‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 680 sur 726 · B. Weiss, E · texte numérisé non relu

B. Weiss, E

pas question de la régénération intérieure dont le baptême est en même temps le symbole.

L'énumération des trois personnes vise leur participation a l'œuvre du salut, non les relations métaphysiques et absolues qui existent entre elles. La doctrine de la Trinité, c'est-à-dire l'égalité parfaite des trois personnes dans l'unité de la nature divine, n'est pas enseignée dans ce passage, car le mot « nom » est sous-entendu devant la mention du Fils et celle du Saint-Esprit, et il n'est pas signitié qu'un seul « nom », c'est-à-dire une seule essence, appartienne au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Le Père est Dieu, qui a envoyé son Fils ; le Fils est le Messie envoyé par Dieu pour le salut des hommes; le Saint-Esprit est le don messianique, accordé par Dieu aux fidèles en considération du Fils. 11 est incontestable d'ailleurs que la mention personnelle du Saint-Esprit et la juxtaposition des trois personnes implique entre elles, indépendamment de leur part respective dans l'ordre du salut, une relation fondamentale dont la nature est à déterminer par d'autres considérations que celle dont l'Evangile se préoccupe en cet endroit.

Ces paroles du Sauveur ne sont pas données comme la formule nécessaire du baptême, pas plus que la formule : « baptiser au nom de Jésus-Christ », ne suppose la nécessité de prononcer le nom de Jésus dans l'acte baptismal. Il est oiseux par conséquent de discuter si les apôtres ont conféré le baptême en employant l'une ou l'autre formule, vu qu'ils ont pu n'en employer aucune, et s'en tenir au symbole de l'immersion, après la profession de foi du candidat. Le baptême « au nom de Jésus-Christ » est ainsi appelé pour le distinguer du baptême de Jean et des ablutions juives : c'est la cérémonie de l'initiation chrétienne. Qu'une formule ait fait de bonne heure partie du rite baptismal, il n'est pas permis d'en douter ; mais il est très probable que cette formule a varié dans les premiers temps, et que l'on a réellement baptisé « au nom de Jésus », avant de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Cette dernière formule était certainement en usage dans le temps et dans le milieu où le discours de Matthieu a pris sa forme actuelle ; son emploi est attesté par la Diclaché ', et l'on peut croire qu'elle était

1. vu, 1. ^■xr:~h7.zi v.; rô 6'vou.a rou ~%-ï6z y.xl rou uiou xat toj àytou nvê^-iato: Èv Goa-ut rûvT:. On remarquera que, pour ce précepte, l'auteur ne se réfère pas à l'Evangile, comme il fait pour l'Oraison dominicale c. vm). Cf. I, 17.

universellement reçue dans les Eglises chrétiennes au commencement du second siècle. L'usage liturgique a influencé la rédaction de l'Evangile. On a récemment observé l que le passage : « les baptisant aunom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », manquait dans les citations d'Eusèbe de Césaréequi sont antérieures au concile de Nicée. Le texte y est reproduit sous cette forme 2 : « Allez, instruisez toutes les nations en mon nom, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé ». Le discours se présente ainsi dans un meilleur équilibre3, et l'on ne pourrait plus alléguer l'emploi de la formule trinitaire pour abaisser la date de la rédaction définitive du premier Evangile. Le sens général du passage resterait le même, vu que Matthieu implique certainement le baptême dans « l'instruction » des croyants, comme il est impliqué dans ce que Luc ' et Jean ' disent de la rémission des péchés.

L'ordre de baptiser n'est donné dans Matthieu que par le Christ ressuscité. Cependant le quatrième Evangile dit que les disciples baptisaient déjà pendant le ministère de Jésus. Bien que le texte ordinaire de Matthieu ne signilie pas directement l'institution du rite baptismal par le Christ ressuscité, il ne suppose pas non plus que le baptême chrétien ait pu être conféré avant la résurrection de

1. F.C. Conybeare, Zeltschrift f. neut. Wlssenschaft, 1901, 275-288. On a voulu expliquer cette particularité du témoignage d'Eusèbe; mais il ne semble pas qu'on ait résolu à fond l'objection qui en résulte contre l'authenticité de la formule trinitaire dans Mt. 19. Cf. Welliiausen, Mt. 152.

2. Dent. ev. III, 6. -ooe-jOevte; ;j.a6r|T£j3a7s -âvxa rà I0vyj Iv îm ovdixarî jj.oj (ce qui signifierait : << à ma place », non « par la vertu de mon nom » ; les apôtres sont substitués au Christ pour la prédication de l'Evangile ;cf. Jn. xiv, 26; QE. 736, où la même chose est dite pour la mission intérieure du Paraclet, qui, lui aussi, « enseignera ce qu'a dit » Jésus) SioobxovTEç aùroù; zxX.

3. Le rapport grammatical et logique des deux participes ^a-t^ovrE;, ou [3a7u- TÏaavTE;, et oioâr/.ovTE? est passablement embarrassé; le second participe se rattache bien plus naturellement à [Aa6r,-£Ûaar£, si l'on omet (3cx7:tî£ovte; /.ta. On observe (Holtzmann, 299) que, avec la leçon paîtittravieç, otoâay.ovTsç est explicatif de |Ax6ï]T£Ûaa7E, mais il l'explique de bien loin ; et que, avec la leçon (3a-- TirovTEç, l'instruction apparaît subordonnée au baptême, comme dans Didaeh<>, vu, 1 ; mais, dans la Didaché, l'enseignement précède le baptême, et ici l'on dirait qu'il le suit. Ne semble-t-il pas que la mention du baptême altère, par l'intrusion d'une idée particulière, la définition générale du ministère apostolique et ecclésiastique, [J.a6r)TE'jaaTE... oioob/.ovT.-:... ?

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