LE POISSON
Matth., xvii, 24-27.
Ce récit, propre au premier Evangile, est attribué par les critiques à la tradition orale ou à une source particulière. Matthieu l'aurait inséré dans le cadre de Marc, par manière de préambule à la question des places dans le royaume céleste, non à cause du miracle qui est supposé a la fin, puisqu'il ne prend pas la peine de le raconter, mais pour la déclaration de Jésus touchant le tribut. L'évangéliste aurait recueilli cette anecdote, parce qu'il y voyait la réponse à une question qui se posait autour de lui, à savoir si les chrétiens étaient tenus à payer l'impôt du temple. Cette question n'ayant d'intérêt que pour les judéo-chrétiens, c'est dans leur milieu que le récit se serait formé1. Comme le didrachme a été payé, encore aj rès l'an 70, à l'autorité romaine, on pourrait être tenté d'abaisser jusqu'au temps de Domitien la date du récit; mais, même dans l'hypothèse de la fiction, l'histoire n'a de sens que si le temple existe encore 2.
Cependant la narration n'est pas de celles qui sont dues au rédacteur ; elle ne contient rien que de vraisemblable en soi, et comme elle se présente en temps et en lieu convenables, on a peut-être tort de penser qu'elle ne vient pas d'une source ancienne. Son contenu était dépourvu d'intérêt pour Marc et pour Luc, qui ont pu volontairement la passer sous silence. On remarquera que la querelle sur les préséances double, dans Marc, l'incident qui suivra la troisième prophétie de la passion1'. Il est possible que l'affaire du didrachme ait été l'incident caractéristique du dernier séjour à Capharnaûm. Sinon l'on devrait supposer que Matthieu a merveilleusement choisi la place qui convenait à ce récit. L'époque de la collecte s'ac-