Schanz, Mt
condamné Jésus à la peine de mort ', conformément à la loi du Lévitique ~. Mais, d'après cette loi, le blasphémateur devait être lapidé. Or Jésus a été crucifié; il a subi ce genre de supplice parce qu'il avait été condamné par l'autorité romaine, dans un procès régulier, où le thème de l'accusation n'était pas un blasphème contre Dieu par affectation de privilège divin, mais la prétention messianique à la royauté d'Israël. Le procès devant Pilate n'a pas été la simple ratification du procès que Marc a supposé devant le sanhédrin. Marc attribue à cette assemblée une condamnation qu'elle n'a pas réellement portée; il est de toute vraisemblance que l'idée du blasphème, comme toute la mise en scène du jugement devant Gaiphe, a été conçue en vue de cette condamnation \
La tradition chrétienne aura senti de très bonne heure la nécessité apologétique de présenter le supplice de Jésus comme uniquement imputable aux Juifs : il importait à la nouvelle religion que son fondateur ne parût pas avoir été condamné par une juste sentence de Pilate ; d'autre part, il était fort délicat d'accuser de prévarication Pilate lui-même, et il était impossible de nier que la sentence de mort eût été rendue par lui ; restaient les dénonciateurs et les accusateurs du Christ, les Juifs, adversaires du christianisme naissant, détestés eux-mêmes dans le monde païen ; rien n'était plus facile que d'élargir leur rôle, de façon à transporter de Pilate sur eux la responsabilité entière du jugement rendu contre Jésus; à cette fin, l'on aura supposé tout le procès devant Caïphe, avec la sentence capitale que le gouverneur n'aurait qu'à confirmer, et, dans le procès devant Pilate, on aura exploité, sinon introduit, l'épisode de Barabbas, de façon que le gouverneur romain ne semblât pas seulement avoir laissé exécuter un jugement dont il n'était pas l'auteur, mais avoir fait tout le possible pour que ce jugement fût frustré de son effet. Ainsi le supplice du Christ n'était pas une action de la justice romaine : ce n'était que le crime des>
1. Me. 64. of.Sè -a/Tîç xa-céxptvav aùiôv ïvo/ov EÏvat Bavàroù (cf. x, 33; supr. p. 230 . Mt. 66. ot o'e «jtoxpiôév-ceç Einov ïvr/o; Savàxou icrci'v. Ces paroles sont pour Matthieu la formule même de la condamnation. On a vu plus haut des exemples analogues (notamment xxvi, 2, 15), où le discours direct remplace les simples assertions de Marc.