique avec les Juifs7. La seconde scène encadre l'aveu de
1. V. 55. oî 8s KpyiEpsï; v.%\ oÀov ~.<> auvsSpiov i^rjxo'jv zatà xo3 Iï)!jûj puxpTupi'av il:. tÔ GavaTwaat aùxo'v, xat oùx rjuptaxov.
2. V. 54. TjXÀa(JdvT£; 8è aùxciv xtX. [supr. p. "»92 ,11 . i ). ô o; Hétooç ;qxoXou8st paxpôôev. ■ i.'i. TCEpia<J*dvTa>v o; jcup /.ta. 56. iooSTa Se aùxôv natStaxT] rr.; *tÀ. Cf. supr. p. 595, n.3.
3. V. 57 (cf. supr. p. 592, n. 2). Jtpôç Katâcpav xôv àpy ispea ottoj oi ypapt^aTsiç xat oi 7ïpea|3uTEpot <juvr)707;iTav. Grâce à la construction artificielle de la phrase, Caïphe a l'air de représenter à lui seul la première classe du sanhédrin, les chefs du sacerdoce.